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Fondation Gabriel-Péri

Divers / indépendants

Ce qu'il faut retenir

L'essentiel sur Fondation Gabriel-Péri en un coup d'œil.

Création
2004
Fondée en 2004 à l'initiative du Parti communiste français, la fondation est reconnue d'utilité publique.
Proximité
Créée à l'initiative du PCF
Ses statuts lui fixent notamment pour objectif la sauvegarde et la valorisation des fonds d'archives du Parti communiste français.
Direction
Alain Obadia, président
Alain Obadia préside la fondation depuis 2012, après Robert Hue (2004-2012). Louise Gaxie en est la directrice depuis 2020.
Financement
Subventions publiques et dons privés
Comme fondation politique, elle est financée par des subventions publiques et des dons privés, conformément à la loi et à ses statuts.
Publications
La Pensée, Silo, Cahiers de santé
Elle publie la revue La Pensée, créée en 1939, ainsi qu'en ligne Les cahiers de santé et de protection sociale et Silo.

Positionnement politique

Lecture rapide de l'organisation.

Divers / indépendantsThink tank

Présentation

Origines, positionnement et grandes orientations.

Présentation

La Fondation Gabriel-Péri est un établissement reconnu d'utilité publique, nommé en souvenir du journaliste et résistant communiste Gabriel Péri (1902-1941). Elle est communément définie comme un laboratoire d'idées et désignée comme une fondation politique, éligible à l'octroi de subventions publiques. Elle a été fondée en 2004 à l'initiative du Parti communiste français. Robert Hue l'a présidée de 2004 à 2012, puis Alain Obadia à partir de 2012. En 2020, Louise Gaxie a succédé à Michel Maso, premier directeur de la fondation. D'abord installé rue Brey à Paris, son siège se trouve à Pantin depuis 2008.

Positionnement et thèmes

Selon l'article premier de ses statuts, la fondation a pour but « de contribuer à faire vivre et développer le patrimoine de réflexion et d'expérience accumulé en France par les luttes sociales et le mouvement des idées ». Elle se fixe notamment pour objectif l'aide à la sauvegarde, à la mise à disposition publique et à la valorisation des fonds d'archives du Parti communiste français. Ses séminaires portent sur l'histoire du communisme, le capitalisme contemporain, la politique des États-Unis, la gauche en Amérique latine, l'éducation et la Grande édition Marx & Engels. Plusieurs de ces cycles se présentent comme menés dans « une perspective progressiste ». Elle organise des colloques, des journées d'études et des webinaires. Elle publie des notes et des livres, ainsi que la revue La Pensée, créée en 1939 par Paul Langevin et Georges Cogniot. Elle édite aussi en ligne Les cahiers de santé et de protection sociale et Silo.

Organisation et financement

La fondation comprend un conseil d'administration et un conseil scientifique présidé par Serge Wolikow. Quatre salariés en assurent le fonctionnement permanent. Conformément à la loi sur le financement des fondations politiques et à ses statuts, elle est financée par des subventions publiques et des dons privés.

Sources : [site officiel](https://gabrielperi.fr/).

Propositions de programme

Les mesures portées par l'organisation. Leur analyse par SensPo est à venir.

Communications de l'organisation

Actualités, communiqués et annonces publiés par Fondation Gabriel-Péri sur son site officiel gabrielperi.fr.

24 sept. 2026

La servitude volontaire de l’Union européenne, par Charlotte Balavoine.

La Fondation Gabriel Péri vous donne rendez-vous dans _L’Humanité magazine _pour une nouvelle chronique.

Cette semaine, Charlotte Balavoine explique le déclin et l’impasse démocratique de l’Union européenne par sa « servitude volontaire » et sa dépendance stratégique, économique et militaire vis-à-vis des États-Unis, une domination qui s’exerce notamment à travers l’arsenal juridique extraterritorial états-unien.

N° 1019, 24-30 septembre 2026.

