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Observatoire de l'immigration et de la démographie

Divers / indépendants

Ce qu'il faut retenir

L'essentiel sur Observatoire de l'immigration et de la démographie en un coup d'œil.

Création
2020
Association fondée en 2020 par six hauts fonctionnaires et entrepreneurs, dont Maxime Hemery-Aymar et Nicolas Pouvreau-Monti.
Direction
Nicolas Pouvreau-Monti
Cofondateur et directeur de l'OID, il le qualifie de « réaliste » et « d'apartisan » tout en reconnaissant un positionnement assumé.
Orientation affichée
Moins d'immigration, plus de natalité
L'OID affiche ses positions en faveur d'une diminution de l'immigration et d'une augmentation de la natalité.
Financement
Fonds Périclès notamment
D'abord financé par ses fondateurs, l'OID est soutenu à partir de 2023 par des mécènes privés, notamment le fonds Périclès de Pierre-Édouard Stérin.
Réception
Travaux cités et contestés
Ses études sont reprises par des parlementaires surtout de droite et du centre, tandis que des chercheurs et démographes dénoncent des biais méthodologiques.

Positionnement politique

Lecture rapide de l'organisation.

Divers / indépendantsThink tank

Présentation

Origines, positionnement et grandes orientations.

Présentation

L'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) est une association fondée en 2020, décrite comme un laboratoire d'idées français. Il a été créé par six hauts fonctionnaires et entrepreneurs, parmi lesquels Maxime Hemery-Aymar et Nicolas Pouvreau-Monti, qui le dirige. Son directeur des études est Grégoire Daubigny, ancien collaborateur d'élu LR. Le site de l'organisation présente un conseil scientifique composé notamment de Pierre Brochand, Michel Aubouin, Gérard-François Dumont, Thibault de Montbrial, Xavier Driencourt et Noëlle Lenoir.

Positionnement et thèmes

L'OID affiche ses positions en faveur d'une diminution de l'immigration et d'une augmentation de la natalité. Son fondateur lui assigne pour mission de « nourrir le débat grâce à des données vérifiables mais, aussi, proposer des solutions pour reprendre le contrôle de notre politique migratoire ». Nicolas Pouvreau-Monti qualifie l'OID de « réaliste » et « d'apartisan », tout en reconnaissant un positionnement assumé.

Ses publications portent sur le solde migratoire, l'accord franco-algérien de 1968, l'aide médicale d'État, l'asile, les mineurs non accompagnés, l'immigration et l'emploi ou encore les scénarios démographiques. Ses travaux sont repris dans le débat public et utilisés par des parlementaires, principalement à droite et au centre, notamment lors des débats sur la loi immigration. Plusieurs médias y voient une vision alarmiste de l'immigration partagée par l'extrême droite, et des journalistes, chercheurs et démographes dénoncent des biais méthodologiques et d'interprétation. D'autres, comme Didier Leschi ou Judith Waintraub, le présentent comme une référence en matière de données.

Organisation et financement

À sa création, l'OID est financé par ses fondateurs. À partir de 2023, il bénéficie du soutien de mécènes privés, notamment du fonds Périclès de Pierre-Édouard Stérin, dont l'objectif est présenté comme étant de pousser les idées conservatrices et nationalistes. Paris Match fait état de quatre permanents en janvier 2024, Arrêt sur images de deux employés à temps plein en octobre de la même année.

Sources : [site officiel](https://observatoire-immigration.fr/qui-sommes-nous/).

Propositions de programme

Les mesures portées par l'organisation. Leur analyse par SensPo est à venir.

Communications de l'organisation

Actualités, communiqués et annonces publiés par Observatoire de l'immigration et de la démographie sur son site officiel observatoire-immigration.fr.

21 sept. 2026calf-mc

Les scénarios démographiques de la France au XXIe siècle

Introduction

Le 16 mai 2021, lors d’un discours prononcé à Aubin dans l’Aveyron, Jean-Luc Mélenchon (alors candidat à l’élection présidentielle) affirmait qu’_« en 2050, 50% de la population française sera métissée _».1

Au-delà des aspects politiques d’une telle déclaration, celle-ci faisait écho à la grande interrogation qui traverse la société française quant au bouleversement démographique généré, en son sein, par les flux migratoires. La publication, le 21 mai dernier, de l’ouvrage collectif issu de l’enquête « Trajectoires et Origines 2 (TeO2) »2, conduite par l’Institut national des études démographiques (INED), est venue replacer ce sujet au cœur du débat public en décrivant _« une société marquée en profondeur par l’immigration sur la longue durée »._

Cette mutation de la population de la France est devenue une question structurante pour notre avenir collectif – qu’elle enthousiasme ou qu’elle inquiète. Selon la plus récente enquête IFOP à ce sujet, publiée en avril 2026,3 60% des Français estiment que la France connaît une « transformation démographique profonde », selon laquelle « la population française serait progressivement remplacée par des populations non-européennes principalement issues du continent africain ». Cet avis est partagé par 85% des sympathisants du RN, 81% des sympathisants LR et 59% des électeurs du bloc central. Mais aussi, à gauche : 53% des sympathisants EELV, 45% des électeurs socialistes et 37% des soutiens de LFI.

Économie, politique, emploi, cohésion sociale… tous les domaines ou presque sont sensibles à la démographie. Le nombre des habitants et leur composition par origine migratoire – corrélés à des variables socioéconomiques, culturelles et religieuses – auront un impact décisif sur la nature de la société française au cours du XXIe siècle.

D’ici 2100, comment évoluera la configuration de la population française selon les choix politiques posés ? Quelle sera la part de la population présentant des ascendances immigrées européennes ? Extra-européennes ? Autant de questions nécessaires à l’anticipation de l’avenir, utiles à la compréhension de tous – citoyens comme décideurs – mais longtemps esquivées.

Comme toute projection, celles proposées ci-après demeurent incertaines mais donnent un aperçu des possibilités futures suivant une logique de scénarios différenciés. Au regard du caractère très sensible du sujet, nous avons fait le choix de retenir des hypothèses méthodologiques prudentes, pouvant conduire à minorer les perspectives réelles d’évolution.

En effet, la réalisation de projections démographiques pour la population de la France constitue un exercice complexe et se heurte à deux principales difficultés :

  • Les données disponibles ne permettent pas d’estimer ou de projeter parfaitement les deux variables majeures du changement démographique en France : les flux migratoires et la fécondité. Ces dernières présentent de nombreuses limites en tant qu’indicateurs (par exemple : le solde migratoire des immigrés comme des non-immigrés n’est pas mesuré, ni même « estimé »4) ou ne sont que des photographies d’une situation démographique à un instant précis, vouée à évoluer. Il en est ainsi de l’ICF (indicateur conjoncturel de fécondité) : un indicateur qui « peut être interprété comme le nombre moyen d’enfants qu’aurait une génération fictive de femmes qui connaîtraient, tout au long de leur vie féconde, les taux de fécondité par âge observés [une année donnée]. Il est exprimé en nombre d’enfants par femme. »5.

  • Il serait illusoire de supposer que certaines données démographiques observées récemment, qu’il s’agisse de la fécondité ou de la mortalité, se maintiendront à l’identique dans les décennies à venir, tant leur évolution est soumise à de multiples incertitudes. Cependant, ne disposant pas de projections satisfaisantes de ces indicateurs, nous serons forcés de procéder à valeurs constantes.

En effet, les dernières projections de l’évolution de l’ICF par l’INSEE avaient amplement sous-estimé la baisse de ce dernier et imaginaient – il y a encore quelques années – un scénario central à 1,8 enfants par femme6 et un scénario bas à 1,6 en 2030. Or, le « scénario bas » est déjà atteint, avec 1,56 enfants par femme7 en 2025.

En outre, ces projections des ICF futurs ne prennent pas en compte les disparités suivant les statuts migratoires. Dans ce cadre, nous avons choisi – bien que cela minore probablement la part des personnes d’origine immigrée extra-européenne – d’envisager un ICF fixe par aire géographique d’origine des primo-arrivantes et un ICF égal pour toutes les femmes nées en France.

Ainsi, la présente étude cherche à modéliser un système dynamique d’une grande complexité à partir de données imparfaites. Pour reprendre les mots du démographe David Coleman, professeur à Oxford : _« all demographers always get it wrong when they talk about the future »_8. La présente projection ne fera probablement pas exception. Néanmoins, elle se veut cohérente avec les données disponibles et s’inscrit dans le champ maximal du plausible.

