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Entre Emmanuel Macron et Alger, la rupture est consommée

Analyse

Entre Emmanuel Macron et Alger, la rupture est consommée

Ligne dure affichée, leviers émoussés : la diplomatie française bute sur une riposte algérienne méthodique, dossier après dossier. Sahara occidental, OQTF non exécutées, détentions symboliques, guerre des visas et désormais fin de l’accord de 2013 sur les passeports diplomatiques : l’épreuve de force entre Paris et Alger a changé de nature. À l’initiative de l’Élysée, la France assume un virage coercitif « plus de fermeté et de détermination » auquel l’Algérie répond par des contre-mesures calibrées. Au-delà des postures, que valent vraiment les leviers français ? Où se logent les rapports de force réels ? Et que disent les chiffres ?

Par Jean-Noël Barrot · 10 août 2025 · 12 min de lecture

1) Le coup de tonnerre d’août 2025 : la lettre et les sanctions

La crise ne s’est pas ouverte en août 2025. Elle est l’aboutissement d’un long cycle de tensions qui a pris racine dès la guerre d’Algérie et s’est nourri, décennie après décennie, d’incompréhensions et d’arrière-pensées.

Mais le 6 août 2025 marque un tournant assumé : Emmanuel Macron intime à son Premier ministre d’« agir avec plus de fermeté » vis-à-vis d’Alger et de suspendre l’accord bilatéral de 2013 sur l’exemption de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service.

« Nous ne pouvons plus tolérer des manquements répétés sur les réadmissions. La France agira avec fermeté et détermination. » Emmanuel Macron, lettre au Premier ministre, 6 août 2025

Cette décision s’inscrit dans une longue tradition française de recourir au levier des visas comme instrument de pression politique déjà utilisé en 2021, avec un rendement mitigé.

Mais cette fois, Paris a voulu marquer le coup en l’adossant à une coordination Schengen, cherchant à transformer un bras de fer bilatéral en coalition européenne.

La riposte d’Alger est immédiate : dénonciation formelle de l’accord de 2013 (et non simple suspension), fin de facilités immobilières historiques pour la diplomatie française à Alger, et rappel public au principe de réciprocité.

« L’Algérie se réserve le droit de répondre à toute mesure discriminatoire, sur le principe de stricte réciprocité. » Ministère algérien des Affaires étrangères, communiqué du 7 août 2025

À retenir :

  • L’accord de 2013 symbolisait une relation « privilégiée » au plus haut niveau de l’État.
  • Sa dénonciation signe la fin d’une exception diplomatique héritée de la décennie précédente.
  • Ce geste est tout sauf symbolique : il ferme un canal de dialogue direct, dans un moment où la relation en aurait besoin.

2) Le fond du conflit : le Sahara, pivot stratégique devenu ligne rouge

Le conflit autour du Sahara occidental est l’angle mort de la plupart des analyses médiatiques françaises.

Pourtant, c’est la clé de lecture incontournable de la crise actuelle.

En juillet 2024, Paris rompt avec des décennies d’ambiguïté et adopte officiellement la position marocaine : le plan d’autonomie « sous souveraineté marocaine » devient, pour l’Élysée, la seule base crédible de règlement.

Cette inflexion majeure suit celle de Washington (sous Trump, confirmée par Biden) et de Londres.

« Le plan marocain est la seule base crédible et sérieuse de négociation. » Emmanuel Macron, conférence de presse, 10 juillet 2024

Alger, qui se considère comme le parrain stratégique du Front Polisario, y voit une provocation et rappelle son ambassadeur.

« La question sahraouie est une cause sacrée. L’Algérie ne transigera jamais sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. » Abdelmadjid Tebboune, discours, 22 juillet 2024

Contexte historique :

Depuis 1975 et la Marche Verte, Paris naviguait dans une zone grise diplomatique : soutien officiel à l’ONU, mais coopération militaire et sécuritaire privilégiée avec Rabat.

Cette ambiguïté permettait de ménager Alger… jusqu’à ce que les réalités géopolitiques (Sahel, lutte antiterroriste, énergie) poussent Paris à choisir clairement un camp.

À retenir :

  • La fracture Sahara est structurelle : tant que Paris ne revient pas sur cette position, la relation restera crispée.
  • Les tensions migratoires, judiciaires ou économiques ne sont que des instruments de cette confrontation stratégique.

3) OQTF, réadmissions et réalité des chiffres : la « fermeté » à l’épreuve des capacités

La rhétorique présidentielle met en avant la fermeté migratoire.

Mais derrière le discours, les chiffres montrent un mur d’impuissance administrative.

En 2024 :

  • 130 000 OQTF prononcées
  • 15 000 exécutées
  • Taux global : ~11 %

Pour les ressortissants algériens, le taux est encore plus bas : ~10 %.

« Les éloignements effectifs représentent à peine une fraction des obligations prononcées, et encore moins lorsqu’il s’agit de pays tiers réticents. » Cour des comptes, rapport 2024

Taux d’exécution des OQTF en 2024

Pays | OQTF prononcées | Éloignements effectifs | Taux d’exécution |

France (total)130 00015 00011,5 %

| Algérie | 7…

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