Source : gabrielperi.fr

24 sept. 2026

L’industrie de demain se joue aujourd’hui, par Maire-Claire Cailletaud.

La Fondation Gabriel Péri vous donne rendez-vous dans _L’Humanité magazine _pour une nouvelle chronique.

Cette semaine, Marie-Claire Cailletaud revient sur les transformations d’ordre civilisationnel à opérer pour affronter les crises actuelles.

N° 1019, 17-23 septembre 2026.

Source : gabrielperi.fr

21 sept. 2026

Colloque – 80 ans du Préambule de 1946: Imaginons des droits sociaux émancipateurs! Le 9/10.

Colloque organisé sous le haut patronage du député Stéphane Peu, député de la 2e circonscription de la Seine-Saint-Denis et président du groupe Gauche Démocrate et Républicaine et avec le soutien scientifique du projet IUF Démosphère, le laboratoire IODE (UMR CNRS 6262 / Université de Rennes), et le Collectif de l’Unité du Droit.

Vendredi 9 octobre 2026 de 9h à 18h30

Salle Colbert – Palais Bourbon, 126 rue de l’Université, 75007 Paris.

Inscription obligatoire jusqu’au 1er octobre (pièce d’identité obligatoire).

À l’occasion du 80e anniversaire du Préambule de la Constitution de 1946, il ne s’agit pas seulement de célébrer un texte fondateur, mais d’en faire un point de départ pour imaginer l’avenir. Héritier des idéaux de la Libération et porteur d’une promesse de justice sociale, le Préambule invite aujourd’hui à inventer de nouvelles façons de penser les droits, la solidarité et l’émancipation face aux défis contemporains. Cet anniversaire se veut ainsi un espace de création, de réflexion et d’expérimentation, où juristes, chercheurs, praticiens et défenseurs des droits sont appelés à rêver ensemble un droit capable d’ouvrir des possibles et de nourrir l’espérance d’un monde plus juste et plus libre.

Programme

[Télécharger le programme en pdf](https://gabrielperi.fr/wp-content/uploads/2026/08/programme_V8-VF.pdf)

9h-9h30:

Accueil

9h30-9h45:

Mots de bienvenue de Stéphane Peu (président du groupe GDR), Louise Gaxie (directrice de la Fondation Gabriel Péri), Josepha Dirringer (maîtresse de conférences en droit à l’Université Rennes 1, responsable scientifique du colloque)

9h45-10h:

Constitution et esprit de résistance

Garance Navarro-Ugé, juriste

10h-11h25:

Développement, éducation et travail

Animation: Sabina Issehane, maîtresse de conférences en économie

  • Stéphane Bonnery, professeur des Universités en Sciences de l’éducation, « Le droit à l’éducation et à l’instruction »

  • Pascal Caillaud, juriste, « D’une égalité d’accès à un droit effectif à la formation ou à la qualification »

  • Jean Prual, juriste, « Du droit d’obtenir un emploi au droit de le conserver : Pour une réécriture de l’alinéa 5 du Préambule de 1946 adapté aux enjeux du XXIème siècle ».

  • Pierre Emmanuel Berthier, juriste, « Recomposition du droit au repos. Al. 11 »

11h10-11h25:

Discussion

11h40-13h:

Santé, écologie et alimentation

Animation: Mathieu Touzeil-Divina, Professeur de droit public

  • Étudiants du master de droit de la santé de l’Université de Toulouse Capitole, « Le droit à la santé supérieur au droit de propriété, fondement de l’intervention des travailleurs-ses »

  • Louis Marie Barnier, sociologue, « Le droit à la santé supérieur au droit de propriété »

  • Jennifer Bouffard, juriste, « Le droit pour les consommateurs à la durabilité des produits »

12h30-12h45:

Discussion

12h45-14h15:

Pause déjeuner

14h15-15h50:

