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Laboratoire de la République

Divers / indépendants

Ce qu'il faut retenir

L'essentiel sur Laboratoire de la République en un coup d'œil.

Événement phare
Sens 2026
Rencontres organisées par le Laboratoire de la République, comprenant des débats sur deux jours, des études inédites et des discours, notamment de Manuel Valls et de Stéphane Boujnah.
Cycle de débats
« Conversations éclairées »
Cycle de rencontres au cours duquel Brice Couturier et Chloé Morin reçoivent des auteurs, comme David Smadja le 28 septembre 2026 à la Maison de l'Amérique latine.
Commission
Géopolitique
La commission Géopolitique du Laboratoire de la République est dirigée par Christian Lequesne, auteur d'une analyse sur la progression de l'AfD en Allemagne.
Thèmes
Santé publique et géopolitique
Le site met en avant des travaux sur la prévention en santé et sur la recomposition politique en Europe, en particulier en Allemagne.

Positionnement politique

Lecture rapide de l'organisation.

Divers / indépendantsThink tank

Présentation

Origines, positionnement et grandes orientations.

Présentation

Le Laboratoire de la République est une organisation de réflexion française qui diffuse ses travaux et ses événements sur son site officiel. Elle organise des rencontres publiques, parmi lesquelles « Sens 2026 », qui ont donné lieu à des débats tenus un vendredi et un samedi, à la publication d'« études inédites » et à des discours, dont ceux de Manuel Valls et de Stéphane Boujnah. Le site met également en avant les « Actes d'Autun », dont une édition est datée de 2025.

L'organisation propose par ailleurs un cycle intitulé « Conversations éclairées », au cours duquel Brice Couturier et Chloé Morin reçoivent des auteurs pour échanger autour de leurs ouvrages. Le 28 septembre 2026, ce cycle accueille à la Maison de l'Amérique latine, à Paris, David Smadja, auteur de « La République de la prévention ».

Positionnement et thèmes

Les travaux mis en avant sur le site portent notamment sur la santé publique et la géopolitique. En matière de santé, la rencontre avec David Smadja est présentée comme l'occasion de « penser les grands défis sanitaires de notre temps » et d'esquisser « un nouveau pacte entre prévention, démocratie et solidarité ». Elle aborde la santé mentale des jeunes, les déserts médicaux, la désinformation sanitaire et l'intelligence artificielle.

En géopolitique, le site relaie des analyses consacrées à la recomposition du paysage politique européen, notamment en Allemagne.

Organisation et financement

Le Laboratoire de la République comporte une commission Géopolitique, dont le responsable est Christian Lequesne. À ce titre, celui-ci a signé pour la revue Conférence un article analysant la progression de l'AfD dans plusieurs Länder allemands et les fragilités des partis traditionnels, article reproduit sur le site de l'organisation.

Sources : [site officiel](https://www.lelaboratoiredelarepublique.fr/qui-sommes-nous/).

Propositions de programme

Les mesures portées par l'organisation. Leur analyse par SensPo est à venir.

Communications de l'organisation

Actualités, communiqués et annonces publiés par Laboratoire de la République sur son site officiel lelaboratoiredelarepublique.fr.

25 sept. 2026

Élections en Allemagne : un « désastre » pour les partis traditionnels ?

Après la victoire du parti d’extrême droite AfD aux élections régionales de Saxe-Anhalt le 7 septembre (43,7% des voix), l’Allemagne se réveille le 21 septembre avec une nouvelle défaite pour le parti du Chancelier Merz, l’Union chrétienne-démocrate (CDU). L’AfD est arrivée première aux élections régionales du Land de Mecklembourg-Poméranie, totalisant 38,2% des voix, contre 16,7 % au précédent scrutin de 2021. Elle est suivie par le parti social-démocrate (SPD) qui, grâce au jeu des coalitions, devrait conserver la présidence du Land. Pour la première fois depuis 1949, la CDU n’atteint pas la barre des 5% requises à toute élection en Allemagne pour avoir des élus. À Berlin, c’est le parti de gauche Die Linke qui réalise le meilleur score avec 25,7% des voix, soit le double de 2021. La CDU perd le poste de maire conquis en 2023 au profit de la tête de liste du parti Die Linke qui devrait gouverner en coalition avec le SPD et les Verts.

Une montée de l’AfD qui se fait à l’échelle de toute l’Allemagne

La montée de l’AfD est donc très nette dans les Länder orientaux qui ont fait partie de la RDA jusqu’en 1990. Mais elle reflète aussi une évolution plus générale à l’échelle de toute l’Allemagne. En mars 2026, le parti a réalisé 18,8% des voix aux élections du Bade-Wurtemberg, région très « ouest allemande ». Cette évolution traduit clairement un rejet des partis politiques traditionnels incarnés au niveau national par la grande coalition entre la CDU-CSU et le SPD. Les électeurs allemands, notamment des classes populaires et des petites classes moyennes, marquent ce rejet alors que l’Allemagne a recours à la main d’œuvre immigrée pour son emploi, que le prix du carburant augmente et que les doutes surgissent sur le financement futur de l’État Providence, notamment la santé et les retraites.

Face à ces craintes, la Grande Coalition incarne une forme d’attentisme. Le chancelier chrétien-démocrate Merz, 70 ans, a lancé un programme de réformes qui a du mal à être mis en œuvre. Il a rappelé le soir du 20 septembre qu’il s’y attellera plus que jamais. Celles-ci portent sur l’allègement fiscal, un meilleur contrôle de la politique migratoire ou encore une débureaucratisation des démarches administratives. De son côté, le SPD a vu son discours social compromis par trop de temps de coalition avec la CDU, mais aussi par la crise générale des idées social-démocrates partout en Europe.

Les grands partis traditionnels subissent les résultats de leur attentisme

La CDU est un parti dont les électeurs sont vieillissants, à l’image de la démographie déclinante qui marque l’Allemagne. Il a surtout peu de réalisations originales à son actif depuis vingt ans qu’il gouverne, à l’exception peut-être de l’ouverture de la chancelière Merkel en 2015 aux réfugiés, qui lui a toutefois valu des réactions contraires. En matière économique, le parti CDU s’est surtout attelé à défendre le statu quo budgétaire, sans encourager les investissements dans les secteurs innovants. Il a souvent accompagné l’industrie allemande dans sa gestion des acquis, au lieu de chercher à anticiper les changements mondiaux. Le résultat est une crise des secteurs phares de l’économie allemande, dont le symbole le plus fort est l’industrie automobile. Cette dernière pourrait perdre 100 000 emplois en continuant à produire des voitures thermiques, alors que la concurrence chinoise inonde les marchés de voitures électriques. La période Merkel est souvent analysée positivement pour sa stabilité. Elle fut aussi une ère de conservatisme au sens littéral du terme.

La CDU, mais aussi le SPD, payent aujourd’hui les frais de leur attentisme auprès de l’électorat. Le chancelier Merz conservera sans nul doute son mandat après les mauvais résultats électoraux de septembre 2026, mais beaucoup pensent déjà à qui pourrait le remplacer pour incarner un souffle de renouveau et d’innovation. Si ce sursaut modernisateur n’intervient pas, la CDU continuera à perdre des voix au profit de l’AfD.