Ce document présente la méthodologie adoptée, les hypothèses retenues, avec leurs atouts et leurs limites, les scénarios démographiques envisagés et leurs résultats de projection. Notre objectif est de répondre au mieux à cette question : quelle sera l’évolution migratoire de la population de la France, durant notre siècle, selon les politiques mises en œuvre ?

I- MÉTHODOLOGIE ET HYPOTHÈSES

A- Sources

Les données relatives aux origines (en 2020) de la population française sur trois générations9 proviennent des enquêtes « Emploi » et « Trajectoires et Origines 2 » (TeO2), actuellement les sources les plus récentes et les plus exhaustives sur le sujet.

Les taux de mortalité par âge sont issus de l’ « Échantillon Démographique Permanent » de l’INSEE.10

La pyramide des âges utilisée correspond à celle de la population de la France au 1er janvier 2025, telle que fournie par l’INSEE11.

Les indices de fécondité sont calculés grâce aux taux de fécondité12 par âge de l’INSEE (statistiques de l’état civil et estimations de population) des femmes en France (2023) et aux statistiques de l’INSEE des ICF des femmes natives et immigrées (2021)13.

B- Critères d’attribution de l’origine

Cette étude fait le choix de suivre les populations d’origine immigrée sur trois générations : immigrés (1ère génération)14, enfants des immigrés (2e génération), petits-enfants des immigrés (3e génération). Ce critère des trois générations est issu des travaux de l’INSEE, qui use de cette catégorie dans diverses publications15 sur les immigrés et leurs descendants en France. Il est repris dans la dernière enquête « Trajectoires et Origines 2 » (TeO 2) de l’INED.

Les situations recouvertes par chaque catégorie sont nécessairement disparates. Par exemple, au sein de la 3e génération, sont regroupées des personnes dont les quatre grands-parents sont immigrés avec d’autres dont l’un des grands-parents est immigré et les trois autres sans ascendance migratoire. Ces catégories sont, là aussi, utilisées en cohérence avec les choix méthodologiques de l’INSEE dans ses publications sur les descendants d’immigrés.

Par ailleurs, une personne dont tous les arrières-grands-parents sont immigrés mais tous les grands-parents sont nés en France est ici considérée sans aucune ascendance migratoire. Ce mode de calcul, bien qu’il induise une sous-estimation des origines migratoires dans les projections de long-terme, semble être le plus prudent pour qualifier les origines de chacun.

Nous retiendrons donc les catégories suivantes :

  • « Sans ascendance migratoire » : absence d’ascendance migratoire jusqu’à la troisième génération – aucun des deux parents ou des quatre grands-parents n’est immigré.

  • « Origine européenne » : personne sans ascendance migratoire, ou immigré européen, ou personne dont au moins un parent ou grand-parent est immigré européen, sans ascendance extra-européenne.

  • « Origine extra-européenne » : immigré extra-européen, ou personne ayant au moins un parent ou grand-parent immigré extra-européen.

C- Modélisation des décès et des naissances

Modélisation des décès

Les taux de mortalité par âge sont supposés constants dans le temps et appliqués chaque année à la population.

Modélisation des naissances

Les naissances des femmes nées en France sont modélisées grâce aux données INSEE du taux de fécondité par âge16 (qui correspond à un ICF global d’environ 1,64 en 2024).

On suppose que toutes les femmes nées en France, y compris issues de l’immigration extra-européenne, ont le même ICF. Cette hypothèse minore sans doute la part des personnes d’origine immigrée dans nos projections : en effet, il est établi que les femmes descendantes d’immigrés ont moins d’enfants que les immigrées elles-mêmes, mais légèrement plus d’enfants que celles sans ascendance migratoire – et de manière accentuée parmi les descendantes d’origine extra-européenne.17 Mais faute de données récentes, suffisamment fiables et ventilées sur la question : notre hypothèse constitue un choix de prudence méthodologique.

Faute de données spécifiques par âge, on suppose que les femmes immigrées de 1ère génération ont la même structure de fécondité par âge que les femmes non-immigrées, mais avec un niveau proportionnel à leur indice conjoncturel de fécondité (ICF). La structure des naissances des femmes immigrées de première génération (G1) est donc calculée en multipliant le taux de fécondité des femmes françaises pour chaque âge par ICForigine/ICFFranceICF origine / ICF France.

D- Flux migratoires

Modélisation des flux migratoires

Faute de données fiables et ventilées par origines (pas de données ciblées sur l’émigration des descendants d’immigrés par exemple), le modèle n’intègre pas d’émigration.

Ainsi, nous ne tenons compte que des immigrés destinés à devenir des résidents pérennes et les natifs sont réputés rester sur le territoire. Ce facteur contribue probablement à majorer la part des personnes sans ascendance migratoire dans la population projetée, et donc à minorer celle des immigrés et descendants. Là encore : il s’agit d’un choix méthodologique de prudence.

En effet, exception faite de l’année 2021 qui a connu (du fait de la fin de la période de la Covid-19) un solde positif, tous les soldes migratoires des non-immigrés estimés depuis 2006 sont négatifs18 19 : cela signifie qu’il y a plus de non-immigrés qui quittent la France que de non-immigrés qui y reviennent. Par ailleurs, ce solde négatif des départs de natifs n’est pas ventilé selon les origines migratoires de ces derniers. Faute de données publiques précises, il n’est donc pas possible de modéliser ce phénomène avec davantage de précisions.

Dans le modèle statistique de cette étude, le flux annuel des entrées est supposé constant entre les années, quoique d’ampleur différente dans chaque scénario. Les immigrés sont supposés arriver à un âge moyen de 25 ans ([l’INSEE estime](https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281393#:~:text=Les%20nouveaux%20immigr%C3%A9s%20arriv%C3%A9s%20en,%C3%A0%20leur%20entr%C3%A9e%20en%20France.) que les nouveaux immigrés ont un âge médian de 26 ans à leur arrivée20), avec une distribution normale.

Composition des flux migratoires

En l’absence de données précises sur la composition de l’immigration de long terme, nous nous appuyons sur les données du recensement 202321 relatives aux flux d’entrée.

La répartition suivante est donc retenue pour les nouveaux flux migratoires :

  • 28 % d’immigrés européens ;

  • 72 % d’immigrés extra-européens.

E- Unions mixtes et préférences endogames

On suppose qu’environ 30 % des individus présentent une _préférence endogame_, c’est-à-dire une volonté consciente de se marier avec un partenaire issu du même groupe d’origine (ex. : un immigré maghrébin de première génération préférant une conjointe immigrée maghrébine de première génération).

Cette préférence endogame est ici appliquée de la même manière pour tous les groupes, y compris les personnes sans ascendance migratoire. Les autres individus sont réputés choisir un partenaire « au hasard », en fonction de la part de chaque groupe dans la population générale, sans se soucier de ses origines.

_Pourquoi ne pas utiliser les statistiques actuelles sur les unions endogames ou mixtes ?_

Car celles-ci reflètent à la fois les préférences individuelles, la structure démographique et des normes qui évoluent (ex : tolérance aux unions exogames qui progresse). À titre d’exemple, dans une population composée à 70 % de personnes sans ascendance migratoire et 30 % d’immigrés ou descendants d’immigrés – ce qui correspond aux proportions constatées aujourd’hui –, la proportion d’unions endogames ou mixtes sera mécaniquement influencée par la composition de la population, indépendamment des préférences.

L’usage d’un taux fixe de préférence endogame permet donc une approximation plus neutre et contrôlable. Elle demeure, selon nous, la mesure la moins imparfaite car il nous est impossible de déterminer la part des unions « voulues » comme telles et la part induite par la répartition démographique. D’autres projections ont été réalisées dans le cadre préparatoire de cette étude, fondées sur une variation du taux de préférence endogame ; les résultats de projection auxquelles ces hypothèses aboutissaient ne faisaient pas varier sensiblement les résultats.

Résumé : en quoi la méthode de cette étude minore-t-elle la projection des populations d’origine extra-européenne ?

  • Le passage automatique dans la catégorie « sans ascendance migratoire » d’une personne descendante d’immigré de 4e génération (arrière-petit-enfant), y compris si l’ensemble de ses arrière-grands-parents étaient immigrés.

  • L’indice conjoncturel de fécondité supposé identique pour l’ensemble des femmes nées en France, indépendamment de leurs origines migratoires.