Actions collectives et pouvoir d’agir

Animation: Sabrina Alzais, juriste, Cercle Maurice Cohen

  • Morgan Sweeney et Ylias Ferkane, juristes, « Une liberté syndicale vraiment collective »

  • Dorian Mellot, juriste, « Rendre effectif le droit à la participation des travailleurs dans les entreprises financiarisées »

  • Sophie Béroud, politiste, « Pour un droit d’intervention des salarié·es sur les conditions et l’organisation du travail »

  • Bérénice Bauduin, juriste, « Principe de participation et élaboration de la loi : pour une articulation renouvelée entre démocratie sociale et démocratie politique »

  • Alexis Cukier, philosophe, « Démocratie du travail et transition écologique : quelles conditions de réalisation des droits ? »

15h35-15h50:

Discussion

15h50-16h05:

Pause

16h05-17h40:

Pouvoirs de décision et de réappropriation

Animation: Dominique Rousseau, professeur émérite de droit public

  • Louise Gaxie et Josépha Dirringer, juristes, « Les service publics comme condition de réalisation de la citoyenneté sociale »

  • Nicolas da Silva, économiste, « Reprendre le pouvoir sur la Sécu ? »

  • Basile Darmois et Alice Fournier, juristes, « Le droit privé comme instrument pour la réalisation de droit sociaux nouveaux : l’exemple des caisses locales de sécurité sociale de l’alimentation de Morlaix-Fougères »

  • Maria Kalogirou, juriste, « Les données de santé, un nouvel enjeu constitutionnel ? Relire l’alinéa 9 du Préambule de la Constitution de 1946 »

  • Sabah Chaoui, juriste, « À l’intérieur du territoire, à l’extérieur des droits. La territorialité éthique comme fondement des droits sociaux des sans-papiers »

17h25-17h40:

Discussion

17h45-18h30:

Imagination et écriture

Animation: Jean-Sylvestre Bergé, juriste

  • Nour Benghellab-Outtas, juriste, « Le droit plastique comme temporalité de l’émancipation »

  • Emma Gauriau, Yanis Khellafi, Harmonie-Toscane Saint Pierre Delhaye, juristes, « Humaine ou artificielle : quelle intelligence pour conceptualiser nos droits sociaux ? »

18h20-18h35:

Discussion

Source : gabrielperi.fr

18 sept. 2026

Démographie, une carte scolaire à jouer, par Stéphane Bonnéry.

La Fondation Gabriel Péri vous donne rendez-vous dans _L’Humanité magazine _pour une nouvelle chronique.

Cette semaine, Stéphane Bonnéry revient sur la démographie scolaire, ses réalités et les possibilités historiques qu’elle offre d’améliorer les conditions pédagogiques et de relancer l’école publique.

N° 1018, 10-18 septembre 2026.

Source : gabrielperi.fr

18 sept. 2026

Michel Pigenet et Daniel Vatant, quelle intervention populaire après 1945 ? (Etats généraux de la Renaissance française et CGT), le 6/11

Deuxième séance de la saison 2026/2027 des [ateliers d’histoire du communisme](https://gabrielperi.fr/seminaire/ateliers-histoire-communisme/)

Vendredi 6 novembre 2026 à 14h (Fondation Gabriel Péri, 48, rue Duhesme, 75018 Paris)

[Inscription en présentiel](https://gabrielperi.fr/rendez-vous/actualite-des-publications-6-11/)

[Inscription en visioconférence](https://us02web.zoom.us/webinar/register/WN_f416sDBhRou8cWuM6zZcFg)

En juillet 1945, des États généraux se sont tenus aux quatre coins de la France : des milliers d’assemblées populaires, des cahiers de doléances rédigés par les citoyens eux-mêmes, une expérience démocratique audacieuse — et pourtant largement effacée de la mémoire collective. Michel Pigenet revient sur cette initiative qui contribua à populariser, enrichir et préciser le programme du CNR, offrant une plongée dans les sentiments et les aspirations d’un pays au sortir des années noires. Une procédure jamais renouvelée depuis, mais qui résonne aujourd’hui avec les débats sur la démocratie participative.