L’AfD marque une rupture dans la tradition politique allemande

Faut-il s’inquiéter du programme radical de l’AfD ? En Allemagne, toute montée de l’extrême droite revêt une signification alarmante en raison du passé. N’oublions jamais que la République fédérale d’Allemagne s’est entièrement reconstruite à partir de 1949 sur un message de résilience démocratique en réaction à l’expérience national-socialiste. Ce ne fut pas le cas en RDA où l’antifascisme officiel du régime communiste suffit à exorciser tous les péchés du national-socialisme. L’AfD présente un programme de rupture radicale qui a de quoi faire frémir tout démocrate en Allemagne et en Europe. Il prône un rejet complet de l’immigration, un oubli du passé national-socialiste et communiste, un éloignement de la construction européenne et une gestion corporatiste de l’économie.

Le programme du parti AfD s’inscrit dans un mouvement qui n’est pas seulement allemand, mais plus largement européen. Il faudra observer de près comment le parti progresse aux prochaines élections régionales prévues en 2027, notamment dans le grand Land de Rhénanie du nord – Westphalie tenu par une figure marquante du CDU, Hendrik Wüst, qui peut prétendre remplacer Friedrich Merz à la chancellerie fédérale. Si l’AfD continue de progresser à ces élections, il faudra alors se poser sérieusement la question de sa possible victoire aux élections fédérales prévues en 2029.

Une victoire pour Die Linke liée à la figure de Elif Eralp

Il faut souligner le résultat faible des Verts aux élections de septembre 2026 (5,7% en Mecklenburg-Poméranie et 14,2 % à Berlin). Le parti bourgeois-bohême n’a jamais été très implanté à l’est de l’Allemagne. En revanche, dans son bastion historique de Berlin, le parti n’arrive qu’en quatrième position après die Linke, la CDU et l’AfD, perdant 4,5% des suffrages par rapport à 2021. La victoire de Die Linke à Berlin est largement due à la personnalité de sa leader, Elif Eralp, une Berlinoise née de parents turcs réfugiés, qui a joué à fond la carte du multiculturalisme dans une ville où 40% de la population est d’origine étrangère, mais plus encore celle de la crise du logement. Elif Eralp souhaite nationaliser le parc locatif détenu par des grands groupes immobiliers pour faciliter l’accès des plus modestes au logement. Il s’agit d’une mesure qui a séduit les milieux populaires et la jeunesse confrontés depuis plusieurs années à la difficulté de se loger dans une ville où ce ne fut pas du tout un problème pendant fort longtemps. Ce vote de gauche exprime une fois de plus le manque de confiance des classes populaires et des petites classes moyennes à l’égard des partis traditionnels, et notamment de la CDU. Les mensonges du maire CDU sortant, Kai Wegner, sur son emploi du temps, lors d’une méga-panne d’électricité en janvier 2026, n’ont pas arrangé la situation.

Des élections locales qui illustrent la crise du libéralisme politique en Europe

Bien entendu, l’Allemagne compte encore des partis traditionnels capables de mobiliser une partie des électeurs. Ils sont cependant en crise et n’apparaissent plus comme un rempart absolu à la montée de l’extrême droite. En Europe, le paysage politique de l’Allemagne s’est en quelque sorte « normalisé ». L’extrême droite, tabou absolu ne l’est plus. C’est évidemment dans un contexte européen qu’il faut considérer ces évolutions. Dans plusieurs États membres, les prochaines échéances électorales nationales laissent présager une augmentation des scores pour les extrêmes droites : France, Espagne et Pologne en 2027. Les partis d’extrême droite incarnent tous le refus des principes essentiels de la construction européenne : souverainisme national, protectionnisme économique, rejet de tout accueil des étrangers.

En partant du local pour interroger le global, les élections régionales en Allemagne confirment bien la fin de l’ère du libéralisme politique qui a suivi la fin de la Guerre froide en Europe, voire plus largement dans le monde. Partout, l’ordre doit remplacer la démocratie, la fermeture des frontières, leur ouverture, le national se substituer à l’européen. Alors même que la configuration du monde devrait appeler logiquement les Européens à s’unir pour affronter de nouvelles concurrences de puissance, les évolutions politiques internes se situent totalement à l’encontre. Comme si l’Europe avait besoin de tester ces nouveaux replis nationaux voulus par les extrêmes-droites pour mieux s’enfoncer et disparaitre un peu plus du radar des puissances mondiales.

On comprend pourquoi la Russie, la Chine, mais aussi les Etats-Unis de Trump, affichent une satisfaction au lendemain de scrutins qui viennent d’avoir lieu en Allemagne. Chaque pas en avant de l’extrême droite représente pour eux une victoire visant à à s’emparer de la gouvernance du monde. En Europe, la menace extérieure se nourrit complètement de la menace interne. Pour les partis traditionnels, il est difficile de faire de la menace extérieure un argument mobilisateur. Les électeurs allemands qui ont voté pour l’AfD ne perçoivent pas du tout de danger russe, malgré les provocations de Moscou sur le territoire allemand, dont le plus notable fut l’envoi d’un drone explosif sur l’aéroport de Leipzig en août 2026. L’électorat AfD vote d’abord pour des questions économiques et sociales, comme le coût de la vie, les retraites ou la fiscalité. Le seul contre-récit crédible de la part des partis traditionnels est à son tour l’utilisation du registre économique et social. C’est le choix qu’a fait le Chancelier Merz en déclarant, devant le désastre électoral de son parti, qu’il continuera les réformes. Mais dans son cas, il s’agit de les mener en appelant à des restrictions devant l’état critique de la démographie et des finances publiques. Et cela, beaucoup d’électeurs des extrêmes ne sont pas en mesure de l’entendre. Leur émotion face au changement est largement plus forte que leur raison. Ceci démontre plus que jamais qu’étudier la politique comme un phénomène de choix rationnels n’a strictement aucun sens.

_Christian Lequesne est responsable de la commission Géopolitique du Laboratoire de la République. Professeur de science politique, ancien directeur du Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po. Spécialiste des politiques européennes et des pratiques diplomatiques, il est co-auteur de l’ouvrage _La France et l’Union européenne _(Presses de Sciences Po, 2026) et auteur de plusieurs ouvrages, dont_ La Puissance par l’image. Les États et leur diplomatie publique _(dir.) (Presses de Sciences Po, 2021)_ _et_ Le diplomate et les Français de l’étranger : comprendre les pratiques de l’État envers sa diaspora _(Presses de Sciences Po, 2024)._

Retrouvez l’analyse de Christian Lequesne sur le [site de Conférence](https://conference.sciencespo.fr/content/2026-09-22/elections-en-allemagne-un-desastre-pour-les-partis-traditionnels_7ipLYwxa578BVeOQxOfx).

Source : lelaboratoiredelarepublique.fr

22 sept. 2026

« La France est un empire qui a réussi à devenir une nation ». Entretien avec Baptiste Touverey.

Dans cet entretien avec Brice Couturier, Baptiste Touverey propose une relecture du récit national, du « grand XIIIe siècle » à la construction européenne en passant par la Révolution française. Au cœur de sa thèse, une singularité française : l’alliance ancienne de la liberté et de l’égalité, à laquelle serait venu s’ajouter un « esprit chevaleresque » fait d’honneur, de prouesse et de quête de grandeur. Une grille de lecture qui conduit l’historien à revisiter quelques-uns des épisodes les plus disputés de notre Histoire et à interroger, au présent, le destin de la France en Europe.

