La formule circule dans la controverse européenne depuis bientôt vingt ans : entre le traité établissant une Constitution pour l'Europe, rejeté par le référendum du 29 mai 2005, et le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, il y aurait eu un « recul sans nom ». L'expression a ceci de singulier qu'elle ne désigne pas le même objet selon la bouche qui la prononce. Pour qui regrettait l'ambition fédérale, le recul tient à l'effacement du projet constitutionnel ; pour qui défendait la souveraineté nationale, il tient au contournement du verdict populaire. Entre ces deux lectures, une question demeure, que la formule esquive plus qu'elle ne tranche : quels articles, précisément, documentent ce recul, et de quel recul s'agit-il ? Y répondre suppose de quitter le registre de l'indignation pour celui de l'inventaire. Le présent texte compare, disposition par disposition, ce que le traité constitutionnel inscrivait et ce que le traité de Lisbonne en a retenu, déplacé ou abaissé. Il en ressort une asymétrie que la suite documente : le recul, là où la rhétorique le situe, est rarement celui que les articles établissent.
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