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Bardella–Farage : ce pacte que le RN peine à expliquer

Analyse

Bardella–Farage : ce pacte que le RN peine à expliquer

À Birmingham, Jordan Bardella pensait afficher sa stature internationale aux côtés de Nigel Farage. Il a surtout signé un texte qui permettrait au Royaume-Uni de renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche, sans contrepartie clairement établie. Trois explications contradictoires plus tard, l’épisode soulève une question embarrassante : le Rassemblement national est-il réellement prêt à gouverner ?

Par Rédaction SensPo · 7 septembre 2026 · 68 min de lecture

Résumé

Le 4 septembre 2026, sur la scène principale du congrès annuel de Reform UK à Birmingham, Jordan Bardella a signé avec Nigel Farage un « protocole d'accord » de deux pages, articulé autour de cinq engagements, que le chef du parti britannique a aussitôt baptisé « nouvelle Entente cordiale ». Le texte n'engage aucun gouvernement. Il décrit ce que feraient deux exécutifs hypothétiques, l'un dirigé par Reform UK, l'autre par le Rassemblement national, s'ils accédaient l'un et l'autre au pouvoir. Sa clause centrale prévoit que le Royaume-Uni interceptera dans ses eaux territoriales les embarcations parties des côtes françaises et en ramènera les occupants en France, laquelle les acceptera « ordinairement » avant de les éloigner vers leur pays d'origine selon son propre droit 1Europe 1, « Accord sur l'immigration avec Nigel Farage : Jordan Bardella précise ses ambitions à l'international », 7 septembre 2026 2Reform UK, « Nigel Farage and Jordan Bardella sign a "new entente cordiale" to stop the boats », communiqué, 4 septembre 2026.

Cet article ne conteste pas au président du Rassemblement national le droit de nouer des alliances internationales ni celui de porter une politique migratoire restrictive. Il examine ce que la séquence de Birmingham enseigne sur la manière dont ce parti se prépare à gouverner, à sept mois du premier tour de l'élection présidentielle. Trois lignes d'analyse sont conduites à poids égal. La première porte sur le texte lui-même : ses obligations sont asymétriques par construction, et sa clause centrale reprend, presque mot pour mot, la revendication que Londres adresse à Paris depuis vingt ans et que tous les gouvernements français, de Jean-Pierre Raffarin à Emmanuel Macron, ont refusée. La deuxième porte sur la conjoncture : le protocole a été signé le lendemain même d'une rencontre à Downing Street entre Emmanuel Macron et Andy Burnham, quatre jours après l'annonce par Londres du plus faible nombre de traversées estivales depuis 2019, et quelques heures après la diffusion d'un documentaire de Channel 4 qui a contraint deux proches collaborateurs de Nigel Farage à la démission 3AFP via Marine & Océans, « Royaume-Uni : le nombre des traversées de la Manche par des migrants sur de petits bateaux au plus bas depuis 2019 », 31 août 2026 4France 24, « Emmanuel Macron et Charles III dévoileront ensemble la tapisserie de Bayeux à Londres », 2 septembre 2026 5Le Grand Continent, « Le scandale qui fait imploser Reform UK : comment Nigel Farage finance sa campagne avec des fonds étrangers », 4 septembre 2026. La troisième porte sur la doctrine : un parti dont le fonds de commerce est la souveraineté a paraphé un texte qui institue, dans les eaux et les ports français, l'effet direct d'une décision unilatérale prise par une marine étrangère.

La thèse défendue ici est que ces trois lignes convergent vers un même diagnostic, qui n'est pas celui de la trahison, ni celui de la duplicité britannique, mais celui d'un déficit structurel de préparation. En quarante-huit heures, le Rassemblement national a produit trois explications incompatibles de la clause de retour, l'une affirmant que les migrants seraient ramenés en France et placés en rétention, l'autre qu'ils ne seraient jamais ramenés parce qu'il n'y aurait plus de traversées, la troisième que les coûts seraient partagés à parts égales, ce que le texte ne dit nulle part 6franceinfo, « On vous résume la passe d'armes entre Jordan Bardella et ses adversaires après la signature d'un accord sur l'immigration avec Nigel Farage », 6 septembre 2026 7Europe 1, « "Monsieur Attal dit n'importe quoi" : Andréa Kotarac défend l'accord Bardella-Farage », 5 septembre 2026. Un parti qui ambitionne de fournir le Premier ministre de la France en mai 2027 s'est trouvé, sur le dossier migratoire qui constitue le cœur de son identité, incapable de dire ce qu'il avait signé.