Brice Couturier : Deux thèses surprenantes semblent au cœur même de votre vision de notre histoire nationale : 1° Le pays laborieusement rassemblé par les Capétiens ne constituait pas une nation, mais en réalité un empire. Qu’est-ce qui vous la fait soutenir ? Et pourquoi cet empire a-t-il échappé au théorème de Duroselle « tout empire périra » ? 2° S’il y a bien un « esprit français », c’est l’esprit chevaleresque : « la quête du grand, de la prouesse », le « sens de l’honneur » – dont les croisades offriraient une déclinaison. Qu’est-ce que vous entendez par là ? Et comment pouvez-vous aller jusqu’à affirmer que cet esprit est à l’origine de notre Révolution elle-même ? Une « révolution bourgeoise » menée avec un état d’esprit… aristocratique ?

Baptiste Touverey : Qu’est-ce qui définit un empire ? En gros, trois critères : la diversité, le gigantisme et une capitale disproportionnée. À partir du XIIIe siècle, la France, même si elle porte le nom de royaume, coche toutes ces cases. D’abord, la diversité : la plupart des historiens de la France l’ont relevée, aussi bien Michelet que Bainville ou Braudel. Celui-ci écrit que la France « est diversité » et évoque non pas une France, mais « cent mille France ». Or personne n’en a tiré la conséquence logique, à savoir que cette diversité s’expliquait par le fait que la France était un empire. Peut-être parce qu’à partir du XIXe siècle on ne perçoit plus la France comme un géant (notre deuxième critère), qu’on oublie à quel point elle l’a longtemps été. Il faut pourtant bien avoir en tête que, pendant plus d’un demi-millénaire, la France, c’est trois à quatre fois l’Angleterre, notre principal adversaire ! Démographiquement, la France, de Bouvines à Waterloo, c’est la Chine de l’Europe, un Gulliver cerné de Lilliputiens. Quant à la taille de Paris (200 000 habitants à la fin du XIIIe siècle), elle est hors-norme : c’est la plus grande ville d’Occident alors que, contrairement aux autres grandes villes, ce n’est pas un pôle commercial important. Comment l’expliquer ? En admettant qu’on a affaire au centre névralgique d’une construction impériale.

J’ai conscience que qualifier la France médiévale d’empire heurte nos habitudes. Mais on parle bien de l’ « Empire Plantagenêt ». Or la France qui émerge au XIIIe siècle est plus vaste et plus diverse encore ! Ce qui fausse notre perception, c’est une vision anachronique, qui nous fait notamment nous imaginer que l’Angleterre d’alors équivalait à l’Angleterre d’aujourd’hui. L’Angleterre, jusqu’au XIXe, équivaut à une grosse province française, pas plus ! C’est pour ça, d’ailleurs, que Guillaume de Normandie a pu la conquérir au XIe siècle.

Ce qui fausse notre perception, c’est aussi, bien entendu, le fait que la France a échappé à la malédiction des empires : elle n’a pas péri. Défiant les lois d’airain de l’histoire, elle est le seul empire à être parvenu à se muer en État-nation. Elle est un empire qui a tellement réussi qu’on a oublié qu’elle en était un au départ. Pourquoi ? Parce qu’elle était un empire atypique fondé sur les principes de liberté et d’égalité. Oui, déjà ! Bien avant 1789… Le centre conquérant capétien considérait les provinces annexées comme des égales et les traitait relativement bien, sans trop les brusquer. Il respectait leurs usages, leurs lois particulières, leurs langues. Les élites locales étaient peu à peu aspirées par ce centre tolérant et attractif, les populations séduites et de moins en moins portées au sécessionnisme. Le vrai test, c’est la guerre de Cent Ans : quand le nord du pays est occupé, le sud de la Loire offre un refuge au roi de France. Or ce sud avait là l’occasion rêvée de reprendre son indépendance. S’il ne le fait pas, comme cela aurait été le cas dans n’importe quel autre empire confronté à la même situation, c’est qu’il se sent déjà solidaire du nord et de son roi infortuné, qu’existe déjà un sentiment d’appartenance commune.

Évidemment, à partir de là, se posent une question et un problème. La question : d’où venaient ces principes de liberté et d’égalité ? Sans trop entrer dans les détails, on peut dire qu’ils remontaient à la conquête romaine de la Gaule. Les Gaulois avaient, comme la plupart des peuples primitifs, la valeur de liberté, qui est, pour ainsi dire, « naturelle ». Mais les Romains ont ajouté celle d’égalité, qui est davantage une construction. Le problème est que cette association entre liberté et égalité qui, à nous autres Français, semble aller de soi est, en réalité, assez dysfonctionnelle. Il est très compliqué de bâtir un État digne de ce nom avec des individus « libres et égaux ». Car comment instaurer une hiérarchie entre eux ? Comment décider qui commande et prend les décisions ? C’est là qu’intervient ce que j’appelle l’ « esprit chevaleresque », esprit typiquement français et sans lequel la France n’aurait pas pu exister : cet esprit chevaleresque est ce qui a permis à nos individus libres et égaux d’accepter d’obéir à des ordres et de servir la collectivité. Il l’a fait en ajoutant aux valeurs de liberté et d’égalité le sens de l’honneur.

L’esprit chevaleresque permet l’obéissance et la soumission si, en échange, l’honneur est sauf et qu’on peut espérer obtenir de la gloire. C’est une mentalité qui est née au sein d’une petite élite : la chevalerie, groupe social dont, faut-il le rappeler ?, le foyer d’origine est la France du nord. Mais, au fil des siècles, elle se répand dans toutes les strates de la population. Elle explique, par exemple, l’attachement de nos paysans à la propriété foncière, autre singularité française. Car qu’est-ce que la propriété ? C’est un moyen d’affirmer son indépendance, l’expression la plus concrète de l’honneur. Michelet l’a bien compris quand il écrit, dans _Le Peuple_ : « Que la propriété soit grande ou soit petite, elle relève le cœur. Tel qui ne se serait point respecté pour lui-même se respecte et s’estime pour sa propriété. […] ‘‘Tu auras de la terre’’, cela veut dire : ‘‘Tu ne seras point un mercenaire qu’on prend et qu’on renvoie demain ; tu ne seras point serf pour ta nourriture quotidienne, tu seras libre ! »

Par ailleurs, la chevalerie présente déjà des traits méritocratiques : tous les chevaliers sont égaux entre eux. En tant que chevalier, un roi ne vaut pas plus qu’un petit hobereau. Ce qui les distingue, c’est leur valeur personnelle. Je ne dis pas que c’est l’esprit chevaleresque qui a provoqué la Révolution française, qui a d’autres causes. En revanche, il a contribué à lui donner sa teinte si singulière. En un sens, la Révolution française, c’est la possibilité pour tous d’être chevaliers, c’est l’adoubement de la nation tout entière. Cela se traduit, très concrètement, par l’ouverture à tous de tous les emplois et l’abolition de la différence entre terre noble et terre roturière, autrement dit la propriété privée pleine et entière pour tous.

À vos yeux, le véritable « Grand Siècle » n’est pas celui de Louis XIV – qui finit assez mal et qui doit tout à de très grands ministres – mais le XIIIe siècle, entamé sous Philippe-Auguste, qui a considérablement agrandi son domaine, et poursuivi par Louis IX qui ne l’a guère augmenté, lui. En quoi le XIIIe siècle français vous semble-t-il si remarquable ?

