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L’élection présidentielle

Parrainages, deux tours, temps de parole : comment on élit un président

Mis à jour le 11 septembre 2026 · 20 min · Accessible

Les repères

500parrainages exigésd’élus, pas de citoyens
30départements au minimumpour que les parrainages comptent
2tourssauf majorité absolue au premier
5ans de mandatdeux consécutifs au maximum
Le Président de la République est le seul responsable politique national élu directement par l’ensemble des électeurs. Ce n’était pas prévu en 1958 : la révision de 1962, adoptée par référendum, a remplacé l’élection par un collège de notables par le suffrage universel direct. C’est ce qui a fait du Président la figure centrale du régime.
Le mandat dure cinq ans depuis le référendum de 2000, appliqué à partir de 2002 : il était de sept ans auparavant. Depuis la révision de 2008, nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.

Soixante ans d’élection au suffrage universel direct

  1. 1962Référendum du 28 octobre : le Président sera désormais élu au suffrage universel direct.
  2. 1965Première élection directe, en décembre. Aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour : il faut un second tour dès la première fois.
  3. 1976Loi organique du 18 juin : il faut 500 parrainages d’élus, issus d’au moins trente départements.
  4. 2000Référendum du 24 septembre : le mandat passe de sept à cinq ans, à partir de l’élection de 2002.
  5. 2008Révision constitutionnelle du 23 juillet : nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs.
  6. 2016Loi organique du 25 avril : tous les parrainages sont rendus publics, et chaque élu envoie lui-même le sien au Conseil constitutionnel.

Nombre de candidats au premier tour

De six candidats en 1965 à seize en 2002, le record de la Ve République. Source : proclamations du Conseil constitutionnel.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Nombre de candidats au premier tour »
Candidats
19656
19697
197412
198110
19889
19959
200216
200712
201210
201711
202212

Plus de candidats, un premier tour plus dispersé

Chaque candidature supplémentaire partage les voix entre davantage de noms : plus le premier tour est fourni, plus on peut se qualifier pour le second avec un score modeste. Le chapitre « Qui vote, et combien » mesure cet effet, scrutin par scrutin.

Les 500 parrainages

Pour figurer sur le bulletin, un candidat doit réunir 500 parrainages d’élus. Ce ne sont pas des soutiens de citoyens : seuls quelque 42 000 élus y sont habilités (maires, parlementaires, conseillers départementaux et régionaux, membres du Parlement européen élus en France, entre autres).
  • Une signature, un élu : un parrainage donné est définitif. Il ne peut être ni retiré, ni donné à un second candidat.
  • Trente départements au minimum : les 500 signatures doivent provenir d’au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer.
  • Un dixième au plus par département : soit 50 signatures maximum issues d’un même territoire, pour qu’un candidat purement local ne puisse pas se qualifier.
  • Publication intégrale : depuis 2016, le Conseil constitutionnel publie le nom de tous les élus parrainant, au fil de l’eau. Auparavant, seuls 500 tirés au sort par candidat étaient rendus publics.

L’élection de 2022, en chiffres

13 427parrainages validésau 7 mars 2022, dernière publication
42 000élus habilités, environprès d’un sur trois a parrainé
12candidatures retenuespar le Conseil constitutionnel

Comment la règle s’est durcie

  1. 1962Loi du 6 novembre : 100 présentations d’élus, issues d’au moins dix départements.
  2. 1976Loi organique du 18 juin : 500 présentations, issues d’au moins trente départements, sans que plus d’un dixième viennent d’un même département. Le Conseil constitutionnel publie 500 noms par candidat.
  3. 2016Loi organique du 25 avril : publication de tous les noms au fil de l’eau, et envoi du formulaire par l’élu lui-même, sans intermédiaire.

Parrainer n’est pas soutenir

La règle est explicite : un parrainage atteste qu’un candidat mérite d’être soumis au débat, pas que l’élu votera pour lui. La publication intégrale des noms depuis 2016 a néanmoins rendu le geste plus visible, donc plus coûteux politiquement, et c’est l’un des reproches faits au dispositif.