L'expression « perfidie d'Albion », qui circule dans une partie du commentaire français, est écartée à dessein. Elle suppose une intention que rien ne permet d'établir et elle rend, au fond, service au signataire français en déplaçant la responsabilité sur son cocontractant. La lecture proposée ici est structurelle : Nigel Farage a obtenu ce que la logique de sa position lui commandait d'obtenir, et Jordan Bardella a donné ce que la logique de la sienne lui interdisait de donner. Aucune ruse n'est nécessaire pour expliquer un tel résultat lorsqu'une partie arrive à la table avec un texte préparé et l'autre avec un déplacement à réussir.

Note méthodologique

Ce texte distingue quatre registres de certitude. Les faits établis sont ceux dont l'existence est attestée par des sources primaires ou par la convergence de plusieurs sources secondaires indépendantes : la date et le lieu de la signature, le contenu textuel du protocole tel qu'il a été publié par Reform UK et repris par les agences, les déclarations publiques des acteurs, les données du Home Office sur les traversées, les termes du traité de Sandhurst renouvelé en avril 2026. Les lectures analytiques sont les interprétations que l'auteur propose de ces faits, et qui pourraient être contestées par une lecture concurrente sans que les faits eux-mêmes soient remis en cause. Les inférences raisonnées vont un pas plus loin : elles tirent des faits une conclusion sur des éléments non directement observables, par exemple le degré de préparation juridique d'une délégation. Les paris éditoriaux, enfin, sont des jugements dont l'auteur assume qu'ils excèdent ce que les faits permettent strictement d'établir, et qui sont soumis en fin d'article à des critères de falsification datés.

Le registre dominant est volontairement plus mordant que celui d'une note de la Cour des comptes, sans que cette liberté de ton autorise le moindre relâchement sur la chaîne de preuve. Chaque affirmation factuelle est reliée à une source numérotée. Les citations d'acteurs politiques sont reproduites dans les termes rapportés par la presse et non reconstituées. Aucune intention n'est attribuée à quiconque : lorsqu'un effet est constaté, il est rapporté à une structure d'incitations ou à une mécanique institutionnelle, jamais à une volonté cachée. Les sources primaires (texte du protocole publié par Reform UK, données du Home Office, auditions devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les accords du Touquet) sont privilégiées ; la presse est utilisée pour les déclarations et la chronologie, et signalée comme telle.

Une limite doit être posée d'emblée. Le texte intégral du protocole n'a pas été publié sous forme de document officiel par le Rassemblement national à la date de rédaction. Les citations qui en sont faites proviennent du communiqué de Reform UK et des reproductions concordantes de plusieurs organes de presse britanniques et français 2Reform UK, « Nigel Farage and Jordan Bardella sign a "new entente cordiale" to stop the boats », communiqué, 4 septembre 2026 8PA Media via Yahoo News, « Farage unveils small boats deal with French National Rally party », 4 septembre 2026. Si une version française authentifiée devait faire apparaître des divergences de formulation, la section consacrée à l'analyse textuelle devrait être révisée. Cette réserve est intégrée aux critères de falsification.

I. La séquence : sept jours, trois capitales, deux récits

La signification du protocole de Birmingham ne se comprend qu'en le replaçant dans la semaine qui l'a précédé, parce que cette semaine a vu s'affronter deux récits de la relation franco-britannique sur la Manche, et que le Rassemblement national a choisi, sans paraître s'en apercevoir, de se ranger sous le plus faible des deux.

Le lundi 31 août, le Home Office annonce que le nombre de traversées de la Manche par petites embarcations au cours des mois de juin, juillet et août 2026 est le plus bas enregistré pour une période estivale depuis 2019, et attribue ce résultat à la coopération avec la France, formalisée par le renouvellement pour trois ans du traité de Sandhurst en avril 3AFP via Marine & Océans, « Royaume-Uni : le nombre des traversées de la Manche par des migrants sur de petits bateaux au plus bas depuis 2019 », 31 août 2026. Le mardi 1er septembre, Andy Burnham, Premier ministre depuis la chute de Keir Starmer en juillet, indique qu'il remerciera Emmanuel Macron pour une coopération ayant permis d'empêcher plus de 48 000 traversées 9CNews, « Traversées de la Manche, soutien à l'Ukraine, détroit d'Ormuz… Emmanuel Macron reçu ce jeudi à Downing Street par le nouveau Premier ministre Andy Burnham », 3 septembre 2026. Le mercredi 2 septembre, le président français inaugure au British Museum, aux côtés de Charles III, l'exposition consacrée à la tapisserie de Bayeux, prêtée par la France. Le jeudi 3 septembre, Emmanuel Macron est reçu à Downing Street : c'est la première rencontre bilatérale d'Andy Burnham avec un dirigeant étranger depuis son entrée en fonction, et Downing Street annonce à cette occasion le déploiement de quarante-cinq agents supplémentaires sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais, présenté comme un quasi-triplement des effectifs britanniques affectés à la lutte contre les grandes embarcations 10Epoch Times, « Première rencontre Burnham-Macron : vers une nouvelle page des relations franco-britanniques », 3 septembre 2026.