De sa création à Limoges en 1895 à nos jours, la CGT porte une histoire longue et mouvementée, souvent citée mais mal connue — tantôt enjolivée, tantôt caricaturée. Daniel Vatant en propose un récit synthétique et accessible, retraçant les grands combats et conquêtes sociales portés par l’organisation, sans en occulter les scissions, la clandestinité ou les débats internes qui ont jalonné son parcours.

Deux ouvrages, deux focales — l’irruption ponctuelle de l’intervention populaire par en bas, et la construction dans la durée d’une organisation ouvrière — pour interroger ensemble les formes que prend, hier comme aujourd’hui, la participation populaire à la vie démocratique et sociale.

Avec :

  • Michel Pigenet, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris1, auteur de [_Les États généraux de la Renaissance française de 1945. Une expérience démocratique oubliée_](https://histoire-sociale.cnrs.fr/les-etats-generaux-de-1945/), Éditions du Croquant, 2024.

  • Daniel Vatant, secrétaire de l’IHS-CGT, auteur de _[Histoire de la CGT](https://www.editions-arcane17.net/fr/livres/histoire-de-la-cgt)_, Les Editions Arcane 17 – IHS, 2026.

Animation: Guillaume Roubaud-Quashie, président de la Fondation Gabriel-Péri.

Toutes les séances :

18 septembre 2026:

[_Autour de l’ouvrage de Henri Krasucki, _Nous voulions vivre mais pas à n’importe quel prix](https://gabrielperi.fr/archives-histoires/autour-de-henri-krasucki/)Avec Jean Vigreux, Denis Peschanski, Gilbert Garrel et Pierre Krasucki.

En partenariat avec l’IHS CGT

📍 à l’IHS CGT, 263 rue de Paris, 93100 Montreuil

6 novembre 2026:

_Michel Pigenet et Daniel Vatant, quelle intervention populaire après 1945 ? (Etats généraux de la Renaissance française et CGT)_

Avec Michel Pigenet (_Les Etats généraux de 1945. Une expérience démocratique oubliée_) et Daniel Vatant (_Histoire de la CGT_) 📍 à la Fondation Gabriel Péri, 48, rue Duhesme, 75018 Paris

27 novembre 2026:

_Journée d’études « La gauche et la question électorale »_

Coordonnée par Serge Wolikow

Avec : Marion Fontaine, Jean Vigreux, Serge Wolikow, Gilles Candar, Rémi Lefebvre, Patrick Lehingue, Mathilde Larrère, Roger Martelli, Pierre Wadlow, Jeanne Boudoux, Paul Genre, Julian Mischi, Alexis de Brito, Guillaume Roubaud-Quashie…

📍 au Sénat, salle Clemenceau Sud, 15 rue de Vaugirard, 75006 Paris

11 décembre 2026:

_Journée d’études « Front populaire »

_Coordonnée par Jean Vigreux

Journée « 90 ans du Front populaire » : retour sur les travaux de la Fondation Gabriel Péri, de la MSH Dijon et du LIR3S.

📍 au « Forum des savoirs » de la MSH, 6, esplanade Erasme, 21 066 Dijon

29 janvier 2027:

_Séance « Actualité de la recherche et des publications »

_Avec : Danielle Tartakowsky pour son livre _1945 : les Français ont la parole. Les cahiers de doléances des États généraux de la Renaissance française_ ; Arthur Poinsot pour son mémoire de M2 « Nomades du grand patronat » : la construction d’une nouvelle classe ouvrière en période de désindustrialisation, le cas d’Usinor-Dunkerque (1955-1995) » ; Gabriel Rosenman pour sa thèse sur « La pratique des caisses de grève dans le mouvement ouvrier français (1830-2023) ».