Le scrutin, en deux tours

Du dépôt à la proclamation

  1. 1Recueil des parrainages : les formulaires sont adressés directement au Conseil constitutionnel par les élus, dans une fenêtre fixée par décret.
  2. 2Le Conseil constitutionnel arrête et publie la liste officielle des candidats.
  3. 3Campagne officielle : égalité stricte du temps de parole et d’antenne entre tous les candidats.
  4. 4Premier tour : est élu qui obtient la majorité absolue des suffrages exprimés. Ce n’est jamais arrivé sous la Ve République.
  5. 5Second tour, deux semaines plus tard, entre les deux candidats arrivés en tête, sauf désistement.
  6. 6Le Conseil constitutionnel proclame les résultats après examen des réclamations.

Deux tours changent la nature du vote

Au premier tour, l’électeur peut exprimer une préférence sans arbitrer ; au second, il choisit entre deux options qui restent. C’est pourquoi comparer un score de premier tour à un score de second tour n’a pas de sens : les deux ne mesurent pas la même chose.

Les cas particuliers prévus par les textes

Les votes blancs ne comptent pas dans la majorité
Depuis la loi du 21 février 2014, les bulletins blancs sont décomptés à part et publiés avec les résultats. Mais ce ne sont pas des suffrages exprimés : la majorité absolue se calcule sans eux. Un vote blanc massif ne peut donc pas, à lui seul, empêcher l’élection d’un candidat.
Un candidat qualifié peut se retirer
L’article 7 de la Constitution réserve le second tour aux deux candidats arrivés en tête, « le cas échéant après retrait de candidats plus favorisés ». Si l’un des deux se retire, le suivant dans l’ordre des voix du premier tour prend sa place.
Si un candidat décède ou est empêché
Avant le premier tour, le Conseil constitutionnel prononce le report de l’élection. Si l’un des deux candidats restés en présence pour le second tour décède ou est empêché, l’ensemble des opérations électorales est recommencé.
Qui proclame, et qui peut contester
Le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l’élection, examine les réclamations et proclame les résultats (article 58). Ses décisions ne sont susceptibles d’aucun recours.

Qui vote, et combien

La présidentielle est l’élection qui mobilise le plus en France. La participation n’y est pourtant pas un acquis : sous la Ve République, elle a varié de près de vingt points, de 68,85 % au second tour de 1969 à 87,33 % au second tour de 1974.

Participation à l’élection présidentielle, en % des inscrits

Votants rapportés aux inscrits, à chaque tour. Sources : proclamations du Conseil constitutionnel ; pour le premier tour de 2022, résultats officiels par département enregistrés dans la base de SensPo.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Participation à l’élection présidentielle, en % des inscrits »
Premier tourSecond tour
196584,75 %84,32 %
196977,59 %68,85 %
197484,23 %87,33 %
198181,09 %85,85 %
198881,38 %84,06 %
199578,38 %79,66 %
200271,60 %79,71 %
200783,77 %83,97 %
201279,48 %80,35 %
201777,77 %74,56 %
202273,69 %71,99 %

Le second tour ne mobilise plus davantage

De 1974 à 2012, le second tour a toujours attiré plus d’électeurs que le premier. En 2017 puis en 2022, c’est l’inverse : 74,56 % puis 71,99 % de participation au second tour, contre 77,77 % et 73,69 % au premier. En 2022, les bulletins blancs ont aussi été quatre fois plus nombreux au second tour qu’au premier.

Une majorité des exprimés n’est pas une majorité des inscrits

La majorité absolue exigée au premier tour se calcule sur les suffrages exprimés : ni les abstentionnistes, ni les bulletins blancs et nuls n’entrent dans le calcul. Rapporté à l’ensemble des inscrits, le même résultat se lit autrement.

Le premier tour de 2022, rapporté aux inscrits

En % des 48 747 876 inscrits, dont 35 132 947 suffrages exprimés. Calculé sur les résultats officiels par département enregistrés dans la base de SensPo.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Le premier tour de 2022, rapporté aux inscrits »
% des inscrits
Abstention26,31 %
Votes blancs et nuls1,62 %
Les deux candidats qualifiés36,75 %
Les dix autres candidats35,32 %

51 % des exprimés, 37 % des inscrits

Les deux candidats qualifiés pour le second tour ont réuni ensemble 51,00 % des suffrages exprimés au premier tour de 2022, mais 36,75 % des inscrits. Plus d’un électeur inscrit sur quatre (26,31 %) ne s’est pas déplacé.

