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Une République sans héritiers

Analyse

Une République sans héritiers

Le gaullisme a disparu comme force intellectuelle avant d’être récupéré comme décor rhétorique. Le résultat est connu : un vocabulaire républicain flottant, une souveraineté réduite à l’identité, une laïcité instrumentalisée, un universalisme contesté de toutes parts. La question n’est donc plus seulement de savoir qui parle au nom de la République, mais qui en défend encore réellement la logique.

Par Rédaction SensPo · 14 avril 2026 · 55 min de lecture

Il est devenu courant de parler de la République comme d'un décor usé, un mot invoqué sans contenu, un universel disponible pour toutes les captations partisanes. Cette indétermination, qui n'est pas un simple relâchement sémantique mais un fait politique observable depuis une vingtaine d'années, rend possible un amalgame tenace dans le débat public français : l'assimilation du gaullisme au Rassemblement national, présentée comme une continuité naturelle sous le signe commun de la souveraineté. Cet amalgame, qui arrange simultanément les héritiers présumés et leurs adversaires, se nourrit de l'oubli simultané de ce qu'est la République française comme forme politique et de ce qu'est le gaullisme comme modalité historique de cette forme. Il se renforce de la disparition intellectuelle des courants gaullistes authentiques dans la droite gouvernementale post-2007, du travail de captation médiatique conduit depuis l'écosystème Bolloré, et d'une simplification du débat public qui ramène toute position complexe à un point sur l'axe gauche-droite, grille que le gaullisme, transversal par construction, a toujours récusée.

Reconstituer la singularité républicaine française, confronter le gaullisme à ses héritiers prétendus, documenter l'état présent du cadre républicain à la lumière des enquêtes les plus récentes, et situer ce cadre dans le paysage des démocraties contemporaines : tel est l'objet de cette contribution, qui ne prétend pas à la neutralité axiologique (la défense du républicanisme y est assumée) mais vise à soumettre ses propres thèses à la discipline des sources primaires et des distinctions conceptuelles qu'exigent les travaux contemporains, notamment ceux de Pierre Rosanvallon sur la légitimité démocratique, de Cécile Laborde sur la laïcité critique, de Pierre-André Taguieff sur le populisme, de Jérôme Fourquet sur la sociologie territoriale, de Marcel Gauchet sur les transformations longues de la démocratie, de Serge Audier sur les généalogies républicaines.

I. Une configuration et ses fondements

La République française, telle qu'elle s'est stabilisée après 1870, consolidée en 1905, refondée en 1944, institutionnalisée en 1958, résulte d'une sédimentation que l'on peut décomposer en cinq propositions dont aucune n'est, prise isolément, exclusive à la France, mais dont l'agrégation constitue une combinaison sans équivalent strict dans les démocraties occidentales contemporaines. Souveraineté populaire indivisible, inscrite à l'article 1er de la Constitution de 1958 dans une formulation qui n'admet aucun corps politique intermédiaire constitutionnellement reconnu entre le peuple et l'État, héritée du contractualisme rousseauiste et retravaillée par la tradition radicale-socialiste de la Troisième République. Laïcité active, codifiée par la loi du 9 décembre 1905, qui ne se confond ni avec le concordatisme allemand (où l'État perçoit l'impôt religieux), ni avec l'établissement anglican britannique, ni avec la seule liberté constitutionnelle des cultes américaine. Universalisme civique, hérité de la Déclaration de 1789 et retravaillé par l'école républicaine, qui fait du citoyen une figure abstraite détachée de ses appartenances particulières. Centralité de l'école publique, gratuite, laïque et obligatoire depuis les lois Ferry de 1881 et 1882, comme institution cardinale de formation du citoyen. État républicain fort, qui ne se conçoit pas comme arbitre entre intérêts privés (conception libérale) mais comme expression institutionnelle de la délibération souveraine.

Que cette combinaison constitue une singularité n'implique pas qu'elle soit supérieure ni qu'elle soit menacée de disparaître à court terme. Elle signifie que ses conditions de possibilité ne se retrouvent pas, telles quelles, dans les principales démocraties comparables. Le modèle anglo-saxon, dont les États-Unis offrent la forme la plus pure, privilégie l'individu sur le citoyen, reconnaît institutionnellement les communautés religieuses et raciales, pratique une laïcité procédurale qui n'est pas celle de 1905. Le fédéralisme allemand fragmente la souveraineté entre le Bund et les seize Länder, maintient un concordatisme consolidé, subordonne le législateur à la Cour constitutionnelle de Karlsruhe dans des proportions que la France, malgré la montée en puissance du Conseil constitutionnel depuis 1971, n'a pas atteintes. Les illibéralismes est-européens (Hongrie depuis 2010, Pologne 2015 à 2023) conservent une forme d'indivisibilité souveraine mais dégradent les conditions matérielles du pluralisme sans laïcité ni universalisme robustes. Ces comparaisons, ni hiérarchiques ni condamnatoires, servent simplement à situer la configuration française dans le paysage mondial des démocraties.