C’est la seule période de son histoire où la France est la première en tout ou presque. Elle est le pôle archi dominant d’une zone, l’Europe occidentale, qui, depuis le XIe siècle, peut être considérée comme la plus dynamique et la plus prometteuse du monde (même si ça ne se voit pas trop encore !) Elle pèse un tiers de cet ensemble : entre 15 et 20 millions d’habitants pour 50 à 60 millions d’habitants. Jamais son poids relatif ne sera aussi considérable. La civilisation ouest-européenne se confond quasiment alors avec la civilisation française. Au sein des élites, on parle français de l’Écosse à la Hongrie. L’Angleterre est une colonie culturelle française. Nos histoires littéraires ont souvent tendance à débuter au XVIe siècle avec Rabelais et les poètes de la Pléiade, et si elles évoquent la période médiévale, c’est de manière anecdotique et sans prendre la mesure du rayonnement des œuvres françaises de l’époque. Or le Moyen-Âge central est déjà un apogée de notre littérature. La _Chanson de Roland_ est le premier grand chef-d’œuvre dans une langue vernaculaire issue du latin. Chrétien de Troyes est rien de moins que le plus extraordinaire romancier du Moyen Âge. Même sous-évaluation rétrospective en ce qui concerne l’architecture. Le XIIIe siècle est le grand siècle du gothique. Or ce style grandiose, à l’origine de monuments parmi les plus spectaculaires jamais bâtis par l’homme, est né, comme son nom de l’indique pas, en Île-de-France. Au Moyen-Âge, on l’appelait le style « français ».

J’évoquais plus haut la mentalité chevaleresque. Je crois que le XIIIe siècle a été un moment d’adéquation quasi parfaite entre des structures socio-économiques et une mentalité. Par la suite, l’argent et le commerce se sont mis à occuper une place de plus en plus prépondérante. Ce n’est pas mal en soi. Simplement, cela correspondait moins à notre tempérament. Nous nous sommes adaptés, mais je crois que nous ne nous y sommes jamais complètement faits.

Vous citez souvent des historiens conservateurs, comme Gaxotte et Bainville. Mais contrairement à eux, vous faites preuve d’une étrange indulgence envers la Révolution. Vous allez jusqu’à accepter la thèse, combattue par Furet, selon laquelle la Terreur aurait été imposée par la guerre… Est-ce parce que notre Révolution vous semble créer la nation française ? Parce que les armées révolutionnaires sont victorieuses ?

Je ne cache rien des excès révolutionnaires. Mais je ne peux pas me contenter comme les historiens conservateurs, que, par ailleurs, j’admire, de les énumérer pour les déplorer. Il est très facile de donner une image épouvantable de la Révolution en égrenant toutes les horreurs auxquelles elle a donné lieu. Taine le faisait déjà très bien. C’est très convaincant. Mais c’est aussi très trompeur. Je trouve qu’en l’espèce c’est faire preuve d’un manque de profondeur et même d’intelligence. C’est s’arrêter à l’écume des événements, refuser d’essayer de les comprendre, de prendre du recul. Les historiens contre-révolutionnaires pensent que la Révolution aurait pu être évitée, qu’elle résulte d’un malheureux concours de circonstances. Je ne le crois pas. Plusieurs facteurs de fond ont favorisé l’avènement d’une révolution telle qu’elle s’est produite. Au XVIIIe siècle, la France est le seul pays à expérimenter un double phénomène de déchristianisation et d’alphabétisation passant la barre des 50 % pour les hommes dans le nord du pays. Il faut essayer de se figurer l’énormité du bouleversement mental que cela a représenté. Nous avions une population majoritairement analphabète dont le sens de la vie était donné depuis des siècles, des millénaires, par une certaine croyance religieuse. Cette croyance s’effondre alors que, dans le même temps, le progrès de l’alphabétisation permet aux esprits, plutôt que de sombrer dans l’apathie et le désespoir, de former de nouvelles croyances, profanes celles-ci, ce qu’on appelle communément des idéologies. Comment ces mêmes esprits égarés, déstabilisés, grisés bientôt, n’entreraient-ils pas en ébullition au premier prétexte venu ? En l’occurrence, l’étincelle fut la crise économique des années 1780, qui culmine à la suite des mauvaises récoltes de 1788-1789.

Cela ne dédouane en rien les individus responsables de la Terreur ou de la répression vendéenne. En la matière, je suis sur la ligne de la phrase des Évangiles : « Il faut que le scandale arrive, mais malheur à celui par qui le scandale arrive. » Simplement, cela permet de mettre en perspective la Révolution : elle a été la modalité française d’entrée dans la modernité démocratique. La plupart des pays, quand leurs croyances religieuses se dissipent et sont supplantées par des idéologies profanes, connaissent de fortes perturbations. En Russie, ce fut le communisme, en Allemagne, le nazisme. La variante française d’une liberté et d’une égalité qu’on doit imposer y compris par la force n’est pas la plus antipathique de toutes.

Car, au fond, c’est de cela qu’il s’agit avec la Révolution : c’est le moment où la France se révèle à elle-même. Les valeurs de liberté et d’égalité, dont elle était porteuse depuis très longtemps, mais de façon souvent latente, inconsciente, sont enfin explicitées et traduites dans les lois. On met fin aux inégalités juridiques, fiscales, territoriales, qui étaient des reliquats impériaux du royaume de France. Et, ce faisant, on devient une nation. La nation française était en gestation avant la Révolution. Mais la Révolution c’est, pour ainsi dire, l’accouchement, qui, comme on sait, peut parfois être douloureux.

Sur ma « justification » de la Terreur par la guerre, j’en appelle au simple bon sens : il est évident qu’un régime neuf et fragile, attaqué de toutes parts, dans un pays menacé à la fois par des armées étrangères et par des rébellions intérieures, est susceptible de réagir avec violence. Pour autant, je note que les révolutionnaires sont les premiers responsables de la guerre ! La situation critique où ils se retrouvent, ils s’y sont mis tout seuls ! Ça, je l’admets volontiers. Mais, encore une fois, le messianisme révolutionnaire dont ils ont fait preuve, ce désir de libérer les peuples d’Europe des tyrans, même quand ils ne vous ont rien demander, résulte de facteurs profonds qui dépassent largement la volonté de tel ou tel individu.

Vous semblez estimer que la France était comme prédestinée à devenir républicaine. Et pourquoi n’aurait-elle pas pu emprunter la voie libérale britannique, celle d’une démocratisation progressive sous un régime de monarchie constitutionnelle ? Louis-Philippe était sur le point d’y réussir. Quid de la libéralisation du Second Empire ? Sans la guerre avec la Prusse, ce régime modernisateur n’était-il pas promis à la durée ?

Il y a une valeur fondamentale qui différencie la France de l’Angleterre : l’égalité. On en revient toujours là. Les Anglais y sont indifférents, sans quoi, depuis tous ces siècles, ils auraient fini d’assimiler les Gallois, les Écossais et les Irlandais, d’en faire des Anglais comme les autres, à la manière dont la France a fait des Normands, des Poitevins, des Languedociens, etc., des Français comme les autres. Mais l’égalité n’est pas que la condition de l’intégration réussie de plusieurs peuples divers. Associée à la liberté, elle implique un rapport problématique à l’autorité. Elle forme un terreau anarchique. J’ai dit que l’esprit chevaleresque avait constitué un antidote très efficace. J’ai dit aussi qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle, entre en jeu un autre élément : tandis que le pays se déchristianise, on passe le seuil des 50 % d’hommes sachant lire et écrire dans la France du Nord.

Il se trouve que ce seuil est suffisant pour permettre à une population de s’organiser et de renverser un pouvoir en place. Il ne l’est pas assez pour bâtir une démocratie stable. Celle-ci supposait, dans le cas de la France, que le seuil de 50 % d’hommes alphabétisés soit franchi dans la quasi-totalité du pays, que le Sud rattrape le Nord. Cela ne se produit que dans les années 1860. C’est ce qui rend cette période allant de 1789 à 1870 si chaotique, ce qui explique qu’entre ces deux dates, on assiste à une valse des régimes et des monarques.