📍 à la Fondation Gabriel Péri, 48, rue Duhesme, 75018 Paris

26 février 2027:

_Séance « Actualité de la recherche et des publications »_ : _la gauche post-communiste en Italie _

Coordonnée par Marco DiMaggio

📍 à la Fondation Gabriel Péri, 48, rue Duhesme, 75018 Paris

4-5 mars 2027:

_Journées d’études sur les ministres communistes

_Coordonnée par Pierre-Emmanuel Guigo, Guillaume Roubaud-Quashie, Thibault Tellier, Jean Vigreux, Serge Wolikow

📍 Auditorium des Archives nationales, 59 rue Guynemer, 93380 Pierrefitte-sur-Seine

2 avril 2027:

_Séance « Actualité de la recherche et des publications »_ : _la nation et les communistes _

Coordonnée par Roger Martelli

📍 A la Fondation Gabriel Péri, 48, rue Duhesme, 75018 Paris

14 mai 2027:

_Séance « Actualité de la recherche et des publications »_ : _biographies de communistes _

Avec Dorothée Lépine pour sa biographie _Andrée Viollis, L’aventure du grand reportage_ ; Camille Paix pour son livre _Les Métamorphoses d’Ovida Delect_ ; Anthony Crézégut pour la publication aux Editions de l’ENS de sa thèse « Inventer Gramsci au XXe siècle ».

Coordonnée par Guillaume Roubaud-Quashie et Hoël Le Moal

📍 A la Fondation Gabriel Péri, 48, rue Duhesme, 75018 Paris

[Les ateliers sur l’histoire du communisme](https://gabrielperi.fr/seminaire/ateliers-histoire-communisme/)

Source : gabrielperi.fr

16 sept. 2026

La mondialisation n’est plus ce qu’elle était

**La chronique de _[Recherches internationales](https://www.recherches-internationales.fr/RI129.html)_

Septembre 2026**

Par Michel Rogalski**

Directeur de la revue _Recherches internationales_

Qui se souvient encore de la mondialisation qualifiée d’heureuse qui succéda aux Trente glorieuses cassées par la crise pétrolière de 1978 ? C’était le temps des vertus de l’interdépendance – où certains étaient plus dépendants que d’autres – et du doux commerce qui devaient assurer forte croissance, développement et réduction des inégalités mondiales, notamment du fameux fossé Nord-Sud. Portée par des conditions permissives comme la révolution numérique indispensable à la finance mondiale et à la circulation de l’information, et l’abaissement massif des coût de transport des marchandises, la vague, d’inspiration libérale, parcourut toute la planète et s’évertua à imposer des normes mondiales.

En réalité il ne s’agissait que d’une partie du monde – l’Occident et ses annexes du Sud, souvent d’anciennes colonies – et le processus écartait soigneusement le monde soviétique et la Chine qui étaient soumis à ce qu’il faut appeler une éviction des échanges mondiaux et à un isolement contraint les entrainant dans une quasi-autarcie non-désirée. Des organismes furent même créés – comme le Cocom – pour veiller à ce qu’aucune marchandises ou matériels sensibles ne puissent être exportés en direction de ces pays. Puis plus tard les politiques d’embargos et de sanctions économiques apparurent.

Car on avait découvert que la multiplication des flux, facteur d’interdépendance, pouvait devenir des armes en se transformant en moyen de pression pour contraindre – obliger ou empêcher de faire – devenant ainsi des armes alimentaire, pétrolière, financière, technologique. On parle aujourd’hui de train de sanctions.

Face à ce monde émergèrent  des oppositions rassemblées derrière les États du Sud qui se constituèrent en _Groupe des 77_ aux Nations unies et portèrent la revendication d’un Nouvel Ordre Économique International à partir des besoins de développement national en explorant les pistes de réformes d’un ordre international dominant qui bloquait les possibilités de développement.