Le socle intellectuel de cette configuration procède d'apports philosophiques dont la sédimentation s'étale sur deux siècles. Rousseau, dans Du contrat social de 1762, fournit la matrice d'une souveraineté populaire qui ne se laisse pas déléguer aux corps intermédiaires prétendant parler au nom du peuple sans passer par lui, thèse qui fonde le référendum et irrigue la pratique constituante française jusqu'aux usages contemporains de l'article 11 de la Constitution. Renan, dans sa conférence en Sorbonne du 11 mars 1882, formule la nation civique comme un "plébiscite de tous les jours", définition volontariste et contractualiste qui s'oppose terme à terme aux théoriciens allemands définissant la nation par le sang, la langue et le sol, opposition dont Dominique Schnapper, dans La communauté des citoyens (1994), a montré qu'elle reste structurante pour penser ce qui distingue le modèle français des modèles alternatifs. Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1835 et 1840), défend les corps intermédiaires comme rempart contre ce qu'il nomme le despotisme doux des démocraties d'opinion, intuition que Pierre Rosanvallon a approfondie en montrant que la légitimité démocratique contemporaine ne se réduit pas à la légitimité d'autorisation par l'élection, mais suppose également une légitimité d'impartialité, de réflexivité et de proximité, autant de dimensions portées par des institutions qui ne sont pas strictement électives. Péguy, dans Notre jeunesse (1910), formule la distinction entre la mystique républicaine et sa dégradation politique, texte qui documente la conscience précoce, chez les républicains les plus lucides, de la fragilité des engagements existentiels sur lesquels repose la République lorsqu'ils se sédimentent en routines partisanes. Jaurès, dans ses discours et articles entre 1890 et son assassinat au Café du Croissant le 31 juillet 1914, articule la République politique à la République sociale, articulation que Serge Audier a documentée dans ses travaux sur la tradition solidariste et sur le républicanisme moderne, montrant qu'il existe une voie républicaine distincte à la fois du libéralisme classique et du socialisme étatiste.

Cette matrice n'est pas une anthologie académique. Elle fournit la grammaire implicite à partir de laquelle les propositions politiques contemporaines peuvent être évaluées selon qu'elles renforcent ou affaiblissent les composantes de la configuration : la souveraineté populaire, la nation civique, les corps intermédiaires, la mystique républicaine entendue comme engagement civique sédimenté, l'articulation entre République politique et République sociale.

II. Une grammaire opératoire

Liberté-Égalité-Fraternité, trop souvent traitée comme une devise ornementale, constitue en réalité la formulation synthétique de trois exigences articulées en système, chacune renvoyant à une tradition intellectuelle distincte et à un ensemble de politiques publiques observables. La lecture républicaine française de la Liberté se distingue de la liberté libérale anglo-saxonne, individuelle et négative telle que Locke puis Mill puis Berlin l'ont formulée, par sa dimension collective et positive qui fait de la liberté politique la capacité d'un peuple à se donner ses propres lois, conception qui suppose une indépendance matérielle sans laquelle les votes populaires portent sur des marges dérisoires, les décisions structurantes étant prises ailleurs. Lorsque de Gaulle, dans la conférence de presse du 4 février 1965, conteste le "privilège exorbitant" du dollar et ordonne la conversion partielle des réserves françaises en or, lorsqu'il annonce en mars 1966 le retrait de la France du commandement intégré de l'OTAN et le départ des bases américaines du territoire national, il ne cède pas à une posture nationaliste : il reconstitue, dans le langage matériel des capacités (monétaires, militaires, diplomatiques), les conditions d'une liberté politique qui serait sans cela purement formelle.

L'Égalité républicaine française, pour laquelle Serge Audier a montré qu'elle procède d'une filiation solidariste distincte du libéralisme politique, ne se contente pas d'offrir aux citoyens un départ égal dans la compétition sociale, mais vise une égalité substantielle garantie par redistribution, services publics, école, aménagement du territoire. Les lois Ferry de 1881 et 1882, le programme du CNR adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944, les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 fondant la Sécurité sociale sous la direction de Pierre Laroque, la décentralisation de 1982 portée par Gaston Defferre : chacun de ces moments fondateurs inscrit dans les institutions la thèse que l'égalité républicaine n'est pas un donné mais une construction continue, portée par un État stratège capable d'agir.