Le même jeudi soir, Channel 4 diffuse une enquête en caméra cachée réalisée sur près d'un an par le collectif de journalistes Verbatim. Elle montre un proche collaborateur de Nigel Farage, Dan Jukes, suggérant à un faux donateur américain des moyens de contourner la législation britannique sur le financement des partis pour un don de 500 000 livres, et établit que trois sondages commandés par Reform UK, pour un montant de 32 500 livres, ont été payés par ce même donateur fictif, ce que la loi interdit lorsque la source est étrangère. James Orr, universitaire de Cambridge devenu conseiller senior de Farage, et Dan Jukes démissionnent dans les heures qui suivent. Nigel Farage, qui fait déjà l'objet d'une enquête de la commission d'éthique du Parlement sur un don de cinq millions de livres reçu en 2024 et d'une enquête de police sur le financement de son parti, qualifie l'affaire de coup monté 5Le Grand Continent, « Le scandale qui fait imploser Reform UK : comment Nigel Farage finance sa campagne avec des fonds étrangers », 4 septembre 2026 11France 24, « Le parti Reform UK de Nigel Farage secoué par une nouvelle affaire de dons », 4 septembre 2026.

C'est dans ce contexte que, le vendredi 4 septembre, Jordan Bardella monte sur la scène du congrès de Birmingham devant environ huit mille militants de Reform UK. Il prononce en anglais un discours qui accuse Emmanuel Macron de ne pas avoir protégé la France, affirme que la Manche ne doit plus être une route migratoire vers Douvres ou Folkestone et que la destination des clandestins entrant en France ne sera pas le Royaume-Uni mais leur pays d'origine. Nigel Farage le rejoint ; les deux hommes signent une reproduction géante du protocole d'accord sous les acclamations, un militant criant « Vive la France ! ». En conférence de presse, passé au français, Jordan Bardella déclare que si la France gérait mieux ses frontières, personne ne quitterait Calais 1Europe 1, « Accord sur l'immigration avec Nigel Farage : Jordan Bardella précise ses ambitions à l'international », 7 septembre 2026 12Euronews, « "Nouvelle entente cordiale" : Jordan Bardella signe un pacte migratoire avec Nigel Farage », 4 septembre 2026 13The National, « Farage and Bardella unite in hardline policy to turn back Channel migrants », 4 septembre 2026.

Le samedi 5 septembre, la réaction française est unanime dans sa condamnation et transpartisane dans sa composition. À la braderie de Lille, Gabriel Attal parle d'une intervention « absolument sidérante » et d'une « soumission totale », évoquant des degrés d'impréparation rarement vus dans l'histoire récente du parti. Xavier Bertrand dénonce une « prosternation » et accuse le président du RN d'avoir proposé de faire de la France un « sous-traitant de la Grande-Bretagne ». Édouard Philippe ironise sur un accord que personne n'avait vu venir et se demande si Marine Le Pen est sur la même ligne. Jean-Luc Mélenchon écrit que la France deviendrait le « garde-barrière des Anglais » et que ne pas voter Le Pen devient une question de dignité nationale 6franceinfo, « On vous résume la passe d'armes entre Jordan Bardella et ses adversaires après la signature d'un accord sur l'immigration avec Nigel Farage », 6 septembre 2026 14AFP via Orange Actualités, « Aide à l'Ukraine, immigration au Royaume-Uni : le RN et Bardella sous le feu des critiques », 5 septembre 2026. Le même jour, sur BFMTV, Jordan Bardella tente d'éteindre l'incendie en affirmant que le protocole ne prévoit pas que des migrants soient repoussés vers les côtes françaises, puisqu'il n'y aura plus de traversées ; il qualifie Gabriel Attal et Édouard Philippe d'« immigrationnistes forcenés » 6franceinfo, « On vous résume la passe d'armes entre Jordan Bardella et ses adversaires après la signature d'un accord sur l'immigration avec Nigel Farage », 6 septembre 2026. Dans le même temps, la députée Edwige Diaz explique que les migrants seront ramenés en France pour être placés en rétention en vue de leur expulsion, tandis que le député Laurent Jacobelli assure que les dépenses seront équitablement réparties entre Paris et Londres 6franceinfo, « On vous résume la passe d'armes entre Jordan Bardella et ses adversaires après la signature d'un accord sur l'immigration avec Nigel Farage », 6 septembre 2026 7Europe 1, « "Monsieur Attal dit n'importe quoi" : Andréa Kotarac défend l'accord Bardella-Farage », 5 septembre 2026.

Chronologie de la séquence, 31 août au 6 septembre 2026

Graphique interactif.