Sur la libéralisation du Second Empire, je vous suis complètement. Il me semble tout à fait envisageable que, sans la débâcle de 1870, l’Empire aurait pu continuer à évoluer progressivement comme il avait commencé de le faire dès les années 1860. On aurait pu arriver à une forme de république présidentielle ou semi-présidentielle. On aurait, d’une certaine façon, fait l’impasse sur la IIIe et la IVe République pour arriver directement sur la Ve. Je pense toutefois qu’un peuple porteur des valeurs de liberté et d’égalité, à partir du moment où il est suffisamment alphabétisé et donc capable d’animer une démocratie fonctionnelle, ne peut s’accommoder longtemps d’un monarque – roi ou empereur. La république s’impose alors d’elle-même. En ce sens, les historiens de la IIIe République, qui voyaient dans la République le couronnement de l’histoire de France, n’avaient pas tort.

Sur l’entreprise coloniale menée par la IIIe République, vous écrivez, à rebours du politiquement correct, qu’elle n’eut pas que des défauts, puisqu’elle mit fin à la pratique de l’esclavage, qu’elle apporta la médecine et l’hygiène. Et dans le cas du Maroc, qu’elle fut même largement positive. Comment expliquer que la crise algérienne, par contre, ait contribué à porter le coup de grâce à la IVe République ?

Selon nos critères actuels, l’entreprise coloniale est peut-être indéfendable. Mais selon les critères du temps, qui sont les seuls qui comptent, elle était une nécessité. De même qu’on ne pouvait pas attendre de la France de la deuxième moitié du XVe siècle, redevenue après la fin de la guerre de Cent Ans la première puissance d’Europe, qu’elle ne se jette pas sur la brillante, mais faible Italie, de même est-il puéril de penser que l’Europe du XIXe siècle, tellement en avance sur le reste du monde, n’en profiterait pas pour faire main basse sur lui. Il y avait un appel d’air. Dans ce contexte, la France ne pouvait que suivre les autres, sous peine de déchoir. Je noterais tout de même que le colonialisme à la française fut sans doute le moins pire de tous. Il restait animé d’un idéal universaliste et généreux de liberté et d’égalité, certes souvent bafoué.

Évidemment notre grand échec colonial a été l’Algérie, une catastrophe du début à la fin. La situation algérienne ne pouvait pas donner lieu à une solution satisfaisante. Il y avait un million de colons, dix millions d’autochtones musulmans. L’écart culturel entre eux était trop grand pour espérer une fusion des deux communautés. Cet écart, je le précise, était beaucoup moins lié à l’islam qu’au système familial arabe, qui est communautaire endogame et qui interdit donc l’échange des femmes. La seule solution digne d’une démocratie comme l’était la France de l’après-guerre, était l’indépendance pleine et entière de l’Algérie. Mais cette solution impliquait de léser un million de pieds-noirs. Pour l’imposer il fallait une immense autorité. Aucun des hommes de la IVe république de l’avait. De Gaulle seul, dont, par ailleurs, le projet d’une république reposant davantage sur l’appel direct au peuple s’adaptait bien aux circonstances. Pour légitimer l’abandon de l’Algérie française, il put recourir, à deux reprises, au procédé le plus démocratique qui soit : le référendum.

La seule Europe qui trouve grâce à vos yeux est une « France en plus grand », une Union européenne sous direction française…. À ce titre, vous déplorez l’arrivée dans notre club des anciens satellites de l’URSS, libérés du joug soviétique. Mais ne croyez-vous pas que, réunifiée ou non, l’Allemagne ne pouvait pas continuer à accepter le principe : « la France décide et l’Allemagne paye » ?

Je pense que la seule Europe unifiée qui vaille est une Europe qui serait un État-nation. Car l’État-nation est le seul cadre possible de la démocratie, laquelle me semble le régime le plus souhaitable, notamment parce qu’il est le plus efficace. J’ai longtemps fantasmé sur cette Europe unie, nouveau géant mondial. Je suis germaniste, ma famille a été décimée par la Première Guerre mondiale et très éprouvée par la Seconde. L’idée d’une fusion entre l’Allemagne et la France m’a longtemps semblé l’avenir le plus souhaitable qu’on puisse imaginer. En 2002, lors des premières élections présidentielles où j’ai été en âge de voter, j’ai dû être un des rares à le faire pour François Bayrou. C’est dire mon européisme quasi fanatique ! En 2005, j’ai voté pour le traité européen. Simplement, à partir des années 2010, j’ai commencé à déchanter. J’ai constaté que décidément ça ne fonctionnait pas. Et j’ai cherché à comprendre pourquoi.

Si j’en suis venu à regretter l’élargissement à l’Est, et même, je ne m’en cache pas, la réunification allemande, c’est parce que je suis arrivé à la conclusion que c’est ce qui a tué le mince espoir qu’il pouvait y avoir d’unir, à moyen terme, sinon l’Europe entière, du moins sa part occidentale. La chute du mur de Berlin a bouleversé l’équilibre qui prévalait depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L’Allemagne est redevenue un géant, elle a récupéré son arrière-cour en Europe de l’Est. La France s’est retrouvée marginalisée, affaiblie. Or je ne crois pas qu’il était possible de construire une Europe-nation autrement que sous pilotage français. C’est une question de savoir-faire. La France a prouvé, au cours de son histoire, qu’elle était capable d’amalgamer des peuples fort divers, elle a su, d’empire, devenir une nation. L’Allemagne, non. Les empires sous domination allemande n’ont jamais fonctionné, que ce soit le Saint Empire romain germanique ou l’Autriche-Hongrie (par charité, je n’évoquerais pas le IIIe Reich). Pour une raison simple : contrairement aux Français, les Allemands n’ont jamais été capables de considérer les autres peuples comme des égaux. Je ne crois donc pas que l’Europe puisse s’unir sous l’égide de l’Allemagne.

Un Européiste sérieux mais capable de rêveries à très long terme devrait se dire que, pour que l’Europe se fasse un jour, il faut une France forte, capable d’imposer ses choix et son point-de-vue. Dans l’Europe telle qu’elle existe, cette France forte est impossible. Elle doit donc, tactiquement, s’en désengagée, retrouver son autonomie, redevenir un État-nation fonctionnel. Dans x temps, quand, par un protectionnisme intelligent, des dévaluations compétitives, un contrôle des capitaux, autant d’actions que le cadre européen lui interdit pour l’heure, elle aura débloqué et relancé son économie, que, grâce à ce déblocage, elle aura pu mener une politique nataliste ambitieuse, refondé son école, qu’elle sera redevenue ce qu’elle a été pendant quasiment toute son histoire, le pays le plus peuplé et le plus puissant d’Europe, alors peut-être sera-t-il temps d’envisager de nouveau une unification de l’Europe. Je sais que j’en demande beaucoup à des gens très pressés. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour. L’Europe-nation vaut bien quelques siècles de patience.

_Baptiste Touverey est essayiste, auteur de _Le pays miraculeux_ (Albin Michel, 2026)._

_Brice Couturier est journaliste et éditorialiste, auteur de _1979, le grand basculement du monde_ (Perrin, 2024)._

Source : lelaboratoiredelarepublique.fr

22 sept. 2026

L’intelligence artificielle peut-elle nous aider à restaurer la confiance dans la science ?