  • La non prise en compte du solde migratoire négatif des non-immigrés (départs des natifs).

II- TROIS SCÉNARIOS

A- Scénario haut

350 000 entrées permanentes par an. Il s’agit d’une estimation correspondant à la poursuite des dynamiques migratoires engagées en France, marquées par des niveaux d’arrivées historiquement élevés et une tendance haussière dessinée depuis 25 ans.

Dans sa réponse à une question parlementaire publiée le 8 août 2025, le ministère de l’Intérieur indique, au sujet des flux d’immigrés, que _« le chiffre de 500 000 entrées sur le territoire national est une estimation très proche de la réalité »_ en 2024.22 Le postulat selon lequel les deux tiers d’entre eux constituent des arrivées permanentes apparaît raisonnable. Pour sa part et sur cette même année, l’INSEE avance une estimation significativement plus basse de 313 000 entrées d’immigrées au total23 – mais en reconnaissant une _« rupture de série »_ dans sa méthode, soulevant des doutes très sérieux quant à la fiabilité de cette évaluation _« sur échantillon »._24

Les chiffres ici retenus sont donc crédibles et même prudents_,_ dans la mesure où l’immigration semble mécaniquement vouée à croître dans l’ensemble de l’OCDE – comme le prévoit l’Agence Française de Développement25 – si des mesures politiques contracycliques ne sont pas mises en œuvre pour répondre à la _« forte augmentation des pressions migratoires »._26

Analyse des résultats

Dans cette configuration, les personnes d’origine extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans les naissances peu après 2040. Leur part connaît ensuite une stabilisation vers 2070 à 65% des naissances puis une légère baisse (cf explication infra).

Dans la population générale, les personnes d’origine extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires au milieu des années 2070. Les personnes sans ascendance migratoire deviennent quant à elles minoritaires vers 2050.

Ce scénario reflète l’évolution probable de la composition démographique de la population du pays, si les tendances récentes se confirment.

Il semble, au vu de la hausse tendancielle des flux, de l’émigration de personnes sans ascendance migratoire, de la limite des trois générations (cf infra) et de la forte baisse de l’indice de fécondité des femmes nées en France (parallèlement à la hausse de l’ICF des immigrées issues d’Afrique hors Maghreb27), que cette estimation demeure très prudente et minore sans doute la part projetée des immigrés et descendants au sein de la population.

_Pourquoi observe-t-on une stabilisation puis une baisse des naissances d’origine extra-européenne ?_

Trois raisons :

  • Dilution générationnelle : seules les femmes immigrées G128 conservent leur ICF élevé. Dès qu’une lignée passe en G2/G3, sa fécondité retombe au niveau français (1,64 en 2024). À mesure que ces cohortes prennent de l’importance, « l’avantage » démographique extra-européen s’estompe mécaniquement.

  • Décalage de structure par âge : l’immigration arrivant surtout autour de 25 ans, il faut donc 10‑15 ans pour qu’une cohorte atteigne sa descendance finale, puis elle vieillit et sort de la fenêtre fertile. Comme les flux entrants restent constants, chaque cohorte suivante n’est pas plus grande, ce qui aplatit puis infléchit la courbe des naissances.

  • Les enfants des descendants G3 deviennent « sans ascendance migratoire » : dès lors qu’un parent est descendant d’immigré de 3e génération, ses enfants sont classés « sans ascendance migratoire », ce qui retire leurs naissances des comptes d’origine immigrée extra-européenne – même si, hypothétiquement, l’ensemble des arrière-grands-parents de ces enfants étaient des immigrés extra-européens. Quand les générations G3 deviennent nombreuses, cette règle accélère la baisse apparente des naissances d’origine extra-européenne.

B- Scénario intermédiaire

250 000 entrées permanentes par an. Il s’agit d’une estimation correspondant à une baisse modérée des nouveaux flux migratoires, au regard des éléments partagés ci-dessus. En ne se que fondant sur l’immigration légale, l’OCDE comptabilisait déjà autour de 300 000 entrées permanentes en 202429.

Analyse des résultats

Dans cette configuration, les personnes d’origine immigrée extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans les naissances peu après 2050, pour se stabiliser vers 2080 autour de 55% des naissances avant de connaître un léger reflux, lié au décompte « sans origines migratoire » des descendants d’immigrés de 4e génération – créant un effet de seuil.

Les personnes d’origine immigrée extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans la population générale dans les années 2090. Les personnes sans ascendance migratoire deviennent minoritaires vers 2060.

C- Scénario restrictif

Immigration extra-européenne divisée par 4 par rapport au scénario intermédiaire. Cette configuration correspondrait à une restriction drastique des flux migratoires extra-européens (les flux intra-UE demeurant libres sur le continent). Une diminution de cette ampleur ne pourrait résulter que de décisions politiques très volontaristes, impliquant une révision du cadre constitutionnel et européen – notamment sur l’asile ou les flux familiaux.

Analyse des résultats

Les origines extra-européennes sur trois générations atteindraient leur pic dans les naissances en 2050 (près de 35%), avant de décroître en raison du fort tarissement des flux migratoires extra-européens – et du passage de nombreux descendants d’immigrés de 4e génération dans la catégorie « sans ascendance migratoire »

Dans la population générale, la part des personnes d’origine extra-européenne sur trois générations se stabiliserait vers 2070 autour de 30%.

III- VARIATIONS DE L’ICF (INDICATEUR CONJONCTUREL DE FÉCONDITÉ)

Les modélisations ci-dessous sont présentées à titre d’éclairage, pour approcher les effets sur les scénarios de projection précités d’une variation de l’indice conjoncturel de fécondité (ICF) des femmes sans ascendance migratoire.

Ce genre de trajectoire ne relève pas de choix politiques aussi directs et traçables que ceux qui régissent les flux migratoires. Néanmoins, les pouvoirs publics ne sont pas complètement démunis dans ce champ – qui est notamment celui des politiques familiales.30

Scénario « intermédiaire » des flux avec variations de l’indice de fécondité (ICF) des femmes sans ascendance migratoire

ICF à 2,0

Analyse des résultats

Une remontée à 2 enfants de l’ICF des femmes sans ascendance migratoire aurait un effet sur la composition de la population, même si les flux demeureraient déterminants. En effet, il en résulterait une érosion plus lente de la part de la population sans ascendance migratoire. Les naissances de personnes sans ascendance migratoire deviendraient, dans ce cas, minoritaires peu avant 2040 (contre peu avant 2035 à ICF constant) et les personnes sans ascendance migratoire deviendraient minoritaires autour de 2065, contre légèrement avant 2060. Cependant, la courbe de la part des personnes sans ascendance migratoire connaîtrait par la suite un déclin nettement moins rapide que dans la configuration de l’ICF actuel : elles représenteraient 40% de la population en 2100 contre moins de 35% à ICF constant.

ICF à 1,3

Analyse des résultats

En postulant un ICF des femmes sans ascendance migratoire à 1,3 et en conservant les hypothèses du scénario intermédiaire, la population sans ascendance migratoire deviendrait minoritaire dans les naissances avant 2030 et dans la population générale avant 2060 environ.

La part des naissances de personnes d’origine extra-européenne se stabiliserait autour de 60% vers 2080, essentiellement du fait des personnes de 3e génération dont les enfants deviendraient « sans ascendance migratoire ».

Ce scénario apparaît crédible dans la mesure où la France connaît une baisse tendancielle de l’ICF des femmes natives, passé de 1,9 en 201231 à environ 1,5 en 2025. Un ICF de 1,3, résultant de la poursuite de ce décrochage – baisse de 0,35 enfant par femme de 2010 à 2024 – nous mènerait à une situation comparable à celles de la Grèce ou de la Finlande.32 L’ICF des femmes nées hors de France est, quant à lui, resté globalement le même : 2,3 enfants par femme en 2006 et en 2021 – recouvrant des réalités très différentes selon les origines.33

CONCLUSION

Les scénarios exploratoires abordés dans cette étude permettent d’imaginer la composition démographique du pays à l’horizon 2100, suivant diverses hypothèses de variation des flux migratoires (et des indices de fécondité).

Comme spécifié dès le début du présent document : des inconnues demeurent, notamment sur la baisse de l’ICF des femmes sans ascendance migratoire, l’émigration des natifs ou encore la hausse tendancielle des flux, qui minorent mécaniquement la part des personnes d’origine extra-européenne et de leurs descendants dans chacune des configurations.

