L'Union européenne n'a jamais décidé de désindustrialiser le continent. Elle a décidé d'être une puissance normative, sans se doter de l'organe qui aurait additionné le coût industriel de cette décision. C'est la définition de l'impensé que cette enquête établit : non l'absence de pensée, mais une pensée qui ne boucle pas, faute d'instance pour la fermer. L'impensé a deux faces. La première est procédurale : la machine réglementaire n'a aucun dispositif d'agrégation ex ante du coût qu'elle cumule, et son seul organe de contrôle rend des avis qui ne lient personne. La seconde est épistémique : une fraction des décisions structurantes glisse de la précaution proportionnée vers une logique de danger à preuve inversée, et dans le cas du nucléaire l'institution a fait produire la science par son propre service avant de décider à côté d'elle. La thèse est étroite et il faut l'énoncer telle : l'organe manquant ne garantirait pas la bonne décision, seulement qu'une décision soit posée et puisse être contestée. Le tournant de 2024-2026, de Draghi au rétropédalage automobile, ne réfute pas cette lecture : il la ratifie, puisqu'il s'agit d'une institution diagnostiquant son angle mort. Le pari, énoncé en clair et rendu falsifiable au chapitre 7, est que cette correction restera procédurale et redistributive, sans reconstruire la faculté qui manque.
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