Lecture analytique : la juxtaposition des dates n'est pas anecdotique. Le gouvernement français sortant venait d'obtenir, sur le dossier de la Manche, le meilleur résultat statistique de la décennie, sanctionné par les remerciements publics du Premier ministre britannique et par un renouvellement de financement à hauteur de 766 millions d'euros sur trois ans 15Euronews, « Traversées de la Manche : la France et le Royaume-Uni reconduisent le traité de Sandhurst », 23 avril 2026. Le chef de Reform UK, de son côté, traversait la semaine la plus difficile de sa carrière depuis la campagne du référendum de 2016, distancé dans les sondages par le Labour d'Andy Burnham (autour de 22 à 23 % contre 26 %) et rattrapé par trois enquêtes distinctes sur ses finances 5Le Grand Continent, « Le scandale qui fait imploser Reform UK : comment Nigel Farage finance sa campagne avec des fonds étrangers », 4 septembre 2026 11France 24, « Le parti Reform UK de Nigel Farage secoué par une nouvelle affaire de dons », 4 septembre 2026. Le Rassemblement national a choisi ce moment précis pour offrir au second la caution d'un futur Premier ministre français et pour reprendre à son compte, contre le premier, la thèse britannique selon laquelle la France « ne fait pas son travail ». Il faut mesurer ce que cela signifie du point de vue de l'intérêt national tel que le RN prétend le défendre : le seul actif dont dispose Paris dans la négociation permanente sur la Manche est que Londres a besoin d'elle davantage qu'elle n'a besoin de Londres, et Jordan Bardella a passé sa journée à Birmingham à expliquer que c'était la France qui était en faute.

II. Le texte : anatomie d'une asymétrie

Ce que dit le protocole

Le document signé à Birmingham est court. Reform UK l'a présenté comme un « memorandum of understanding », un protocole d'entente, formule qui, dans la pratique diplomatique, désigne un instrument dépourvu de force juridique contraignante et destiné à encadrer une coopération future. Ici, la formule est encore plus faible qu'à l'ordinaire, puisque les signataires ne représentent aucun État : Reform UK compte une poignée de députés à Westminster et le Rassemblement national est un parti d'opposition. Le texte anticipe une double victoire électorale et décrit ce que les deux exécutifs qui en résulteraient feraient alors 1Europe 1, « Accord sur l'immigration avec Nigel Farage : Jordan Bardella précise ses ambitions à l'international », 7 septembre 2026 8PA Media via Yahoo News, « Farage unveils small boats deal with French National Rally party », 4 septembre 2026.

Les engagements rapportés par Reform UK et par la presse britannique et française peuvent être regroupés en trois familles. La première est déclaratoire : les deux pays s'engagent à conduire une politique migratoire nationale restrictive qui supprime toute incitation à l'immigration irrégulière, en particulier par des mesures sans précédent contre le travail illégal, l'interdiction de toute régularisation des personnes en situation irrégulière et la restriction de leur accès aux prestations sociales 1Europe 1, « Accord sur l'immigration avec Nigel Farage : Jordan Bardella précise ses ambitions à l'international », 7 septembre 2026 16YourNews, « Farage, Bardella Sign Pact to Return English Channel Migrants to France if Their Parties Take Power », 4 septembre 2026 (reproduction des clauses du protocole). Ces engagements sont symétriques dans leur formulation et n'obligent personne envers personne : chaque pays les mettrait en œuvre sur son propre territoire, indépendamment de l'autre.

La deuxième famille constitue le cœur opérationnel du texte et concerne les traversées elles-mêmes. Le Royaume-Uni interceptera les embarcations parties des côtes françaises et entrées dans ses eaux territoriales, et ramènera en France les personnes qui se trouvent à bord. La France acceptera « ordinairement » ces personnes et les éloignera vers leur pays d'origine conformément à son droit interne de l'expulsion 2Reform UK, « Nigel Farage and Jordan Bardella sign a "new entente cordiale" to stop the boats », communiqué, 4 septembre 2026 8PA Media via Yahoo News, « Farage unveils small boats deal with French National Rally party », 4 septembre 2026. Le communiqué de Reform UK résume ce point sans ambiguïté : le protocole engage un futur gouvernement français dirigé par le Rassemblement national à accepter le retour des migrants qui, partis des côtes françaises, auraient pénétré dans les eaux britanniques 2Reform UK, « Nigel Farage and Jordan Bardella sign a "new entente cordiale" to stop the boats », communiqué, 4 septembre 2026.