Poids des deux candidats qualifiés au premier tour, en % des suffrages exprimés

Somme des scores proclamés, au premier tour, des deux candidats présents au second. Sous 50 %, les deux finalistes ne rassemblaient pas la moitié des suffrages exprimés.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Poids des deux candidats qualifiés au premier tour, en % des suffrages exprimés »
Deux qualifiés
196576,37 %
196967,78 %
197475,85 %
198154,17 %
198854,04 %
199544,14 %
200236,74 %
200757,05 %
201255,81 %
201745,31 %
202251,00 %

Un premier tour de plus en plus dispersé

De 1965 à 1974, les deux qualifiés réunissaient plus des deux tiers des suffrages exprimés dès le premier tour. Depuis, ils sont passés trois fois sous la moitié : en 1995, en 2002 et en 2017. En 2002, avec seize candidats, ils n’en rassemblaient que 36,74 %.

Le temps de parole

Deux régulations encadrent la campagne, et elles sont souvent confondues : celle du temps de parole, exercée par l’Arcom, et celle de l’argent, exercée par la Commission nationale des comptes de campagne.
  • Équité, puis égalité : avant la campagne officielle, les temps de parole sont répartis équitablement selon la représentativité ; pendant la campagne officielle, ils deviennent strictement égaux entre tous les candidats.
  • Un plafond de dépenses : fixé par la loi, il est relevé pour les candidats présents au second tour.
  • Un remboursement public : forfaitaire, il est nettement plus élevé au-delà de 5 % des suffrages exprimés. C’est ce seuil qui rend une candidature financièrement soutenable ou non.
  • Un compte de campagne contrôlé : son rejet entraîne la perte du remboursement, et peut valoir inéligibilité.
Trois périodes, trois règles : la présidentielle de 2022
PériodeRègle
1er janvier au 7 marsÉquité, pour les candidats et leurs soutiens
8 au 27 mars, liste officielle publiéeÉquité, à des horaires comparables
28 mars au 8 avril, campagne officielleÉgalité stricte, à des horaires comparables
L’équité tient compte de la représentativité de chaque candidat : résultats aux élections précédentes, nombre d’élus, sondages, capacité à animer la campagne. L’égalité n’en tient aucun compte : chacun reçoit le même temps. Dès la publication de la liste officielle, ce temps doit aussi être accordé « dans des conditions de programmation comparables » : à des heures d’écoute semblables, pas relégué aux heures creuses. Les relevés publiés par l’Arcom permettent de mesurer la différence.

Combien de fois plus de temps de parole pour le candidat le plus exposé, en 2022

Rapport entre le temps de parole du candidat le plus exposé et celui du moins exposé, cumulé sur toutes les télévisions et radios relevées par l’Arcom : les douze candidats du premier tour, puis les deux du second. Un rapport de 1 signifie une égalité parfaite.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Combien de fois plus de temps de parole pour le candidat le plus exposé, en 2022 »
Rapport
1er janvier au 7 mars23,06 fois
8 au 27 mars13,30 fois
28 mars au 8 avril1,07 fois
Second tour, 11 au 22 avril1,00 fois

Part de chaque candidat dans le temps de parole total, en 2022

Les douze candidats du premier tour, classés du plus exposé au moins exposé dans chaque période (en %). Pendant la campagne officielle, la courbe est plate : chacun reçoit environ un douzième du temps. Source : relevés de l’Arcom enregistrés dans la base de SensPo.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Part de chaque candidat dans le temps de parole total, en 2022 »
1er janvier au 7 mars8 au 27 mars28 mars au 8 avril
1er18,0 %21,1 %8,5 %
2e17,9 %15,8 %8,5 %
3e17,2 %15,4 %8,4 %
4e12,3 %11,8 %8,4 %
5e11,7 %9,6 %8,4 %
6e8,0 %6,9 %8,4 %
7e6,3 %6,4 %8,4 %
8e4,2 %5,0 %8,3 %
9e1,8 %2,8 %8,3 %
10e1,0 %1,9 %8,3 %
11e0,9 %1,9 %8,2 %
12e0,8 %1,6 %7,9 %

Vingt-trois fois plus, puis presque autant

Du 1er janvier au 7 mars 2022, le candidat le plus exposé a disposé de 23 fois plus de temps de parole que le moins exposé : 158,6 heures contre 6,9. Pendant la campagne officielle, l’écart est tombé sous les 7 %, de 13,7 à 14,6 heures pour chacun. La règle d’égalité ne se proclame pas seulement : elle se vérifie.