Ce travail inédit présente néanmoins l’avantage de quantifier – quoique de manière nécessairement incertaine – les effets démographiques de l’immigration à moyen et long terme, et de donner une idée des effets que diverses actions politiques pourraient produire.

Lorsque Jean-Luc Mélenchon prédit que _« 50% de la population française sera métissée en 2050 »_, il semble prévoir un basculement démographique prématuré –si, par _« métissée »_, il entend _présentant des origines migratoires autres qu’européennes_. En effet, le scénario haut (correspondant aux dynamiques récentes) prévoit environ 50% de personnes d’ascendance extra-européenne au milieu des années 2070. Néanmoins, concernant les naissances : plus de 50% d’entre elles seraient bien d’ascendance extra-européenne dès avant 2050.

Les divers scénarios explorés dans le cadre de cette étude permettent de démontrer que la composition de la population de la France variera très sensiblement, dans les décennies à venir, selon les politiques qui seront mises en œuvre – d’abord et avant tout sur le plan des flux migratoires, mais aussi sur la fécondité dans une moindre mesure. Entre le scénario « haut » et le scénario « restrictif » : la part des personnes d’origine extra-européenne connaît une différence de 30 points – nettement majoritaire dans un cas, nettement minoritaire dans l’autre.

La France de 2100, la composition de sa population et sa capacité de cohésion nationale, se construisent donc dès maintenant, sur le fondement de choix politiques structurants.

[Document annexe](https://observatoire-immigration.fr/wp-content/uploads/2026/09/OID-donnees-etude-demographie-2026.xlsx) [Télécharger](https://observatoire-immigration.fr/wp-content/uploads/2026/09/OID-donnees-etude-demographie-2026.xlsx)

  • _Le Figaro_, Agnès Leclair, « 50% de la population française sera-t-elle métissée en 2050, comme le dit Mélenchon ? »_,_ 2021, [Lien.](https://www.lefigaro.fr/actualite-france/50-de-la-population-francaise-sera-t-elle-metissee-en-2050-comme-le-dit-melenchon-20210521?) ↩︎
  • Site de l’INED : [https://www.ined.fr/fr/publications/editions/grandes-enquetes/trajectoires-et-origines-2](https://www.ined.fr/fr/publications/editions/grandes-enquetes/trajectoires-et-origines-2) ↩︎
  • IFOP, « Les 10 ans du Printemps Républicain : Regards sur les risques menaçant l’Hexagone et sur la liberté d’expression », 16 avril 2026, [Lien](https://www.ifop.com/article/les-10-ans-du-printemps-republicain-regards-sur-les-risques-menacant-lhexagone-et-sur-la-liberte-dexpression/) ↩︎
  • Lire Michèle Tribalat, « Les incertitudes du solde migratoire en France », 4 avril 2021, [Lien](https://micheletribalat.fr/435108953/449290120) ↩︎
  • INSEE, Indicateur conjoncturel de fécondité en 2024, 2025, [Lien.](https://www.insee.fr/fr/statistiques/2012734) ↩︎
  • Élisabeth Algava et Nathalie Blanpain, INSEE, « 68,1 millions d’habitants en 2070 : une population un peu plus nombreuse qu’en 2021, mais plus âgée », 2021, Lien. ↩︎
  • INSEE, « Indicateur conjoncturel de fécondité en 2025 », 2026, [Lien.](https://www.insee.fr/fr/statistiques/2012734) ↩︎
  • Discours au European Atlantic Council, 14 octobre 2009, Lien ↩︎
  • INSEE, « La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations », 2022, Lien. ↩︎
  • INSEE, « Echantillon démographique permanent », 2026, [Lien.](https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/serie/s1166) ↩︎
  • INSEE, « Pyramide des âges au 1er janvier 2025 », [Lien.](https://www.insee.fr/fr/outil-interactif/5014911/pyramide.htm#!y=2025&a=25,32&c=0) ↩︎
  • INSEE, « Bilan démographique 2023 », 2024, Lien. ↩︎
  • INSEE, « Fécondité, immigrés et descendants d’immigrés », 2023, Lien. ↩︎
  • Au sens de la statistique publique française : personnes nées étrangères à l’étranger, qui vivent en France. ↩︎
  • INSEE, « Immigrés et descendants d’immigrés », 2023, Lien. ↩︎
  • INSEE, « Bilan démographique 2023 », 2024, Lien. ↩︎
  • Voir Didier Raynaud (INSEE), « La fécondité des femmes issues de l’immigration », in _Trajectoires et Origines_ _2,_ INED Editions, 2026 | [Lien.](https://www.insee.fr/en/statistiques/7232020?utm_) ↩︎
  • Direction Générale du Trésor, #TrésorEco, n° 275, 2021 [Lien.](https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/0aedd999-fc50-4533-98af-063144a42a54/files/b5428cf3-e5dd-41d2-90de-ca97b181c834) ↩︎
  • INSEE, « L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers », 2025, [Lien.](https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212#flux_radio2) ↩︎
  • INSEE, « L’essentiel sur… les immigrés et les étrangers », 2025, Lien. ↩︎
  • INSEE, « Entre 2006 et 2023, le nombre d’immigrés entrés en France augmente et leur niveau de diplôme s’améliore », 2025, Lien. ↩︎
  • Assemblée nationale, réponse à la question écrite n° 4690, 5 août 2025 | [Lien](https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-4690QE.htm) ↩︎
  • INSEE Première no 2107, publié le 04/06/2026 | Lien ↩︎
  • Voir Nicolas Pouvreau-Monti, « Les administrations de l’État sont incapables de dire combien d’immigrés arrivent, chaque année, en France », Le Figaro, 1er juillet 2026| [Lien](https://www.lefigaro.fr/vox/societe/nicolas-pouvreau-monti-les-administrations-de-l-etat-sont-incapables-de-dire-combien-d-immigres-arrivent-chaque-annee-en-france-20260701) ↩︎
  • Agence Française de Développement, papier de recherche, « Global Migration in the 20th and 21st Centuries: the Unstoppable Force of Demography », [Lien.](https://www.afd.fr/sites/default/files/2017-11/pr_55_Global%20Migration%20in%20the%2020th%20and%2021st%20Centuries_DAO_DOCQUIER_MAUREL_SCHAUS.pdf) ↩︎
  • Agence Française de Développement, _op. cit._ ↩︎
  • INSEE, « Combien les femmes immigrées ont-elles d’enfants ? », 2023, [Lien.](https://www.insee.fr/fr/statistiques/6801884?utm) Figure. 6. ↩︎
  • G1 : Immigrés | G2 : Enfants d’immigrés | G3 : Petits-enfants d’immigrés ↩︎
  • OCDE, _Perspectives des migrations internationales_, 2025, [Lien.](https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-des-migrations-internationales-2025_695789d1-fr/full-report/france_4863c606.html) ↩︎
  • Lire Gérard François-Dumont, « Pour une renaissance de la politique familiale : liberté, lisibilité et pérennité », OID-Fondapol, 2024. ↩︎
  • INSEE, « Immigrés et descendants d’immigrés », 2023, Lien. ↩︎
  • INED, « Indicateur conjoncturel de fécondité », 2024, [Lien.](https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres/europe-pays-developpes/indicateurs-fecondite/) ↩︎
  • INSEE, « Immigrés et descendants d’immigré », 2023, Lien. ↩︎

Source : observatoire-immigration.fr

21 août 2026calf-mc

Frontex : sortir des impasses politiques pour créer un «bouclier aux frontières »

Présentation de l’auteur

À sa sortie de l’École Nationale Supérieure de la Police, le commissaire général de police Fernand Gontier fait le choix de la Police de l’Air et des Frontières. Son parcours est marqué par une forte dominante opérationnelle et consacre 37 années à la lutte contre l’immigration irrégulière et le contrôle des frontières dont 26 ans dans les services territoriaux de 1985 à 2007, puis 15 ans en administration centrale à la Direction centrale de la Police aux frontières (DCPAF) dont 5 ans à la tête de la DCPAF de 2017 à 2022.

Il est l’auteur d’un livre publié en 2024 : _La face cachée de l’immigration_ aux éditions Baudelaire, en collaboration avec Miss Konfidentielle, journaliste police-justice. Il dresse un état des lieux de l’immigration notamment irrégulière et formule des propositions concrètes sur la base de son vécu professionnel au plus près de la réalité des flux migratoires et au niveau stratégique sous la direction de différents cabinets ministériels.