La troisième famille concerne les personnes qui parviendraient malgré tout sur le sol britannique : elles seraient immédiatement placées en détention et expulsées vers leur pays d'origine, et non vers la France, conformément au plan « Operation Fortress » présenté par Reform UK le 3 août 2026 8PA Media via Yahoo News, « Farage unveils small boats deal with French National Rally party », 4 septembre 2026 17LBC, « "Violation of our sovereignty" : France hits back at Reform's plan to use Royal Navy to stop small boat crossings », 3 août 2026.

Qui s'oblige envers qui

Il suffit de dresser le tableau des obligations pour voir que la symétrie affichée par le titre s'évanouit à la lecture.

EngagementDébiteurCréancierNature
Politique migratoire restrictive (travail illégal, régularisations, prestations)Chaque pays sur son territoirePersonneDéclaratoire, unilatéral
Interception des embarcations dans les eaux britanniquesRoyaume-UniLui-mêmeExercice d'une compétence souveraine que Londres possède déjà
Retour en France des personnes interceptéesRoyaume-Uni décide, France exécuteRoyaume-UniObligation d'accepter
Éloignement vers le pays d'origine des personnes ramenéesFranceRoyaume-UniObligation de faire, à la charge du budget français
Détention et expulsion des arrivants sur sol britanniqueRoyaume-UniLui-mêmeExercice d'une compétence souveraine
Répartition des coûtsNon prévue dans le texte rapportéSilence

Fait établi : les trois engagements qui pèsent sur le Royaume-Uni sont l'exercice de compétences qu'il détient déjà en tant qu'État côtier et en tant qu'État d'accueil ; les deux engagements qui pèsent sur la France sont des obligations nouvelles, à savoir l'acceptation d'un retour décidé par une autorité étrangère et la prise en charge de l'éloignement vers un pays tiers. Lecture analytique : le protocole n'échange pas une obligation contre une autre ; il inscrit dans un document bilatéral la revendication unilatérale que Londres formule depuis les accords du Touquet, et qu'aucun gouvernement français n'a jamais acceptée, en lui donnant l'apparence d'une réciprocité.

L'adverbe « ordinairement » mérite un instant d'attention. Il ouvre en théorie une marge d'appréciation : la France accepterait les retours dans le cours ordinaire des choses, ce qui laisse supposer des exceptions. Mais la charge de la preuve est renversée. Dans le régime actuel, c'est le Royaume-Uni qui doit obtenir, cas par cas, l'accord de la France pour réadmettre une personne ; c'est l'architecture de l'accord « un pour un » d'août 2025, dans lequel chaque réadmission fait l'objet d'une décision française 18InfoMigrants, « Accord franco-britannique "un pour un" : 783 migrants expulsés vers la France et 736 envoyés au Royaume-Uni », 28 mai 2026 (audition de Laurent Touvet, DGEF, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les accords du Touquet). Dans le régime du protocole, c'est la France qui devrait justifier un refus. Inférence raisonnée : ce renversement est le principal acquis britannique du texte, et il est probable qu'il ait été rédigé par la partie qui en tire bénéfice, ce que suggère au demeurant la publication immédiate du communiqué par Reform UK, quand le Rassemblement national n'a diffusé aucune version française authentifiée dans les soixante-douze heures suivant la signature 2Reform UK, « Nigel Farage and Jordan Bardella sign a "new entente cordiale" to stop the boats », communiqué, 4 septembre 2026.

Circuit d'une personne interceptée sous le protocole de Birmingham

Graphique interactif.

Ce que le texte ne dit pas

Trois silences pèsent autant que les clauses.

Le premier concerne le financement. Le député Laurent Jacobelli a affirmé sur franceinfo que les dépenses seraient équitablement réparties entre Paris et Londres 6franceinfo, « On vous résume la passe d'armes entre Jordan Bardella et ses adversaires après la signature d'un accord sur l'immigration avec Nigel Farage », 6 septembre 2026. Aucune des reproductions du texte disponibles ne contient une telle stipulation. Or la question n'est pas accessoire : dans l'architecture actuelle, le Royaume-Uni finance les moyens français, à hauteur d'un plafond de 766 millions d'euros sur la période 2026-2029, dont 580 millions garantis et 186 millions conditionnés aux résultats 15Euronews, « Traversées de la Manche : la France et le Royaume-Uni reconduisent le traité de Sandhurst », 23 avril 2026. Ce financement est la contrepartie que Paris a obtenue en échange de l'externalisation de la frontière britannique sur son sol. Un protocole qui institue l'obligation d'accepter les retours sans mentionner la contrepartie financière revient, pour la France, à accepter la charge en abandonnant la rémunération. Inférence raisonnée : si le RN avait négocié cette clause, il l'aurait fait figurer dans le texte, puisqu'elle constitue son seul argument de défense ; son absence indique qu'elle n'a pas été négociée.