Plus tard, à la fin du XXe siècle, face aux excès de cette mondialisation qui paraissaient devoir être corrigés, des voix surgirent pour réclamer une mondialisation « juste » ou non libérale, voire pour préconiser la démondialisation. C’est sous le terme d’altermondialisme que s’élabora cet ensemble de revendications ponctué par des rassemblements mondiaux (Forum sociaux) qui se voulaient des contre-Davos. Cette mouvance, sans enracinement national et en apesanteur désignant des ennemis virtuels (système mondial, FMI, Banque mondiale) entra en déshérence au début du XXIe siècle lorsqu’apparut le tournant à gauche de l’Amérique latine (Brésil, Venezuela, Bolivie) qui prouva qu’il était possible de réorienter le chemin du développement et de réaliser des conquêtes sociales sans attendre la réforme ou la chute du système mondial.

L’effondrement du monde soviétique obligea l‘Occident à redéfinir une position post-guerre froide face à la nouvelle Russie. Elle s’articulait autour de trois propositions : économie de marché, démocratie et insertion dans l’économie mondiale, cette dernière revendication ayant pour but de faciliter le pillage de ce pays et d’ouvrir tous les paradis fiscaux aux nouveaux oligarques.

Puis la Chine émergea, notamment après son adhésion à l’OMC au début du XXIe siècle et pendant une dizaine d’années connut des taux de croissance spectaculaires et jeta les bases d’un pays moderne, n’hésitant pas à tenir au Sommet de Davos une ode au libre commerce devant une assistance étonnée car déjà sensible aux thèses protectionnistes qui commençaient à se répandre. Cette période se caractérisa par une coopération entre la Chine et les États-Unis marquée par des intérêts communs, l’une achetant à l’autre ses Bons du Trésor et l’autre lui achetant ses marchandises exportées, au début de bas de gamme puis de plus en plus sophistiquées. Chacun considérait l’autre comme un partenaire, un concurrent mais pas comme un ennemi. On parla même d’un condominium partagé sur le monde, un G-2, face à une Russie et une Europe déclinantes.

L’arrivée du premier mandat de Trump changea la donne qui fut poursuivie par Biden. La montée d’un discours antichinois fît son apparition et imprégna toute la classe politique américaine, Républicains comme Démocrates et reste maintenue de façon obsessionnelle jusqu’à aujourd’hui. La Chine fut désignée comme la responsable de tous les maux qui gagnaient la société américaine et porteuse des pires menaces. Bref, à la coopération avait fait place  l’affrontement. Dans la foulée, c’est le monde entier qui devenait l’ennemi de l’Amérique, à commencer par ses alliés européens victimes de la politique des droits de douane témoins du tournant protectionniste qui désormais devint la nouvelle doxa de la mondialisation pensée désormais comme un terrain d’affrontements.

La guerre entre la Russie et l’Otan déclenchée en terre d’Ukraine accoucha d’un nouveau monde où chacun dut se positionner, notamment lors des votes aux Nations unies qui révélèrent un monde occidental resserrant les rangs face à un Sud global qui ne souhaitait pas s’impliquer dans ce conflit. Le monde avait changé et le poids des pays occidentaux dans l’économie mondiale s’était affaibli au fur à mesure que la mondialisation progressait. Cette perte d’influence s’est traduite pour les pays du G-7 par un passage de 50 % à 31 % du PIB mondial des années 80 à aujourd’hui entraînant une perte de leur capacité d’influence indiscutable face à la montée des pays du Sud qui s’étaient dotés de structures de coordination comme l’Organisation de Coopération de Shanghai regroupant une dizaine de pays dont la Chine, l’Inde, la Russie, l’Iran, le Pakistan. Le monde disait-on était entré en économie de guerre. En fait c’est la logique sur laquelle l’économie mondiale fonctionnait depuis bientôt cinquante ans qui venait de basculer sur autre chose dont personne n’osait définir les contours. Fondamentalement ce modèle mondialiste permit au capital d’organiser la mise en concurrence des travailleurs, de se jouer des frontières, de s’exciper des acquis sociaux en allant faire ailleurs ce qui devenait interdit chez soi. Dès lors que l’horizon devenait planétaire, la firme multinationale pouvait s’émanciper du contexte social car seul comptait son chiffre d’affaires. Et s’il pouvait être réalisé à l’export, alors qu’importait la fermeture des bassins d’emplois et la montée du chômage. Le chiffre d’affaires devenant mondial on pouvait dégrader l’emploi, casser des secteurs d’activités, démanteler des territoires. Il s’agissait de penser mondial et pour ce faire remodeler les réalités nationales en alléguant une soi-disant contrainte externe. L’attractivité – c’est-à-dire l’abandon des acquis sociaux, la fin des normes fiscales et environnementales – devint l’horizon partout proposé.