Introduction

La frontière est la limite extérieure du territoire sur lequel un État exerce sa souveraineté. Depuis 1985, une approche sans précédent a été établie en Europe, en distinguant des « frontières extérieures » aux Etats membres de l’espace Schengen, avec les pays tiers, et des « frontières intérieures » ou « limites territoriales » entre Etats membres.

La volonté des pays fondateurs de Schengen était de supprimer les contrôles à leurs frontières communes, de les reporter aux limites de l’espace Schengen et de lutter contre l’immigration irrégulière et la criminalité transfrontalière.

Cette distinction n’est pas toujours bien comprise dans l’opinion publique surtout lorsque les États Schengen décident de rétablir des contrôles à leurs frontières intérieures. Si ces derniers relèvent bien de leur compétence exclusive, s’agissant des frontières extérieures, la compétence de chaque État membre devient communautaire et s’exerce au bénéfice de tous les États parties prenantes aux accords. Cette compétence est normée par un « code frontières » sous la forme d’un règlement directement applicable dans chaque État et qui encadre les contrôles aux frontières extérieures (conditions, vérifications, refus d’entrée, rôle des garde-frontières, etc.).

La France est l’un des 5 pays fondateurs, mais désormais 29 pays appartiennent à cet espace commun, rendant la gouvernance plus complexe. L’espace Schengen permet ainsi à plus de 450 millions de personnes de circuler librement entre les pays membres sans passer par des contrôles aux frontières1. Chaque jour, environ 3,5 millions de personnes franchissent des frontières intérieures2 et près de 1,7 million de personnes résident dans un pays de l’espace Schengen tout en travaillant dans un autre3.

L’histoire de Schengen démontre une évolution chaotique où les questions de sécurité ont été sous-estimées et peu anticipées. Ainsi les mesures compensatoires à la levée des contrôles aux frontières intérieures ont été progressives, insuffisantes et surtout tardives. Par exemple, si la mise en œuvre effective des accords n’est intervenue qu’en 19954, soit 10 ans après la signature des accords, il fallut attendre encore 3 ans pour commencer à évaluer l’effectivité des contrôles aux frontières extérieures et leur conformité aux règles communes. La première évaluation de la France date de 20025…

En vérité sur l’immigration et le contrôle des frontières, l’Europe n’a jamais eu d’approche globale : comment peut-on décorréler les questions de frontières, d’immigration irrégulière, de lutte contre les trafics de migrants et des fraudes associées, de l’asile, des retours, des règles de séjour etc… ? Tous ces aspects apparemment différents ne sont que les facettes du même sujet, que l’Europe aborde séparément, successivement et encore par petites touches. Une politique des « petits pas » face à une réalité plus rude et à des enjeux majeurs.

Pour assister et soutenir les États membres dans leur mission de contrôles aux frontières, il faudra attendre encore 7 ans la création de l’actuelle agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, communément baptisée _Frontex_.

Cette agence européenne bénéficie aujourd’hui de moyens financiers, logistiques et humains importants censés répondre à toutes les situations notamment de crise avec des mandats qui ont été progressivement élargis.

Pour autant bénéficions-nous enfin d’un « produit fini » ou Frontex reste-t-elle encore un instrument perfectible apte à répondre aux flux actuels, aux nouveaux défis technologiques ou encore à une guerre hybride ?

La montée en puissance de l’agence pose également la question de la compétence partagée avec les États membres : Frontex sera-t-elle à terme une police fédérale des frontières ou, comme c’est le cas aujourd’hui, une force auxiliaire, agile et équipée qui soutient des états-nations souverains ?

1 – FRONTEX : UNE FORCE SUPRANATIONALE EN CONSTANTE ÉVOLUTION

1. Aux origines de Frontex

Basée à Varsovie, Frontex assiste les États membres de l’Union européenne (UE) et de l’espace Schengen dans la gestion opérationnelle des frontières, le soutien aux États membres et la participation à la politique de retour.

Elle assure des missions de surveillance et de contrôle des frontières extérieures (terrestres, maritimes, aériennes), y compris par des opérations conjointes et des interventions rapides aux frontières.Elle est tenue de respecter les droits fondamentaux, notamment le principe de non‑refoulement (interdiction de renvoi vers des pays présentant un risque de persécution) et l’obligation de porter assistance aux personnes en détresse en mer.

Elle collecte, analyse et partage des informations sur les flux migratoires et les menaces (trafics, criminalité organisée, terrorisme) afin d’anticiper les risques.

Elle appuie les États membres dans les procédures de retour des personnes en séjour irrégulier, avec une assistance opérationnelle et logistique. Elle est l’une des plus importantes agences de l’UE, avec un mandat en constante extension et un budget en forte croissancedepuis 2010 et surtout 2015.

Frontex dispose d’un conseil d’administration composé de représentants des États membres de l’UE et de la Commission européenne. Elle est régie par un règlement européen spécifique, révisé à plusieurs reprises (notamment en 2011, 2016 et 2019) afin d’élargir ses missions et ses moyens.

2. Un mandat de plus en plus étendu

Créée en 2004 mais opérationnelle en 2005, il faudra attendre le Règlement (UE) 2016/1624 pour voir ses capacités d’intervention rapide augmentées, au-delà de la simple coordination, pour permettre des interventions rapides aux frontières. Ce règlement a également renforcé les capacités en matière de retour.

Ce règlement prévoit que l’agence peut désormais acquérir ses propres équipements techniques, co-posséder des équipements avec un État membre, louer du matériel opérationnel ou de transport, gérer un pool d’équipements techniques mis à disposition pour les opérations.

Les moyens propres correspondent notamment à des navires de patrouille, des avions et des hélicoptères de surveillance, des drones, des véhicules terrestres, des équipements de surveillance des frontières, des systèmes informatiques et de renseignement.

Ces équipements sont achetés et possédés directement par l’agence, puis déployés dans les opérations aux frontières extérieures de l’UE.

Selon le règlement de 2016, l’agence ne peut intervenir sur le territoire d’un État membre sans son accord, mais il prévoit des mécanismes qui réduisent fortement la marge de manœuvre d’un État en cas de crise aux frontières. ​Les opérations conjointes et interventions rapides aux frontières sont, en principe, organisées à la demande d’un État membre ou avec son consentement explicite via un plan opérationnel conclu entre l’Agence et l’État concerné.​

L’Agence n’a pas, en droit, de compétence générale pour déployer des équipes ou exercer des pouvoirs de contrôle aux frontières en dehors d’un cadre approuvé par l’État d’accueil (plan opérationnel, accord sur le statut, etc.).​ Le règlement introduit toutefois un dispositif pour les « situations exigeant une action urgente »6 : si un État confronté à une pression migratoire particulière ne demande pas l’appui nécessaire ou ne met pas en œuvre l’appui proposé, la Commission peut proposer au Conseil une décision listant les mesures à mettre en œuvre par l’Agence et imposant à l’État membre de coopérer avec elle.​

Si l’État ne coopère pas dans les 30 jours, la Commission peut déclencher la procédure qui permet aux autres États de réintroduire des contrôles aux frontières intérieures pour protéger le fonctionnement de Schengen7.​

Autrement dit, Frontex n’agit pas « sans accord explicite des États » au sens où elle serait libre de s’implanter contre la volonté d’un État, mais le règlement 2016/16248 met en place un système de responsabilité partagée et de pression juridique et politique (décision du Conseil, risque deréintroduction de contrôles intérieurs) pour contraindre l’État réticent à accepter l’intervention de l’Agence.

Mais c’est surtout le règlement (UE) 2019/18969, adopté après la crise migratoire de 2015 qui amorce un véritable tournant pour doter l’agence de moyens nouveaux notamment en créant un corps permanent de 10 000 agents opérationnels10 d’ici 2027.

Son mandat est à nouveau renforcé avec des compétences accrues en matière de surveillance des frontières, de lutte contre la criminalité transfrontalière et de procédures de retour. La possibilité pour ses agents de porter des armes de service et d’exercer des pouvoirs exécutifs – c’est-à-dire exercer directement des prérogatives de puissance publique11 – est actée à cette occasion. Les agents Frontex, en uniforme et armés, exercent désormais des pouvoirs exécutifs sur le terrain, comme les contrôles aux frontières de première ligne, sous l’autorité de l’État membre hôte. Ils peuvent effectuer des vérifications, des escortes pour exécuter les retours et procéder à des mises à disposition auprès des autorités locales mais ne peuvent exercer des missions privatives de liberté ou encore procéder à des enquêtes administratives ou judiciaires.