Le deuxième silence concerne les pays d'origine. L'ensemble du dispositif repose sur la capacité de la France à éloigner vers leur pays d'origine des personnes qui, dans leur majorité, proviennent d'États avec lesquels les taux d'exécution des mesures d'éloignement sont notoirement faibles. Depuis 2018, l'Iran est le premier pays d'origine des personnes ayant traversé la Manche ; l'Afghanistan, le Vietnam, l'Érythrée, le Soudan figurent parmi les premiers 19The Telegraph via Yahoo News, « Small boat tracker: How many people cross the Channel? », données Home Office par nationalité. La France ne dispose d'aucun accord de réadmission opérationnel avec l'Iran, l'Afghanistan ou l'Érythrée, et les éloignements vers le Soudan sont suspendus de fait. Le protocole transfère donc à la France la responsabilité de réaliser ce que ni la France ni le Royaume-Uni ne parviennent à réaliser aujourd'hui, et il le fait sans qu'aucune clause ne prévoie ce qu'il advient des personnes qui, ramenées en France, ne pourraient être éloignées. Fait établi par défaut : elles resteraient en France.

Le troisième silence concerne la Belgique. Le plan « Operation Fortress » de Reform UK prévoit le retour des personnes interceptées vers la France ou la Belgique 17LBC, « "Violation of our sovereignty" : France hits back at Reform's plan to use Royal Navy to stop small boat crossings », 3 août 2026. Le protocole de Birmingham ne mentionne que la France. Lecture analytique : en signant seul, le Rassemblement national a offert à Reform UK ce que Bruxelles ne lui a pas offert, et a placé la France dans la position du seul État européen à avoir, par la voix d'un parti susceptible de gouverner, accepté par avance l'effet direct sur son sol d'une décision de la Royal Navy.

Le précédent que le protocole renverse

Pour mesurer la portée de la clause de retour, il faut rappeler ce qu'elle renverse. Les accords du Touquet de 2003, complétés par le traité de Sandhurst de 2018, ont organisé l'externalisation des contrôles britanniques sur le sol français : la frontière du Royaume-Uni est, de fait, contrôlée à Calais, Dunkerque et Coquelles 20Vues d'Europe, « Accords franco-britanniques sur les migrations : du Touquet à Sandhurst, une fuite en avant sécuritaire », 23 juin 2026. Cette architecture a été critiquée en France par la quasi-totalité des forces politiques, à droite comme à gauche, au motif qu'elle fait de la France le gardien de la frontière d'un pays tiers. Le Rassemblement national lui-même a réclamé pendant des années la renégociation ou la dénonciation des accords du Touquet. Une commission d'enquête parlementaire sur ces accords et sur la situation à la frontière franco-britannique siège à l'Assemblée nationale depuis le printemps 2026 ; c'est devant elle que le directeur général des étrangers en France, Laurent Touvet, a présenté le 28 mai le bilan de l'accord « un pour un » 18InfoMigrants, « Accord franco-britannique "un pour un" : 783 migrants expulsés vers la France et 736 envoyés au Royaume-Uni », 28 mai 2026 (audition de Laurent Touvet, DGEF, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les accords du Touquet).

Depuis 2020, la position constante de l'État français est que ses forces en mer ne peuvent que secourir, non intercepter, et que tout retour d'embarcations vers ses côtes par des moyens britanniques constituerait une violation de sa souveraineté et du droit de la mer. Cette position…

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Sources

[1] Europe 1, « Accord sur l'immigration avec Nigel Farage : Jordan Bardella précise ses ambitions à l'international », 7 septembre 2026. https://www.europe1.fr/politique/accord-sur-limmigration-avec-nigel-farage-jordan-bardella-precise-ses-ambitions-a-linternational-1060472

[2] Reform UK, « Nigel Farage and Jordan Bardella sign a "new entente cordiale" to stop the boats », communiqué, 4 septembre 2026. https://www.reformparty.uk/news/nigel-farage-and-jordan-bardella-sign-a-new-entente-cordiale-to-stop-the-boats

[3] AFP via Marine & Océans, « Royaume-Uni : le nombre des traversées de la Manche par des migrants sur de petits bateaux au plus bas depuis 2019 », 31 août 2026. https://marine-oceans.com/actualites/royaume-uni-le-nombre-des-traversees-de-la-manche-par-des-migrants-sur-de-petits-bateaux-au-plus-bas-depuis-2019/

[4] France 24, « Emmanuel Macron et Charles III dévoileront ensemble la tapisserie de Bayeux à Londres », 2 septembre 2026. https://www.france24.com/fr/europe/20260902-emmanuel-macron-attendu-%C3%A0-londres-pour-d%C3%A9voiler-la-tapisserie-de-bayeux-et-rencontrer-andy-burnham