La guerre d’Ukraine inaugura une nouvelle façon de lire le monde. Désormais les flux de commerce mondiaux ne pouvaient plus uniquement servir à satisfaire des recherche de profits en s’appuyant sur de moindre coûts, mais ils devaient satisfaire à des exigences géopolitiques incluant la conflictualité en cours. À l’ombre de ces visions apparût même la théorie de l’« écologie de guerre ». Le commerce se fait entre amis, même s’il devient plus coûteux. Mieux vaut acheter du GNL liquéfié aux États-Unis, plus cher et plus polluant que du gaz russe livré à travers des réseaux de gazoducs installés. La recherche de la sécurité des approvisionnements peut primer désormais sur la recherche d’une production au moindre coût. La globalisation « low cost » a vécu. Le monde se refaçonne. La mondialisation moins dynamique se désoccidentalise, s’organise de plus en plus vers des blocs antagoniques et ramène sur le devant de la scène de vieux conflits historiques qui avaient opposés Nord et Sud.

La guerre d’Iran menée par Israël et les États-Unis a fait apparaître l’importance d’une logique de flux, c’est-à-dire du contrôle des routes commerciales qui devient ainsi une des dimensions du pouvoir qui s’appuie dès lors sur la capacité à gérer, perturber ou sécuriser les flux, rendant moins essentiels la force militaire, l’étendue des territoires ou le stock de ressources. Ce conflit a fait apparaître l’importance de nœuds géographiques (Ormuz, Bab-Al-Mandeb, Gibraltar, Suez, Malacca, Panama, …) essentiels à la fluidité de la mondialisation qui s’ajoute ainsi à la vulnérabilité des grands réseaux.

Plus que tout discours le vocabulaire qui accompagne et entoure celui sur la mondialisation témoigne bien que celle-ci n’est plus ce qu’elle était. Avant on parlait de libre-échange, d’interdépendance, de coopération, de gains mutuels, de doux commerce, d’alliances, de respect des frontières. Aujourd’hui, les maîtres-mots ont changé. On parle d’économie de guerre, d’embargos, de sanctions, de protectionnisme et de droits de douane, de souveraineté, d’autonomie stratégique de conquêtes et d’annexions. Ce changement de vocabulaire traduit le chemin parcouru en quelques dizaines d’années. Mais la mondialisation n’a pas disparu. Elle transpire seulement l’air du temps.

Cette chronique est réalisée en partenariat rédactionnel avec la revue _Recherches internationales_ à laquelle collaborent de nombreux universitaires ou chercheurs et qui a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays. Site : [http://www.recherches-internationales.fr/](http://www.recherches-internationales.fr/)

[https://shs.cairn.info/revue-recherches-internationales?lang=fr](https://shs.cairn.info/revue-recherches-internationales?lang=fr) Mail : [recherinter@paul-langevin.fr](mailto:recherinter@paul-langevin.fr)          6, av. Mathurin Moreau ; 75167 Paris Cedex 19 Abonnements 4 numéros par an : 55 Euros, Étranger 75 Euros

Source : gabrielperi.fr

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