Depuis la pandémie de Covid-19, une question préoccupe la communauté médicale et scientifique : comment restaurer la confiance dans la science dans un monde où l’information circule désormais beaucoup plus vite que la connaissance scientifique ?

Le paradoxe est saisissant. Jamais autant de connaissances scientifiques n’ont été accessibles. En quelques secondes, chacun peut consulter une publication, rechercher une étude ou interroger une intelligence artificielle sur pratiquement n’importe quelle question médicale. Mais jamais il n’a peut-être été aussi difficile de distinguer une donnée robuste d’une affirmation simplement vraisemblable. La pandémie nous l’a montré de manière spectaculaire. Nous avons assisté presque en temps réel à la confrontation de deux temporalités radicalement différentes.

D’un côté, le temps scientifique : formuler une hypothèse, recueillir des données, les analyser, publier, confronter les résultats à ceux d’autres équipes, parfois se tromper et corriger. De l’autre, le temps numérique : quelques secondes pour publier une affirmation et quelques heures pour qu’elle soit vue par des millions de personnes. Une étude préliminaire, un cas clinique isolé ou une hypothèse non démontrée peuvent ainsi devenir viraux bien avant que la communauté scientifique ait eu le temps de les vérifier.

La confiance scientifique ne peut pas être décrétée. Elle doit se construire sur la rigueur, l’éducation scientifique et la compréhension des mécanismes permettant de produire et de valider une connaissance. La crise sanitaire a montré combien la science est une construction progressive : elle ne délivre pas instantanément des certitudes ; elle produit des connaissances qui se renforcent, se corrigent et se confrontent.

Quand la viralité concurrence la vérité

L’intelligence artificielle générative rend cette question encore plus importante. Elle permet désormais de produire en quelques secondes des textes structurés, argumentés et apparemment scientifiques. Le danger n’est donc plus seulement la fausse information grossière. C’est aussi l’apparition d’une information fausse mais vraisemblable, accompagnée éventuellement de références, de graphiques ou d’un vocabulaire donnant toutes les apparences de la rigueur. La désinformation médicale a changé de dimension depuis la pandémie.

Les réseaux sociaux, les mécanismes algorithmiques d’amplification et désormais l’intelligence artificielle permettent à des récits inexacts de circuler à une échelle et à une vitesse sans précédent. Plus préoccupant encore : les messages longs et élaborés peuvent être particulièrement persuasifs. Nous sommes donc confrontés à une transformation profonde de l’environnement scientifique et informationnel. La question n’est plus seulement : « Cette information est-elle vraie ? ». Elle devient : « Puis-je vérifier comment cette conclusion a été produite ? » Et c’est précisément sur ce terrain qu’une publication récente dans _Nature_ mérite toute notre attention.

Quand un article scientifique devient un agent

Des chercheurs de Stanford ont développé **Paper

  1. Agent**1, un système dont l’ambition est étonnante : transformer automatiquement une publication scientifique en agent d’intelligence artificielle interactif. Aujourd’hui, lorsqu’un chercheur lit un article décrivant une nouvelle méthode computationnelle, le chemin entre la publication et son utilisation peut être long. Il faut comprendre la méthode, retrouver le code source, installer les bonnes dépendances informatiques, récupérer les données et apprendre à utiliser correctement les outils développés par les auteurs. Autrement dit, publier une méthode ne signifie pas nécessairement qu’elle soit facilement réutilisable.

Paper

  1. Agent cherche à supprimer une partie de cette barrière. Le système analyse l’article mais aussi les éléments qui l’accompagnent : code informatique, données, documents supplémentaires et workflows. Il construit ensuite des outils exécutables accessibles à un agent d’IA avec lequel le chercheur peut dialoguer en langage naturel. On ne demande donc plus seulement à l’intelligence artificielle : « Résume-moi cet article. » On peut lui demander : « Utilise la méthode décrite dans cet article sur mes propres données. » La différence est considérable.

De la connaissance publiée à la connaissance exécutable

Les chercheurs ont notamment appliqué Paper

  1. Agent à AlphaGenome, un modèle permettant d’étudier les conséquences potentielles de variants génétiques. Les chercheurs ont notamment appliqué Paper

  1. Agent à AlphaGenome, ainsi qu’à des outils d’analyse single-cell et de transcriptomique spatiale, montrant que le système pouvait reproduire des analyses existantes mais aussi appliquer les méthodes à de nouvelles questions.

Mais l’expérience la plus importante est probablement celle menée à plus grande échelle. Les auteurs ont soumis 100 articles de biologie computationnelle au système. Soixante-quatorze ont pu être transformés avec succès en agents. Ceux-ci ont généré 599 outils, dont 593 ont passé les tests automatisés de validation. Sur 300 questions issues des tutoriels associés à ces publications, Paper

  1. Agent avec le modèle utilisé dans l’étude atteint une précision moyenne de 91,2 %, contre 80,3 % pour le comparateur disposant directement de l’article et du dépôt informatique.

Ces chiffres ne signifient évidemment pas que la reproductibilité scientifique serait résolue par l’IA. Ils montrent en revanche qu’une partie de la distance séparant la publication d’une méthode de sa réutilisation effective pourrait être considérablement réduite.

Et si plusieurs articles pouvaient « travailler » ensemble ?

Paper

  1. Agent va encore plus loin. Les chercheurs ont connecté plusieurs articles-agents afin qu’ils puissent mobiliser conjointement leurs méthodes et leurs données. Dans un exemple consacré au psoriasis, des agents issus de plusieurs publications ont combiné des prédictions génomiques avec des données expérimentales sur les lymphocytes T CD4+. Cette analyse a conduit le système à soutenir GPR137 comme gène causal probable au locus étudié, dans un mécanisme dépendant de l’activation cellulaire. Différentes publications deviennent en quelque sorte des briques scientifiques capables d’être interrogées ensemble, tandis que le chercheur reste dans la boucle pour choisir les stratégies et interpréter les résultats. Nous passons alors progressivement d’une bibliothèque composée de documents statiques à un écosystème de connaissances scientifiques potentiellement interactives. C’est une transformation potentiellement majeure de la manière dont circule la connaissance scientifique.

Une nouvelle étape pour la reproductibilité scientifique ?

C’est aussi là que Paper

  1. Agent rejoint directement la question de la confiance. Pendant longtemps, le lecteur d’une publication scientifique devait essentiellement faire confiance au processus éditorial : les auteurs, les reviewers, la revue et, progressivement, la reproduction des résultats par d’autres équipes. L’ouverture des données et du code a commencé à modifier ce modèle. Paper

  1. Agent pourrait constituer une étape supplémentaire : rendre une partie de la méthode directement interrogeable et exécutable.

Les auteurs avancent d’ailleurs une idée particulièrement intéressante : demain, à côté des traditionnelles rubriques _Data availability_ et _Code availability_, les revues scientifiques pourraient demander une rubrique « Agent availability » indiquant si les travaux publiés peuvent être utilisés sous forme d’agent. On peut même aller plus loin. La capacité d’une publication à être transformée en agent pourrait devenir indirectement un test de reproductibilité.

Dans l’étude, 26 des 100 articles de biologie computationnelle n’ont justement pas pu être transformés avec succès, notamment en raison de code inexécutable, de données ou modèles manquants, de problèmes de dépendances informatiques ou de scripts difficilement généralisables. L’échec de « l’agentification » devient alors lui-même informatif : il révèle les obstacles empêchant réellement d’autres chercheurs de réutiliser le travail publié.