L’agence doit désormais établir une stratégie technique et opérationnelle pour la gestion intégrée des frontières extérieures. Le règlement renforce par ailleurs le rôle du délégué aux droits fondamentaux et impose des contrôleurs (monitoring) pour vérifier la conformité de ses activités.

Frontex est une agence chargée de la protection des frontières qu’elle assume directement sur le territoire d’un État membre et en liaison avec ce dernier mais aussi en exerçant une surveillance sur les conditions d’effectivité et de conformité des contrôles aux standards européens.

Cette double fonction peut susciter des réserves dans les demandes de soutien à l’agence, afin d’éviter un contrôle jugé paralysant pour l’efficacité opérationnelle.

Certains États peuvent ainsi craindre qu’une demande de soutien n’entraîne une forme de supervision ou de surveillance susceptible de compromettre l’action de leurs forces de contrôle des frontières.

Cette réticence est d’autant plus marquée que le contrôle des frontières extérieures demeure un attribut essentiel de la souveraineté étatique. Dans cette perspective, certains gouvernements peuvent privilégier des réponses nationales afin de conserver une maîtrise complète de leurs choix opérationnels et d’éviter ce qu’ils pourraient considérer comme une ingérence dans leurs politiques migratoires et de gestion des frontières.

Le mandat de 2019 intègre également l’échange d’informations entre Etats membres pour améliorer la surveillance des frontières extérieures via le dispositif Eurosur (pour _European Border Surveillance System_) afin de détecter l’immigration irrégulière vers l’UE, lutter contre le trafic d’êtres humains, la criminalité transfrontalière et contribuer au sauvetage des migrants en danger, notamment en mer.

Eurosur compile plusieurs technologies et sources d’information (satellites, drones et avions de reconnaissance, capteurs côtiers et radars) et les données partagées entre pays européens sous forme de rapports.

Les informations sont centralisées et partagées via des centres nationaux (NCC _National Coordination Center_) et par _Frontex_, qui coordonne l’ensemble du système.

3. Des effectifs et un budget en forte croissance

Des effectifs en pleine expansion :

L’agence emploie directement 2100 agents originaires de 29 pays dont la plupart travaillent à Varsovie12. Une partie de ces effectifs est détachée par les États membres pour quelques années et sont notamment chargés de l’analyse des risques, de l’élaboration de standards communs d’entraînement, de la coopération internationale ou encore des affaires juridiques et des droits fondamentaux.

Les États membres fournissent également à _Frontex_ les moyens humains à déployer sur le terrain. En moyenne, pour l’ensemble de ses missions, l’agence déploie en continu entre 1 200 et 1 500 agents en Europe, détachés de leurs pays pour quelques semaines ou quelques mois. L’agence dispose également d’une « réserve de réaction rapide », composée de 1 500 agents que les États européens sont tenus de placer en réserve en permanence, selon une [répartition proportionnelle](https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/MEMO_16_3308) au « poids » de chaque État. En situation de crise ou d’urgence aux frontières extérieures, Frontex peut ainsi déployer, en plus des agents qui le sont régulièrement dans ses opérations, ces garde-frontières, douaniers et experts en quelques jours.

Les agents statutaires de Frontex (ou corps permanent) qui devraient atteindre 10 000 agents d’ici 2027 sont divisés en 3 catégories13 :

  • Catégorie 1 : Agents employés directement par Frontex : 3000 agents

  • Catégorie 2 : Personnel détaché à long terme par les États membres sur une base obligatoire proportionnelle au poids de chaque pays

  • Catégorie 3 : Personnel déployé par les états membres pour des missions de courte durée

En juillet 2024, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a affirmé vouloir tripler le nombre de garde-frontières et de garde-côtes européens pour les porter à 30 00014, sans précision de leur emploi précis.

Les agents, contrairement à une idée reçue, ne sont pas systématiquement des policiers de la Police aux Frontières : on trouve par exemple pour la France des douaniers, des militaires de la Marine nationale, des gendarmes, des CRS, des policiers de divers services.

Dans le cadre de l’estimation de ses besoins pour une mission opérationnelle, Frontex sollicite des agents disposant d’un profil technique. Sont notamment concernés les garde-frontières, les garde-côtes, les agents d’escorte, les spécialistes de la fraude documentaire, les agents chargés du screening (identification, prise d’empreintes, contrôle de sécurité, etc.), les agents en charge du débriefing (entretiens portant sur le parcours migratoire, les réseaux de passeurs, etc.), les agents de surveillance, ainsi que les agents spécialisés dans la prise d’empreintes.

On compte plus d’une dizaine de profils. Les agents français sont très sollicités, appréciés au regard de leurs compétences, de leur polyvalence et de leur réactivité. Notre pays est l’un des premiers contributeurs au fonctionnement de Frontex.

Les moyens de ses ambitions :

Les moyens financiers de Frontex augmentent constamment. Son budget était de 1,1 milliard d’euros en 202515, contre 364 millions en 202016, et 6 millions en 2005, ce qui en fait l’agence opérationnelle la mieux dotée de l’Union européenne.

6,4 milliards d’euros sont prévus pour Frontex sur la période 2021-2027, contre 2,4 milliards d’euros de 2014 à 2020.

Du matériel et des technologies de pointe :

Même si Frontex peut acquérir son propre matériel, y compris des navires et avions depuis 2019, dans les faits, les États membres mettent souvent ces derniers à disposition de l’agence, moyennant le remboursement des coûts de déploiement. Ces moyens concernent des véhicules terrestres pour patrouiller dans les zones frontalières difficiles (forêts, montagnes), des camions et bus pour le transport du personnel et des migrants secourus, des véhicules équipés de caméras thermiques pour détecter des personnes la nuit, des moyens aériens (avions de reconnaissance, hélicoptère, des drones) et des moyens maritimes (patrouilleurs, intercepteurs, navires de recherche et sauvetage).

En outre, les technologies de surveillance sont déployées : caméras thermiques et infrarouges, radars côtiers et maritimes, systèmes de satellites et d’imagerie et des tours de surveillance mobiles.

Une organisation entre action, contrôle… et bureaucratie :

L’organigramme de l’agence comprend un directeur exécutif, assisté par trois directeurs exécutifs adjoints ayant chacun un domaine de responsabilité spécifique dont l’administration et la gestion de l’information, la planification opérationnelle et les retours et le développement des compétences (sélection et formation du contingent permanent). L’agence est organisée en divisions et unités spécialisées pour remplir ses missions de surveillance et de coordination dont par exemple, la Division de l’analyse des risques, qui surveille et décrypte les routes migratoires pour fournir des prévisions aux États membres ou encore la division Stratégie, Gouvernance et Relations Extérieures (STRAT) qui supervise l’intégration des processus stratégiques et la coopération internationale.

Un conseil d’administration, composé de représentants des autorités frontalières des États membres de l’UE et de la Commission européenne définit les priorités stratégiques et adopte le budget. Un bureau de gestion exécutive appuie la direction dans la coordination transversale des activités.

L’Office Européen de Lutte Antifraude a enquêté sur des allégations de « _pushbacks_ » de migrants, mais cette notion n’ayant aucune existence juridique propre, la base juridique utilisée par l’OLAF pour s’en saisir a été la suspicion de violation des droits fondamentaux des migrants, notamment du principe de « non-refoulement ». L’interprétation par l’UE de ce principe du droit international est notamment exposé dans le Règlement (UE) n° 656/2014.

Si ce dernier permet en théorie de reconduire les personnes dans un port d’un pays tiers extra-européen, il fixe des conditions pratiquement impossibles à réunir :

  • Le pays tiers doit être reconnu comme sûr par l’Etat membre qui accueille l’opération de Frontex ;

  • Chaque concerné doit recevoir notification dans une langue qu’il comprend ;

  • Chacun peut opposer le principe de non refoulement au fait d’être débarqué dans le pays tiers envisagé.

Il peut donc être considéré comme un obstacle à une protection efficace des frontières – et mériterait une application réservée uniquement aux pays tiers non sûrs.

Il peut donc être considéré comme un obstacle à une protection efficace des frontières – et mériterait une application réservée uniquement aux pays tiers non sûrs.

Pour répondre aux critiques sur son action, Frontex a intégré des mécanismes de contrôle interne dont l’officier aux droits fondamentaux (ODF) qui promeut et surveille le respect des droits de l’homme dans toutes les opérations et le Délégué à la protection des données veille au respect et à la mise en œuvre des législations de l’UE en matière de protection des données personnelles.