L’argent de la campagne

Les règles de 2022

16,9 M€plafond de dépenses au premier tour16 851 000 euros
22,5 M€plafond pour les deux qualifiés22 509 000 euros
47,5 %du plafond remboursé au plusà partir de 5 % des suffrages exprimés
4,75 %du plafond remboursé au plussous le seuil de 5 %

Remboursement maximal par l’État selon le résultat, en 2022 (euros)

Calculé sur les plafonds légaux : 4,75 % ou 47,5 % du plafond du premier tour, 47,5 % du plafond du second pour les deux qualifiés. C’est un maximum : l’État ne rembourse jamais plus que les dépenses réellement engagées.

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Remboursement maximal par l’État selon le résultat, en 2022 (euros) »
Remboursement maximal
Moins de 5 % au premier tour800 423 €
5 % ou plus au premier tour8 004 225 €
Qualifié pour le second tour10 691 775 €
Dès la publication de la liste officielle, chaque candidat reçoit une avance de 200 000 euros, déduite ensuite de son remboursement. Celui-ci n’est versé qu’après l’approbation du compte de campagne par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Le seuil de 5 % n’est pas un détail comptable

En 2022, un candidat sous les 5 % pouvait récupérer au plus 800 423 euros, dix fois moins qu’au-dessus. Il supporte le reste, souvent par emprunt personnel ou par son parti. Ce seuil pèse sur la décision de se présenter autant que les parrainages, et il explique une partie des retraits de dernière minute.

Après le second tour

Le scrutin se tient vingt à trente-cinq jours avant l’expiration des pouvoirs du président en exercice (article 7). Il n’y a donc jamais de vacance programmée : le nouveau président entre en fonction au terme du mandat de son prédécesseur, après la proclamation des résultats.

En cas de vacance, ce n’est pas le Premier ministre

Si la présidence devient vacante (démission, décès, empêchement constaté), c’est le président du Sénat qui assure l’intérim, avec des pouvoirs réduits : il ne peut ni dissoudre l’Assemblée ni engager de révision constitutionnelle. Une nouvelle élection se tient dans les vingt à trente-cinq jours.

Testez-vous

Question 1

Très facile
Qui peut parrainer un candidat à l’élection présidentielle ?

Question 2

Moyen
Au premier tour de 2022, les deux candidats qualifiés ont réuni 51 % des suffrages exprimés. Quelle part des inscrits cela représente-t-il ?

Question 3

Facile
Pendant la campagne officielle, comment le temps de parole des candidats est-il réparti à la télévision et à la radio ?

Question 4

Facile
Si la présidence devient vacante, qui assure l’intérim ?

Sources

Sources

  • Constitution du 4 octobre 1958 · articles 6, 7 et 58
  • Loi du 6 novembre 1962 · élection du Président au suffrage universel direct
  • Loi organique du 18 juin 1976 · 500 présentations, issues de trente départements
  • Loi organique du 25 avril 2016 · publication intégrale des parrainages
  • Loi du 21 février 2014 · décompte séparé des votes blancs
  • Conseil constitutionnel · liste des candidats, 13 427 parrainages validés en 2022, proclamation des résultats de 1965 à 2022 (participation, scores des qualifiés)
  • Ministère de l’Intérieur · résultats officiels du premier tour de 2022 par département, enregistrés dans la base de SensPo
  • Arcom · recommandation du 6 octobre 2021 et relevés des temps de parole des candidats de 2022, enregistrés dans la base de SensPo
  • Commission nationale des comptes de campagne · plafonds de dépenses de 2022, remboursement et avance

Pour aller plus loin

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