Mais l’IA ne doit pas devenir un nouvel argument d’autorité

Il serait toutefois dangereux d’en conclure que l’intelligence artificielle pourrait devenir un arbitre automatique de la vérité scientifique. Ce serait remplacer une confiance aveugle par une autre. Un agent peut reproduire fidèlement une méthode et néanmoins partir d’une hypothèse discutable. Un code parfaitement exécutable ne garantit pas que la question scientifique soit pertinente. Une corrélation statistique ne devient pas une causalité parce qu’elle a été calculée automatiquement. Les auteurs de Paper

  1. Agent sont d’ailleurs explicites : la génération d’hypothèses, le choix des orientations scientifiques et l’interprétation des résultats doivent rester human-in-the-loop. Ils présentent leur système comme un outil d’augmentation de la recherche, non comme une source autonome et autoritaire de conclusions scientifiques.

Cette distinction est fondamentale. L’IA peut exécuter, comparer, rechercher, confronter et accélérer. Mais le chercheur doit continuer à douter. Car le doute méthodique n’est pas une faiblesse de la science. Il en constitue précisément l’une des forces.

Une science exécutable n’est pas nécessairement une science vraie. Mais une science que l’on peut davantage vérifier, reproduire et contester est une science qui expose mieux ses preuves.

De l’IA qui produit du vraisemblable à l’IA qui aide à vérifier

Nous arrivons ainsi à un paradoxe passionnant. L’intelligence artificielle constitue probablement l’un des outils les plus puissants jamais créés pour produire du contenu vraisemblable à grande échelle. Elle peut donc amplifier la désinformation et rendre beaucoup plus difficile la distinction entre connaissance, opinion et manipulation. Mais les mêmes technologies pourraient aussi nous fournir de nouveaux instruments pour remonter aux sources, confronter les données, reproduire les analyses et rendre les méthodes scientifiques plus accessibles.

Dans un monde saturé de contenus générés artificiellement, la valeur d’une publication scientifique reposera peut-être de moins en moins sur sa seule capacité à être lue ou citée, et de plus en plus sur notre capacité à remonter aux données, aux méthodes et aux résultats qui la fondent. L’article scientifique de demain ne sera alors peut-être plus seulement quelque chose que nous lisons.

Il deviendra quelque chose que nous pouvons interroger, tester, reproduire, confronter et utiliser. À condition de ne jamais oublier une règle essentielle : l’intelligence artificielle peut accélérer la science ; elle ne doit jamais nous dispenser d’exercer notre esprit critique.

L’IA peut accélérer la science. Le doute, lui, doit rester humain.

_David Smadja est professeur d’hématologie à l’AP-HP et à l’Université Paris Cité, responsable de la Commission Santé du Laboratoire de la République. Il est l’auteur de « La République de la prévention » aux éditions LEH._

_Léa Behr est CEO de RespublicIA et membre de la Commission Santé du Laboratoire de la République._

Rendez-vous mardi 27 septembre pour la prochaine note

« Les mardis de l’innovation en santé »

Retrouvez également cette tribune sur le site du [Journal du Net.](https://www.journaldunet.com/intelligence-artificielle/1555129-l-intelligence-artificielle-peut-elle-nous-aider-a-restaurer-la-confiance-dans-la-science/)

  • Miao, J., Davis, J. R., Zhang, Y., Pritchard, J. K., & Zou, J. (2026). Reimagining research papers as interactive and reliable AI agents. _Nature_. https://doi.org/10.1038/s41586-026-11044-y ↩︎

Source : lelaboratoiredelarepublique.fr

21 sept. 2026

28/09 : Conversation éclairée avec David Smadja

Jeudi 15 janvier, la librairie Decitre Bellecour recevra Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République. La rencontre donnera lieu à un échange avec le public, suivi d’une séance de dédicaces de son nouvel ouvrage, Civilisation française.

À l’occasion de cette rencontre à la librairie Decitre Bellecour, Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République et ancien ministre de l’Éducation nationale, échangera avec le public autour de ses réflexions sur la société française et les grands enjeux contemporains.

Cette discussion sera suivie d’une séance de dédicaces de son nouvel ouvrage, Civilisation française (Éditions Albin Michel), offrant un moment privilégié pour dialoguer avec l’auteur et permettant d’approfondir les thématiques abordées dans son livre.

Quand ? Jeudi 15 janvier, de 17h00 à 18h30.

Où ? Librairie Decitre, 29 place Bellecour, 69002 LYON.

https://twitter.com/labrepublique/status/2009677250560503958?s=46

Source : lelaboratoiredelarepublique.fr

10 sept. 2026

Décentraliser : subsidiarité contre vetocratie

La crise de l’action publique française ne tient pas seulement au manque de moyens ou aux difficultés politiques. Elle tient aussi à l’organisation même de la décision. Au fil des réformes de décentralisation, les responsabilités se sont enchevêtrées entre État, régions, départements, communes, intercommunalités et opérateurs. Une même politique peut ainsi dépendre de plusieurs niveaux de décision, sans qu’aucun ne dispose véritablement de l’ensemble des leviers nécessaires pour agir. L’étude rappelle que le coût de cet enchevêtrement a été évalué par la mission Ravignon à au moins 6 milliards d’euros par an pour les collectivités et 1,5 milliard pour l’État.

Pour caractériser cette situation, Benjamin Morel mobilise la notion de « vetocratie », forgée par le politiste Francis Fukuyama : un système dans lequel le pouvoir s’exerce moins par la capacité de décider que par celle d’empêcher la décision. Dans l’organisation territoriale française, cette logique prend trois formes principales : le veto de compétence, lorsqu’un échelon peut opposer à un autre les limites de son domaine d’intervention ; le veto de procédure, lorsque toute décision suppose une succession d’accords et de négociations ; et le veto de financement, lorsque celui qui fixe l’objectif n’est pas celui qui dispose ou assume les moyens de sa réalisation.

L’énergie ou la mise en œuvre du « zéro artificialisation nette » illustrent cette difficulté. Plusieurs documents et niveaux de collectivités interviennent successivement, avec pour conséquence de multiplier les possibilités de retard, de contestation ou de dérogation. La responsabilité politique devient alors difficile à identifier : chacun possède une partie de la décision, mais personne n’en répond pleinement.

Face à cette situation, deux réponses sont régulièrement avancées : la différenciation territoriale et le fédéralisme. L’auteur considère pourtant qu’elles risquent d’aggraver le problème. La première transforme la dérogation en mode ordinaire de gouvernement : une politique nationale peut être rediscutée ou adaptée territoire par territoire. Le fédéralisme, de son côté, tend à sanctuariser des blocs de compétences alors même que les grandes politiques contemporaines (transition écologique, logement, énergie, mobilités…) sont par nature transversales. Dans les deux cas, la capacité d’empêcher risque de l’emporter sur la capacité d’agir.

Benjamin Morel propose donc de changer de logique en faisant de la subsidiarité le principe directeur de la décentralisation. Contrairement à la différenciation, qui intervient _a posteriori_ pour déterminer qui peut déroger à une règle, la subsidiarité pose la question _en amont_ : qui doit agir, à quel niveau, avec quels moyens et sous quel contrôle ? Elle consiste à confier la décision au niveau capable de l’exercer utilement et à réserver au niveau supérieur ce qui ne peut être efficacement accompli en dessous. Elle peut donc conduire aussi bien à décentraliser davantage certaines décisions qu’à en faire remonter d’autres.

