Oxfam contre le pacte Dutreil, un maximum de contresens
Oxfam contre le pacte Dutreil, un maximum de contresens
Si l’on se compare aux Pays-Bas, il nous manque 160 milliards d’euros par an à cause du sous-développement de la capitalisation retraite. C’est 8 fois plus que les droits de succession et 40 fois plus que le manque-à-gagner que représenterait le Pacte Dutreil, si tant est que le chiffrage d’Oxfam ait un sens économique
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Taxer plus les héritages pour résorber les déficits, c’est la préconisation d’Oxfam. Dans sa récente charge contre le Pacte Dutreil, l’ONG présente « comme une grande arnaque » ce dispositif qui permet de sécuriser la transmission d’entreprises en réduisant son coût. Mais en France, les déficits ne sont pas liés à un manque de recettes fiscales. Ils sont la conséquence du manque de recettes non fiscales dans un pays qui ne s’est pas préparé au vieillissement. Dans ces conditions, taxer encore plus le capital productif se retournerait nécessairement contre les salariés.
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D’abord, rappelons que la France est la championne toutes catégories des recettes fiscales parmi les pays développés. En 2024, les taxes représentaient 43,5 % du PIB, le record derrière le Danemark (45,2 %). Au sein de l’Union européenne, la France représente 18 % des prélèvements obligatoires, un poids bien supérieur à sa création de richesse (16 %).
Ensuite, rappelons que contrairement aux idées reçues, la France est une championne de la fiscalité sur le capital et, en particulier, de la fiscalité sur les héritages. Elle représente 31 % de la fiscalité sur le capital en Europe, avec 101 milliards d’euros collectés en 2024 dans l’Hexagone, pour 322 milliards dans toute l’UE.
Lorsqu’on zoome sur les seuls droits de succession, la France représente 44 % de la fiscalité, avec 21 milliards encaissés sur 48 milliards de droits de succession dans toute l’UE. Toute une série de pays européens ayant des finances saines taxent deux à trois fois moins les héritages (Pays-Bas, Danemark, Allemagne…).
« Niches fiscales »
L’idée que nos déficits seraient la conséquence d’une fiscalité trop clémente, et en particulier d’un traitement favorable du capital et des successions, ne correspond donc pas aux réalités. Pire, elle nous détourne du vrai problème, qui n’est pas [l’existence de « niches fiscales »](https://www.lopinion.fr/theme/niches-fiscales), mais la quasi-absence de recettes non fiscales qui alimente notre dépendance toujours plus grande à l’impôt.
On ne le dira jamais assez, le seul domaine où la France est à la traîne en matière de finances publiques, c’est le non-fiscal. Dans toute une série de pays d’Europe, la protection sociale – [et en particulier les retraites qui représentent la première des dépenses publiques](https://www.lopinion.fr/economie/cumul-emploi-retraite-les-fins-de-carriere-programmees-pour-cette-fin-dannee-ne-tiendront-pas-en-2027) – sont en partie autofinancées par les revenus non fiscaux.
Dans ces pays, une part significative des cotisations sociales est placée dans des fonds de pension, ce qui permet d’accumuler des dividendes et de générer des plus-values. Avec entre 116 % et 206 % du PIB placés, la Suède, les Pays-Bas ou le Danemark bénéficient chaque année d’une manne financière qui représente entre 4 % et 8 % du PIB. Cela leur permet de préparer ou de financer des retraites généreuses, sans peser sur la compétitivité, le pouvoir d’achat et les finances publiques.
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[Dépenses publiques : Anne-Laure Delatte et le mythe de l'Etat « affamé »](https://www.lopinion.fr/economie/depenses-publiques-anne-laure-delatte-et-le-mythe-de-letat-affame)
En raison du recours quasi exclusif à la répartition, la France ne profite quasiment pas de cette manne. Si l’on se compare aux Pays-Bas, il nous manque 160 milliards d’euros par an [à cause du sous-développement de la capitalisation retraite](https://www.lopinion.fr/politique/retraite-par-capitalisation-les-lignes-bougent). C’est 8 fois plus que les droits de succession et 40 fois plus que le manque à gagner que représenterait le Pacte Dutreil, si tant est que le chiffrage d’Oxfam ait un sens économique. Etrangement, les défenseurs des hausses d’impôts refusent de voir cette réalité.
Le problème n’est pas que les décès seraient insuffisamment taxés, mais que les actifs sont doublement pénalisés en raison d’un recours quasi exclusif à la répartition. D’une part, les salariés sont très largement mis à contribution pour financer la protection sociale qui – [en l’absence d’une dose significative de capitalisation retraite](https://www.lopinion.fr/politique/age-de-depart-capitalisation-bruno-retailleau-abat-ses-cartes-sur-les-retraites) – est particulièrement coûteuse.
D’autre part, au lieu de détenir une part significative de l’économie, à l’instar de ce que défendait Jean Jaurès lorsqu’il défendait la généralisation de la capitalisation collective, les salariés ne sont pas tous associés au partage de la valeur.
Fonds de pension
L’autre aspect qu’oublient ceux qui veulent raboter le Pacte Dutreil est que notre économie est particulièrement fragile en raison du manque de capitaux franco-français. Le sous-développement de la capitalisation retraite a une incidence négative sur notre capacité à créer des entreprises ou à les maintenir dans le giron hexagonal.
Au XXIe siècle, l’essentiel du financement des entreprises innovantes passe par les marchés financiers. Les fonds de pension, qui investissent sur une période équivalente à celle d’une vie active et d’une retraite, sont des acteurs clefs, alors que la capacité de financement des banquiers et des assureurs est limitée.
C’est notamment grâce aux 45 000 milliards accumulés dans leurs fonds de pension que les Etats-Unis ont réussi à faire émerger tous leurs grands leaders de la tech et de l’innovation en général. C’est parce que l’Europe a 8 fois moins de capitaux longs qu’elle est en retard en matière d’innovation et de croissance. Aussi, préserver le tissu économique traditionnel devrait être un enjeu partagé au-delà des clivages politiques.
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Taxer encore plus le capital au gré des successions – en contraignant les détenteurs à vendre tout ou partie de leurs entreprises pour s’acquitter des droits – conduirait mécaniquement à augmenter la détention de nos entreprises par des non-résidents. Or, lorsque la propriété des entreprises passe sous pavillon étranger, une part plus importante des décisions est prise ailleurs. Les choix sont parfois moins avisés et la prise de décision intègre moins les enjeux nationaux, ce qui génère un risque pour la préservation de l’emploi.
Rendre plus coûteuses les transmissions d’entreprises hexagonales, c’est, là encore, une démarche problématique.
_Cécile Philippe, présidente de l’Institut économique Molinari. Nicolas Marques, directeur général de l’Institut économique Molinari._
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Source : institutmolinari.org