Des contrôles externes sont également mis en œuvre par l’OLAF lui-même, la Médiatrice européenne, la Cour de justice de l’Union européenne et la Cour des comptes européenne. On peut également ajouter le Parlement européen et la Commission Européenne.

Bien que Frontex coordonne les opérations, la responsabilité opérationnelle directe incombe souvent aux États membres (comme la Grèce ou l’Italie). Cette dualité crée une « zone grise » juridique sur la responsabilité de chacun en cas de violation des droits. Le contrôle est également assuré sur les Etats membres par Frontex qui dispose d’officiers de liaison17 auprès des opérations, donc notamment des forces nationales, et qui sont également chargés de rendre compte des besoins en matière de gestion des frontières et facilitent le déploiement des équipes Frontex.

Des études de vulnérabilité18 conduites sur les Etats membres constituent par ailleurs un mécanisme d’évaluation qui vise à analyser la capacité des États membres à faire face aux défis liés à la gestion des frontières (pression migratoire, sécurité, etc.) et notamment à identifier les faiblesses dans les systèmes nationaux de contrôle des frontières, à évaluer la capacité de réaction face à des situations de crise (arrivées massives, trafics, etc.), à garantir que les États respectent les normes européennes communes et à renforcer la préparation et la résilience globales de l’UE dans la gestion intégrée des frontières.

Ce « _reporting_ » ou suivi permanent, particulièrement lourd et contraignant pour les Etats membres, génère des comptes rendus et des tableaux statistiques mensuels et donne le sentiment d’une bureaucratie tatillonne et souvent doublonnée avec les évaluations Schengen, coordonnées par la Commission Européenne : un peu d’ordre et de simplification seraient nécessaires.

2 – DES MISSIONS MULTIPLES – À L’EXCÈS ?

Les demandes les plus fréquentes et communément perçues concernent les situations liées à un flux migratoire d’importance, pour lequel le pays demandeur sollicite de l’aide lorsque ses moyens nationaux sont insuffisants, par exemple pour gérer une forte arrivée de migrants ou de demandeurs d’asile, renforcer la surveillance des frontières (terrestres ou maritimes), organiser des opérations de retour pour les personnes en situation irrégulière avec des vols affrétés ou encore recevoir un soutien technique ou du personnel spécialisé (détection de la fraude documentaire, prise d’empreintes…).

La forme de la demande est généralement effectuée par le gouvernement du pays concerné et inclut le type de mission, la zone géographique concernée, la durée prévue de l’opération et les ressources nécessaires (agents, drones, navires, etc.).

C’est ici qu’intervient aussi, avant toute saisine un élément d’appréciation de politique interne et externe à l’Etat hôte : l’opportunité de recevoir les renforts d’une force non nationale qu’il faut encadrer mais aussi parfois un aveu de faiblesse lié à une perception d’incapacité à gérer une situation avec ses moyens propres, l’éventualité d’être évalué sur son organisation, ses pratiques, la crainte des remontées éventuelles de l’officier des droits fondamentaux, la volonté de traiter uniquement en bilatéral avec le pays tiers limitrophe etc…

Certains pays sont réticents à solliciter _Frontex_ pour un certain nombre de motifs non techniques ou alors privilégient une assistance purement logistique ou financière. Cela est parfois dommageable à l’époque où les moyens européens sont en train de croitre. La présence de Frontex peut au contraire consacrer un véritable caractère communautaire aux frontières extérieures.

Par exemple, des pays situés aux frontières extérieures de l’UE comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne ont déjà demandé l’appui de Frontex pour faire face à des arrivées importantes de migrants en Méditerranée ou par l’Atlantique vers les Canaries. Il est vrai que les demandes de Frontex sont essentiellement (en toute logique) maritimes, en raison des flux constatés, à savoir au moins 80 %19 selon les années sur ce seul vecteur.

Une fois la demande acceptée, l’agence peut déployer des équipes d’intervention rapide (Rabits), fournir des équipements et des technologies de surveillance ou encore coordonner les actions entre plusieurs pays de l’UE.

1. Contrôler les frontières : une mission centrale, rendue difficile par les actuelles règles de « non-refoulement »

Il s’agit de la mission essentielle de _Frontex,_ dont le niveau d’attente est prioritaire.

On peut citer parmi les opérations majeures : l’opération Thémis20 en Méditerranée centrale (principalement au large de l’Italie), lancée en 2018 avec pour objectif la surveillance des espaces maritimes de l’UE, la détection des embarcations de migrants , la collecte de renseignements sur les trafiquants de migrants et le soutien logistique aux autorités italiennes, l’opération Poséidon21 lancée en 2006 sur la frontière maritime entre la Grèce et la Turquie , l’opération Hera dans l’Atlantique, près des îles Canaries (Espagne) pour empêcher les traversées clandestines depuis l’Afrique de l’Ouest , développer la coopération avec des pays comme le Sénégal ou la Mauritanie , assurer la surveillance maritime et procéder à des interceptions , l’opération Indalo sur les côtes sud de l’Espagne pour entraver les routes migratoires entre Afrique du Nord et Espagne , l’opération Minerva sur les ports espagnols (Algésiras, Tarifa…) pour le contrôle des passagers et véhicules et la détection de migrants cachés dans les ferries ou camions.

Dans toutes ses principales interventions, la question des missions maritimes est au cœur du rôle de Frontex : l’agence est-elle un service de sauvetage en mer ou un service de protection des frontières européennes ? « Les deux mon capitaine » pourrait-on dire, mais comment ?

Si l’action de sauvegarde des vies humaines est un principe absolu en droit maritime international22 au moins depuis la Convention de Bruxelles de 1910 en son article 11 ; en revanche il serait tout à fait admissible de revoir le principe absolu de non-refoulement en le limitant à des pays tiers non sûrs.

En effet, en l’état actuel du droit européen, un navire en perdition doit être reconduit non pas à la côte la plus proche mais dans un port de l’État lui ayant porté secours. De là découle une habitude des passeurs de migrants consistant à armer des navires insuffisants pour la traversée envisagée en comptant sur les autorités des pays européens pour terminer la traversée. Les pays européens sont même tenus, contrairement aux dispositions du droit international de la mer, d’appliquer le principe de non-refoulement y compris dans le cadre des sauvetages dans des eaux non territoriales23.

En outre, pour la CEDH, le principe de non-refoulement s’applique également dans le contexte d’un refus d’admission sur le territoire et non seulement d’un éloignement, de sorte qu’il s’apparente à une obligation de laisser entrer24.

La CEDH a beau rappeler que la CESDH ne protège pas en tant que tel le droit d’asile, force est de constater que la jurisprudence impose en principe de laisser entrer sur le territoire, sans pouvoir les éloigner par la suite, des étrangers dès lors qu’ils pourraient courir un risque réel d’être soumis à des traitements inhumains ou dégradants, indépendamment du fait qu’ils soient susceptibles, s’ils en font la demande, de remplir les conditions du droit d’asile. Comme l’écrit la CEDH, la Convention « _englobe l’interdiction du refoulement au sens de la Convention de Genève _» – c’est-à-dire qu’elle est plus large25. Le principe de non-refoulement est renforcé par l’interdiction des « expulsions collectives ».

Le règlement UE n°656/2014 permet certes, en théorie, de débarquer dans un pays tiers hors UE les migrants secourus par Frontex ; mais les conditions posées sont en pratique très difficiles à réunir. C’est notamment cette architecture législative européenne qui constitue le verrou opérationnel.

Dès lors, le principe de la reconduction dans un port de l’État secourant, tout comme le principe de non-refoulement, nécessiterait d’être revu afin de ne pas faire des garde-côtes des annexes des passeurs. Le Maroc et la Tunisie26 étant considérés comme des pays sûrs, il apparaît raisonnable de retourner les navires en partance de ces pays dans leurs ports de départ.

Le contrôle et la surveillance des frontières maritimes, terrestres ou aériennes sont perçues à juste titre comme la mission principale de Frontex.

Depuis sa création, l’agence est en première ligne dans la lutte contre la fraude documentaire et l’usurpation d’identité. Elle prend en charge le fonctionnement du système en ligne de vérification des documents authentiques et falsifiés (FADO). FADO est un système d’archivage d’images en ligne, conçu pour faciliter le partage rapide d’images de documents authentiques, falsifiés et contrefaits entre les États membres. Il fournit également des informations sur les techniques de falsification utilisées par les criminels.