[5] Le Grand Continent, « Le scandale qui fait imploser Reform UK : comment Nigel Farage finance sa campagne avec des fonds étrangers », 4 septembre 2026. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/09/04/le-scandale-qui-fait-imploser-reform-uk-comment-nigel-farage-finance-sa-campagne-avec-des-fonds-etrangers/

[6] franceinfo, « On vous résume la passe d'armes entre Jordan Bardella et ses adversaires après la signature d'un accord sur l'immigration avec Nigel Farage », 6 septembre 2026. https://www.franceinfo.fr/politique/front-national/on-vous-resume-la-passe-d-armes-entre-jordan-bardella-et-ses-adversaires-apres-la-signature-d-un-accord-sur-l-immigration-avec-nigel-farage_8179508.html

[7] Europe 1, « "Monsieur Attal dit n'importe quoi" : Andréa Kotarac défend l'accord Bardella-Farage », 5 septembre 2026. https://www.europe1.fr/international/monsieur-attal-dit-nimporte-quoi-andrea-kotarac-defend-laccord-bardella-farage-1056896

[8] PA Media via Yahoo News, « Farage unveils small boats deal with French National Rally party », 4 septembre 2026. https://ca.news.yahoo.com/farage-unveils-small-boats-deal-145701135.html

[9] CNews, « Traversées de la Manche, soutien à l'Ukraine, détroit d'Ormuz… Emmanuel Macron reçu ce jeudi à Downing Street par le nouveau Premier ministre Andy Burnham », 3 septembre 2026. https://www.cnews.fr/monde/2026-09-03/traversees-de-la-manche-soutien-lukraine-detroit-dormuz-emmanuel-macron-recu-ce

[10] Epoch Times, « Première rencontre Burnham-Macron : vers une nouvelle page des relations franco-britanniques », 3 septembre 2026. https://www.epochtimes.fr/premiere-rencontre-burnham-macron-vers-une-nouvelle-page-des-relations-franco-britanniques-3339800.html

[11] France 24, « Le parti Reform UK de Nigel Farage secoué par une nouvelle affaire de dons », 4 septembre 2026. https://www.france24.com/fr/europe/20260904-le-parti-reform-uk-de-farage-secou%C3%A9-par-une-nouvelle-affaire-de-dons-bardella-apporte-son-soutien

[12] Euronews, « "Nouvelle entente cordiale" : Jordan Bardella signe un pacte migratoire avec Nigel Farage », 4 septembre 2026. https://fr.euronews.com/my-europe/2026/09/04/nouvelle-entent-cordiale-jordan-bardella-signe-un-pacte-migratoire-avec-nigel-farage

[13] The National, « Farage and Bardella unite in hardline policy to turn back Channel migrants », 4 septembre 2026. https://www.thenationalnews.com/news/uk/2026/09/04/farage-and-bardella-unite-in-hardline-policy-to-turn-back-channel-migrants/

[14] AFP via Orange Actualités, « Aide à l'Ukraine, immigration au Royaume-Uni : le RN et Bardella sous le feu des critiques », 5 septembre 2026. https://actu.orange.fr/politique/aide-a-l-ukraine-immigration-au-royaume-uni-le-rn-et-bardella-sous-le-feu-des-critiques-CNT000002rK21r.html

[15] Euronews, « Traversées de la Manche : la France et le Royaume-Uni reconduisent le traité de Sandhurst », 23 avril 2026. https://fr.euronews.com/my-europe/2026/04/23/traversees-de-la-manche-la-france-et-le-royaume-uni-reconduisent-le-traite-de-sandhurst

[16] YourNews, « Farage, Bardella Sign Pact to Return English Channel Migrants to France if Their Parties Take Power », 4 septembre 2026 (reproduction des clauses du protocole). https://yournews.com/2026/09/04/7186672/farage-bardella-sign-pact-to-return-english-channel-migrants-to/

[17] LBC, « "Violation of our sovereignty" : France hits back at Reform's plan to use Royal Navy to stop small boat crossings », 3 août 2026. https://www.lbc.co.uk/article/france-reform-royal-navy-migrants-channel-5HjdfYd_2/

[18] InfoMigrants, « Accord franco-britannique "un pour un" : 783 migrants expulsés vers la France et 736 envoyés au Royaume-Uni », 28 mai 2026 (audition de Laurent Touvet, DGEF, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les accords du Touquet). https://www.infomigrants.net/fr/post/71602/accord-francobritannique-un-pour-un--783-migrants-expulses-vers-la-france-et-736-envoyes-au-royaumeuni

[19] The Telegraph via Yahoo News, « Small boat tracker: How many people cross the Channel? », données Home Office par nationalité. https://www.yahoo.com/news/small-boat-tracker-many-people-161219851.html