La Fraternité, enfin, n'est ni l'appartenance à une communauté préalable qui relèverait du communautarisme, ni la somme agrégée d'intérêts individuels qui relèverait du libéralisme agrégatif, mais une solidarité civique organisée par des institutions, ce que Dominique Schnapper a thématisé dans la formule de "communauté des citoyens". Les institutions concrètes de cette fraternité constituent un inventaire précis : Sécurité sociale qui mutualise les risques majeurs, syndicats qui organisent la représentation des travailleurs, associations relevant de la loi du 1er juillet 1901, collectivités locales, service militaire jusqu'à sa suspension en 1997 par Jacques Chirac, participation capital-travail formalisée par les ordonnances gaulliennes du 17 août 1967. L'articulation systémique du triptyque implique que l'affaiblissement simultané de l'État stratège et des capacités matérielles nationales, tel qu'il s'est produit depuis trois décennies sous l'effet des politiques néolibérales européennes, produit mécaniquement un affaiblissement de la Fraternité par dégradation des corps intermédiaires et substitution progressive d'identités de substitution, diagnostic que Rosanvallon a appelé, dans Les institutions invisibles (2008), une crise de la démocratie de réflexivité. Le Rassemblement national prospère, comme l'a montré Jérôme Fourquet dans L'archipel français (2019), dans le vide produit par cet effondrement systémique, dont il n'est ni la cause première ni le remède, mais l'une des conséquences politiques les plus visibles.

III. La laïcité : principe singulier, objet de tensions continues

La laïcité française, telle que la loi du 9 décembre 1905 la codifie à la suite de débats parlementaires dont Aristide Briand fut le rapporteur modéré et que Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur, gérera sur le terrain avec fermeté lors des inventaires de 1906, se distingue de plusieurs modèles voisins par son caractère actif et sa prétention à soustraire l'espace public à l'emprise confessionnelle, tout en garantissant la liberté de conscience dans la sphère privée. Elle repose sur une architecture en deux articles dont la sobriété masque la radicalité : "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public", puis "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Jean Baubérot, dans ses travaux successifs sur l'histoire de la laïcité en France, puis Patrick Weil dans De la laïcité en France (2021), ont documenté la plasticité historique de ce dispositif, qui a traversé plus d'un siècle d'interprétations jurisprudentielles et de reformulations politiques sans perdre sa cohérence fondamentale.

La période contemporaine soumet cette laïcité à plusieurs tensions simultanées, dont il importe de préserver la distinction. Une logique dite communautariste, inspirée pour l'essentiel de traditions anglo-saxonnes et relayée par certains courants militants français, voudrait reconnaître dans l'espace public des statuts religieux différenciés, reconnaissance qui segmenterait la citoyenneté selon l'appartenance confessionnelle et contreviendrait à l'indivisibilité inscrite à l'article 1er. Une instrumentalisation identitaire, visible notamment dans les usages que le Rassemblement national et certains de ses affluents font du mot laïcité, transforme un principe de neutralité en arme d'exclusion contre une religion particulière, trahison doctrinale qui consiste à dévoyer un universel en préférence de majorité, que Cécile Laborde, dans ses travaux sur la laïcité critique, distingue rigoureusement de la laïcité républicaine classique. Une pression jurisprudentielle européenne, portée par la Cour européenne des droits de l'homme, développe depuis trois décennies une jurisprudence attentive à la liberté religieuse individuelle qui, dans certains cas (l'arrêt Ebrahimian contre France de 2015 sur le voile d'une agente hospitalière constitue un exemple discuté), a tendu à relativiser certaines applications françaises sans toutefois condamner le principe. Une faiblesse pédagogique enfin, documentée par les rapports annuels du ministère de l'Éducation nationale sur les atteintes au principe de laïcité, manifestée tragiquement par les assassinats de Samuel Paty le 16 octobre 2020 et de Dominique Bernard le 13 octobre 2023, révèle que la transmission scolaire de la laïcité ne peut plus être présumée évidente et exige d'être continuellement refondée pédagogiquement.