À partir de ce principe, l’étude dessine une nouvelle architecture territoriale autour de quatre fonctions : initier, coordonner, outiller et trancher. Il s’agirait d’abord de réhabiliter la clause générale de compétence pour les départements et les régions afin de restaurer leur capacité d’initiative. Ensuite, pour chaque grande politique publique, la loi désignerait un chef de file chargé d’organiser la coordination entre les différents acteurs.

Mais la liberté d’agir ne peut être réelle sans moyens. L’auteur propose donc que la loi nationale se concentre davantage sur la définition des objectifs et des garanties d’égalité, tandis que les modalités d’exécution relèveraient davantage du niveau local. Cette autonomie devrait s’accompagner de ressources fiscales, d’une péréquation renforcée et d’un « État ressource », capable d’apporter ingénierie et expertise aux collectivités qui en disposent le moins.

Enfin, la subsidiarité suppose un arbitre. Benjamin Morel propose une clause d’intérêt national supérieur, placée sous le contrôle du juge, permettant à l’État d’intervenir lorsque sont en jeu un engagement européen ou international, la cohérence d’une politique systémique, la garantie d’un droit fondamental ou d’une continuité essentielle, ou encore la prévention d’une rupture grave d’égalité entre les territoires.

L’enjeu dépasse ainsi la seule réforme administrative. Il s’agit de rétablir une chaîne claire entre décision, moyens et responsabilité démocratique. Ni retour à un État décidant de tout, ni fragmentation du pouvoir entre des territoires disposant chacun de leur domaine réservé : l’étude plaide pour une République décentralisée dans laquelle le pouvoir est attribué au niveau pertinent, mais où celui qui décide dispose effectivement des moyens d’agir et peut répondre de ses résultats devant les citoyens.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, cette question devient, pour Benjamin Morel, une condition de l’efficacité démocratique elle-même : un programme politique, aussi ambitieux soit-il, ne peut produire d’effets si la puissance publique n’est plus en mesure de transformer la décision issue des urnes en action. La subsidiarité est ainsi présentée non comme une nouvelle étape quantitative de la décentralisation, mais comme un principe permettant de rendre à nouveau gouvernable la République décentralisée.

_Benjamin Morel est constitutionnaliste, docteur en sciences politiques a l’ENS Paris-Saclay et maitre de conférences à l’université Paris Panthéon-Assas. Il dirige le conseil scientifique de la Fondation Res Publica, occupe le poste de secrétaire général du Laboratoire de la Republique et est membre du comité scientifique de l’Institut Terram. Ses recherches se concentrent principalement sur le fonctionnement du Parlement, les dynamiques des collectivités territoriales et les évolutions du système politique français._

[Étude subsidiarité contre vetocratie](https://www.lelaboratoiredelarepublique.fr/wp-content/uploads/2026/09/Etude-subsidiarite-contre-vetocratie.pdf) [Télécharger](https://www.lelaboratoiredelarepublique.fr/wp-content/uploads/2026/09/Etude-subsidiarite-contre-vetocratie.pdf)

Source : lelaboratoiredelarepublique.fr

8 sept. 2026

Université d’été de Sens 2026 : revivez les débats du samedi !

Le samedi 29 août, la dernière journée de l’Université d’été du Laboratoire de la République a donné une place particulière au débat politique. En direct de Sens et sur l’antenne de LCI, deux rencontres ont prolongé les réflexions menées pendant trois jours par responsables politiques, experts, universitaires et acteurs de la société civile autour des défis économiques, sociaux, éducatifs et démocratiques auxquels la France est confrontée.

Sébastien Lecornu et Jean-Michel Blanquer : qu’est-ce qu’être souverain pour la France aujourd’hui ?

La première séquence a réuni le Premier ministre Sébastien Lecornu et Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République et ancien ministre de l’Éducation nationale. Présenté par Darius Rochebin, ce grand entretien d’un peu plus d’une heure a été diffusé en direct de Sens dans le cadre de l’Université d’été.

François Hollande et Édouard Philippe : France 2027, quelles perspectives ?

La seconde séquence a pris la forme d’un face-à-face entre François Hollande, ancien président de la République et député de Corrèze, et Édouard Philippe, ancien Premier ministre, président d’Horizons et maire du Havre.

Annoncée autour de la question « France 2027, quelles perspectives ? », la rencontre avait pour vocation de confronter deux visions politiques et deux projets pour le pays, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Elle a ainsi constitué l’un des temps forts de clôture d’une Université d’été conçue comme un espace de confrontation des idées et d’élaboration de propositions pour la France du XXIe siècle.

Le discours de clôture de Jean-Michel Blanquer

Après trois jours de débats et de rencontres, Jean-Michel Blanquer, président du Laboratoire de la République, a prononcé le discours de clôture de la troisième Université d’été, samedi 29 août à Sens.

Des territoires à l’économie, de l’école à la laïcité, de la santé aux institutions, de l’intelligence artificielle à la souveraineté, les différentes séquences de l’Université d’été avaient pour ambition de confronter les diagnostics et de faire émerger des propositions concrètes. Pendant deux jours, responsables politiques, experts, universitaires, élus et acteurs de la société civile ont ainsi été invités à dépasser les constats pour contribuer à l’élaboration d’une vision commune.

Le discours de clôture de Jean-Michel Blanquer s’inscrit dans cette ambition générale et vient refermer une Université d’été placée sous le mot d’ordre « Faire sens ensemble » : créer les conditions du dialogue entre différentes sensibilités républicaines et contribuer à construire une direction commune pour la France à l’approche des échéances de 2027.

Baromètre de la République, économie, immigration : quelles réponses pour la France ?

La matinée du samedi 29 août a permis de croiser les regards sur plusieurs des grands défis auxquels la France est confrontée. La matinée s’est ouverte par la présentation du Baromètre de la République 2026, modérée par Maxime Bigot, directeur des études du Laboratoire de la République. Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos BVA, et le philosophe Pierre-Henri Tavoillot ont analysé les valeurs auxquelles les Français restent attachés et proposé un décryptage de la situation politique, mettant en lumière les attentes, les préoccupations et les évolutions qui traversent aujourd’hui la société française.

Les échanges se sont ensuite concentrés sur les enjeux économiques. Après une intervention de Philippe Aghion, prix Nobel d’économie, consacrée à la politique économique à conduire pour la France en 2027, une table ronde consacrée à la construction d’un nouveau pacte économique a réuni Roland Lescure, Yves Perrier, Emmanuel Combe, Stéphanie Dameron et Philippe Aghion, modérée par Anne de Guigné.

La matinée s’est poursuivie autour d’un autre enjeu majeur : « Immigration et intégration : comment refaire Nation ? » Sarah El Haïry, Guillaume Larrivé et Valérie Pécresse ont débattu de cette question sous la modération de Didier Leschi.

Enfin, Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre, est intervenu sur la question « Quelle coalition pour quelle réconciliation républicaine ? ».

Quel projet pour réenchanter la France ?

L’après-midi a été marqué par un débat intitulé « Quel projet pour réenchanter la France ? ». Une question destinée à dépasser le seul constat des difficultés du pays pour mettre en discussion les orientations susceptibles de redonner une perspective collective à la France.

Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen-sur-Seine et vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a débattu avec Natacha Polony, directrice de la revue _L’Audace !_ et essayiste.

Un second débat a réuni Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations et Jérôme Guedj, député de l’Essonne, sous la modération d’Ambre Xerri.

Source : lelaboratoiredelarepublique.fr

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