[20] Vues d'Europe, « Accords franco-britanniques sur les migrations : du Touquet à Sandhurst, une fuite en avant sécuritaire », 23 juin 2026. https://www.vuesdeurope.eu/accords-franco-britanniques-sur-les-migrations/

[21] PA Media via Bracknell News, « Channel military operation to stop migrant boats would be legal, Reform insists », 3 août 2026 (déclaration du ministère de l'Intérieur français). https://www.bracknellnews.co.uk/news/national/26431864.channel-military-operation-stop-migrant-boats-legal-reform-insists/

[22] Al Jazeera, « Reform UK plan to return asylum seekers using navy "dangerous in practice" », 5 août 2026. https://www.aljazeera.com/news/2026/8/5/reform-uk-plan-to-return-asylum-seekers-using-navy-dangerous-in-practice

[23] Organisation maritime internationale, résolution MSC.167(78), Directives sur le traitement des personnes secourues en mer, 20 mai 2004 ; convention des Nations unies sur le droit de la mer, article 98.

[24] Cour européenne des droits de l'homme, Grande Chambre, Hirsi Jamaa et autres c. Italie, requête n° 27765/09, arrêt du 23 février 2012.

[25] Centre for Military Justice, « Reform's latest proposals to use the Royal Navy to "stop the boats", contrary to law and common sense », 4 août 2026. https://centreformilitaryjustice.org.uk/reforms-latest-proposals-to-use-the-royal-navy-to-stop-the-boats-contrary-to-law-and-common-sense/

[26] The Telegraph via Yahoo News, « Royal Navy will have to be deployed for Channel migrants to be returned to France, says Border Force union », 2020. https://news.yahoo.com/royal-navy-deployed-channel-migrants-201612291.html

[27] BBN Times, « Reform UK's Royal Navy Plan: A "Fortress" Policy Facing Stormy Seas », 4 août 2026 (rappel de l'abandon du plan Patel en 2022). https://www.bbntimes.com/politics/reform-uk-s-royal-navy-plan-a-fortress-policy-facing-stormy-seas

[28] InfoMigrants, « Royaume-Uni : plus de 41 000 arrivées de migrants par la Manche en 2025, le deuxième nombre plus haut jamais enregistré », 5 janvier 2026. https://www.infomigrants.net/fr/post/68990/royaumeuni--plus-de-41-000-arrivees-de-migrants-par-la-manche-en-2025-le-deuxieme-nombre-plus-haut-jamais-enregistre

[29] PA Media via AOL, « Migrants crossing English Channel to UK surged by 25% in 2024, new figures show », 1er janvier 2025 (série 2018-2024 du Home Office). https://www.aol.com/migrants-crossing-english-channel-uk-082251672.html

[30] InfoMigrants, « Accord "un pour un" : 377 migrants expulsés vers la France et 380 envoyés au Royaume-Uni », 13 mars 2026. https://www.infomigrants.net/fr/post/70369/accord-un-pour-un--377-migrants-expulses-vers-la-france-et-380-envoyes-au-royaumeuni

[31] InfoMigrants, « "Un pour un" : le traité franco-britannique modifié pour empêcher le retour de migrants expulsés », 23 juin 2026. https://www.infomigrants.net/fr/post/72030/un-pour-un--le-traite-francobritannique-modifie-pour-empecher-le-retour-de-migrants-expulses

[32] AFP via Orange Actualités, « GB : Farage largement réélu député, l'enquête sur ses finances reprend », 14 août 2026. https://actu.orange.fr/monde/gb-farage-largement-reelu-depute-l-enquete-sur-ses-finances-reprend-CNT000002rkdvM.html

[33] Toute l'Europe, « Procès des assistants du RN : Marine Le Pen condamnée en appel, mais éligible à l'élection présidentielle 2027 », 9 juillet 2026. https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/proces-des-assistants-du-rn-marine-le-pen-condamnee-en-appel-mais-eligible-a-l-election-presidentielle-2027/

[34] Le Club des Juristes, « Marine Le Pen condamnée en appel : ce qu'il faut retenir de la décision de justice », 10 juillet 2026, mis à jour 24 juillet 2026. https://www.leclubdesjuristes.com/justice/affaire-des-assistants-parlementaires-du-fn-coup-darret-a-la-candidature-de-marine-le-pen-16827/

[35] Public Sénat, « Marine Le Pen condamnée à 1 an ferme sous bracelet électronique, et à 45 mois d'inéligibilité, dont 30 mois avec sursis », 7 juillet 2026. https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/direct-suivez-le-delibere-du-proces-en-appel-de-marine-le-pen

[36] House of Commons, Joint Committee on Human Rights, written evidence « Defining Collective Expulsion », rappelant que le Royaume-Uni n'a pas ratifié le Protocole n° 4 à la CEDH. https://committees.parliament.uk/writtenevidence/12080/html/

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