Le cas québécois éclaire les possibilités et les limites d'une transposition partielle du modèle français. La loi québécoise sur la laïcité de l'État, dite "loi 21", adoptée le 16 juin 2019 par le gouvernement de la Coalition avenir Québec dirigé par François Legault, interdit aux employés de l'État en position d'autorité (juges, policiers, procureurs, directeurs d'école, enseignants du public) le port de signes religieux visibles dans l'exercice de leurs fonctions. Ses artisans, parmi lesquels le ministre Simon Jolin-Barrette, revendiquent explicitement leur filiation avec la tradition laïque française. Son parcours juridique, validation par la Cour supérieure en avril 2021, confirmation par la Cour d'appel le 29 février 2024, acceptation par la Cour suprême du Canada en janvier 2025 d'entendre la contestation, audiences engagées en mars 2026, documente la conflictualité qu'une telle transposition suscite dans un système fédéral où les chartes des droits et libertés jouent un rôle central. La protection de la loi par l'usage préventif de la clause dérogatoire (article 33 de la Charte canadienne), renouvelée en 2024, constitue une innovation procédurale dont l'équivalent français n'existe pas. Que cette expérience soit contestée, y compris par le gouvernement fédéral canadien qui a annoncé son intention d'intervenir en soutien aux contestataires, ne signifie pas qu'elle échoue : elle démontre qu'un modèle laïque d'inspiration française peut s'implanter dans un contexte fédéral et multiculturaliste, au prix de tensions constitutionnelles substantielles que la France, dans son cadre unitaire, ne rencontre pas sous cette forme. La circulation intellectuelle entre le Québec et la France, visible dans la référence récurrente des acteurs québécois aux travaux de Henri Pena-Ruiz, de Baubérot ou de Laborde, témoigne d'un dialogue qui déplace la laïcité française de la particularité nationale vers la tradition transnationale.

IV. Le gaullisme comme modalité historique

Le gaullisme, dont Sudhir Hazareesingh a écrit dans Le mythe gaullien (2010) qu'il s'était constitué moins comme doctrine partisane que comme horizon culturel traversant les clivages partisans classiques, occupe une position singulière dans la tradition républicaine française. Il s'inscrit en filiation avec Rousseau par l'usage du référendum comme instrument de souveraineté directe (1958, 1962, 1969), avec Renan par la conception civique de la nation qui traverse les Mémoires d'espoir comme elle avait traversé le discours de Bayeux du 16 juin 1946, avec Péguy dont plusieurs témoignages historiques attestent qu'il fut pour de Gaulle une lecture méditée, avec Tocqueville par l'attention portée aux corps intermédiaires et par l'ambition régionaliste qui culminera dans le référendum de 1969. Son originalité tient à l'accent, plus fort que chez les autres modalités républicaines, mis sur les capacités matérielles de l'État comme condition d'existence de la République.

Le discours de Bayeux, prononcé un an après la Libération dans le cimetière militaire britannique, esquissait déjà les lignes d'une Constitution qui ne sera adoptée que douze ans plus tard. Exécutif fort, Président arbitre au-dessus des partis, Parlement bicaméral, institutions faisant prévaloir "le permanent sur le momentané, l'intérêt général sur l'intérêt particulier" : ces formules, alors reçues par la classe politique de la Quatrième République comme l'expression d'une nostalgie bonapartiste, se révéleront, lors de la crise algérienne de 1958, comme la matrice d'une architecture institutionnelle dont Nicolas Roussellier, dans La force de gouverner (2015), a montré qu'elle représentait une modalité spécifique du pouvoir exécutif, distincte à la fois du parlementarisme britannique et du présidentialisme américain.

Entre 1958 et 1969, la pratique gaullienne du pouvoir construit un système cohérent de capacités dont les gestes constitutifs dessinent un faisceau matériel précis. Le premier essai atomique français à Reggane dans le Sahara algérien, le 13 février 1960 sous le nom de code Gerboise bleue, fonde la dissuasion indépendante. La reconnaissance officielle de la République populaire de Chine le 27 janvier 1964, geste diplomatique à contre-courant de l'alignement atlantique de l'époque, inaugure une diplomatie non-alignée. La conférence de presse du 4 février 1965, contestant le privilège du dollar, amorce une critique du système monétaire international que les travaux contemporains sur l'hégémonie du dollar (Eichengreen notamment) ont largement revalidée. Le retrait du commandement intégré de l'OTAN, annoncé le 7 mars 1966, suivi du départ ordonné des bases américaines du territoire français, institutionnalise l'autonomie militaire. Le discours de Phnom Penh du 1er septembre 1966, condamnant l'engagement américain au Vietnam et appelant à une solution politique négociée, fixe une position française sur les affaires asiatiques que les développements ultérieurs valideront partiellement. Ces gestes, dont l'énumération pourrait paraître anecdotique si elle n'était systémique, forment ensemble l'architecture matérielle d'une liberté politique effective que les modalités républicaines antérieures n'avaient pas portée avec la même densité.

Confronter cette modalité à la doctrine actuelle du Rassemblement national fait apparaître cinq écarts structurels que l'examen des textes et des votes permet de documenter sans ambiguïté. Sur la souveraineté, là où le gaullisme développe une conception matérielle mesurée en capacités industrielles, nucléaires, monétaires, le Rassemble…

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