2. Lutter contre les trafics et la criminalité transfrontalière : une dispersion de l’objet de Frontex

L’agence contribue à la lutte contre la traite des êtres humains en détectant les situations d’exploitation sexuelle, le travail forcé ou l’exploitation des mineurs. Elle transmet ces informations aux autorités nationales ou encore à Europol ou Eurojust. Les agents sont formés pour identifier les victimes potentielles lors des contrôles.

Cette mission s’étend aussi à la lutte contre la contrebande et le trafic illicite de drogues, d’armes, de marchandises. L’étendue de ces missions est extrêmement large peut-être trop, alors que la question migratoire devrait à ce stade être le principal sujet même si personne ne doute de l’intérêt de lutter contre la contrebande de cigarettes ou le trafic de véhicules volés. Ceci est un point de vigilance pour éviter de disperser les ressources et d’embrasser de trop nombreux objectifs.

3. Anticiper les risques aux frontières de l’UE

L’analyse du risque de Frontex évalue les menaces sur les frontières extérieures de l’UE. En l’état actuel, elle identifie la migration irrégulière, la criminalité transfrontalière et les menaces hybrides comme risques principaux27.

L’immigration irrégulière constitue l’élément principal, avec une pression continue sur les frontières orientales et méridionales, exacerbée par l’instabilité au Sahel et au Moyen-Orient. L’agence produit des analyses détaillées et publie les données sur les principales routes migratoires (volumétries, modes opératoires, nationalités, évolutions). Il en est de même s’agissant de la prise en compte des risques liés à la criminalité transfrontalière. Elle intègre désormais les menaces hybrides c’est-à-dire le recours accru de la migration comme outil de pression politique, de désinformation. Il en va ainsi des flux de migrants en provenance du Moyen Orient et dirigés (voire transportés) depuis les pays sources via la Biélorussie vers les pays Baltes ou la Pologne qui visent à déstabiliser l’Union européenne ou certains de ses états membres.

Frontex produit un document stratégique l’_Annual Risk Analysis_ (ARA) qui est le document de référence pour les décideurs politiques en matière de risques frontaliers. Il est conçu sur la base de nombreuses sources dont les analyses produites par les Etats membres selon une méthodologie précise et harmonisée baptisée CIRAM (_Common Integrated Risk Analysis Model_).

De son côté, _Eurosur_, évoqué plus haut est davantage un outil tactique opérationnel permettant d’avoir une vision en temps réel de la situation aux frontières extérieures.

4. L’organisation des retours : un atout encore trop peu exploité par la France

La gestion des retours de migrants en situation irrégulière constitue une mission importante de Frontex même si elle est moins connue que le contrôle aux frontières L’agence soutient les États membres de l’Union européenne dans l’organisation et la coordination de ces retours volontaires ou forcés vers les pays d’origine ou de transit.

Frontex ne prend pas de décision de retour (ce qui relève des États membres), mais l’agence fournit un soutien financier, opérationnel et logistique c’est-à-dire la coordination de vols de retour conjoints entre plusieurs États membres, l’affrètement direct d’avions ou encore la mise à disposition d’escorteurs et du monitoring le cas échéant.

Les vols de retour conjoints, financés à 100 %, permettent de regrouper des migrants provenant de plusieurs pays européens, de réduire les coûts et de fournir des moyens supplémentaires aux pays les moins équipés. Par ailleurs le pavillon européen est plus neutre et plus acceptable politiquement qu’un pavillon national ; qui plus est, reste à la seule charge financière d’un seul Etat organisateur. Ce pan de la mission de Frontex pourrait être davantage exploité par la France, dans la mesure où l’organisation des retours fait souvent face à d’importantes difficultés._Frontex_ organise et finance également des missions d’identification auprès des pays membres : des représentants consulaires des pays tiers viennent par exemple dans les centres de rétention administrative et auditionnent les étrangers non documentés en vue de délivrer un laissez-passer consulaire. Cela permet de regrouper et d’accélérer les éloignements pour des groupes de personnes présumées de même nationalité. De même que pour l’organisation de vols, il serait intéressant pour les états, et spécialement pour la France, de recourir de manière plus systématique à ce service de l’agence.

Les principaux outils et bases informatiques de Frontex liés au retour sont :

  • IRMA (_Integrated Return Management Application_)28 système informatique centralisé pour l’échange d’informations sécurisées, tant stratégiques qu’opérationnelles, sur les retours. Il permet de gérer les besoins des États membres en matière de retours forcés et volontaires, de produire des statistiques mensuelles sur les retours et d’évaluer la coopération des pays tiers en matière de réadmission.

  • FAR (_Application for Return_) utilisé pour le traitement des données personnelles dans le cadre de l’organisation et/ou de la coordination des opérations de retour par Frontex. Il permet de partager les détails des personnes impliquées dans la préparation d’une opération, de transférer les données des personnes retournées et du personnel d’escorte aux transporteurs et d’établir les listes de retour pour les autorités des pays tiers.

  • RECAMAS (_Reference Model for Return Case Management Systems_) pour l’échange des bonnes pratiques.

Pour séduisants qu’apparaissent le volume et la qualité de ces moyens, il faut noter une certaine bureaucratie et des lenteurs parfois incompatibles avec les nécessités du « terrain » et les exigences juridiques au sein de chaque Etat membre. Ainsi, quand il faut deux mois voire plus pour organiser un vol, alors que des interpellations nombreuses justifieraient l’organisation d’un vol en moins d’une voire deux semaines, l’agilité de Frontex reste à parfaire pour éviter de perdre nombre de retours « en cours de route ». L’agence pourrait, au vu de ses moyens, importants et du concours apporté par les différents états, gagner en réactivité dans la mise en œuvre de vols de retour, ce qui bénéficierait largement à la politique migratoire des états membres.

5. Agir en amont grâce aux pays tiers : une stratégie à développer

La coopération de _Frontex_ avec les pays tiers constitue un élément important de la gestion des frontières extérieures de l’UE : il est bien connu que le contrôle aux frontières commence dans les pays source ou de transit afin de prévenir la migration irrégulière, lutter contre la criminalité transfrontalière et améliorer la gestion des frontières.

_Frontex_ agit dans le cadre des politiques de l’Union européenne et en coopération avec les autorités nationales. Avec les pays tiers, l’agence peut échanger des informations et analyses de risques, fournir une assistance technique et une formation aux gardes-frontières, soutenir les opérations de retour et participer à des projets de renforcement des capacités.

Pour déployer des agents dans un pays non-membre, Frontex doit conclure un accord de statut avec ce pays pour déployer des équipes opérationnelles, utiliser des équipements européens et participer à des opérations conjointes aux frontières.

Des accords ont par exemple été signés notamment dans les Balkans29 avec l’Albanie, le Monténégro, la Serbie et la Macédoine du Nord.

Frontex déploie également des officiers de liaison dans certains pays tiers comme la Turquie, le Niger, le Maroc la Bosnie Herzégovine pour faciliter la communication avec les autorités locales, coordonner les actions contre les réseaux de passeurs et suivre les évolutions migratoires régionales.

Par exemple, en 2019, l’Union européenne et l’Albanie ont signé un accord de statut30 permettant à Frontex de déployer des agents sur le territoire albanais. C’était la première opération de Frontex dans un pays non-membre de l’UE. L’opération vise à contrôler la route migratoire des Balkans, utilisée par des migrants venant notamment du Moyen-Orient ou d’Asie pour rejoindre l’Europe occidentale.

Les équipes de _Frontex_ travaillent avec la police des frontières albanaise pour surveiller la frontière entre l’Albanie et la Grèce, patrouiller aux points de passage frontaliers, identifier les migrants et vérifier les documents de voyage, lutter contre les réseaux de trafic de migrants et partager des informations et analyses de risque.

Le soutien de l’agence à des pays tiers coopératifs, permet de prévenir des flux irréguliers à destination de l’Europe depuis les pays sources ou de transit : ces actions devraient se développer dans d’autres pays notamment en Afrique.

6. Former les futurs garde-frontières européens

Les formations de _Frontex_ préparent le personnel du « _Standing Corps_ » (Corps permanent) à la gestion des frontières, au retour, aux droits fondamentaux età la lutte contre la criminalité transfrontalière. Elles incluent des programmes opérationnels, des entraînements spécialisés, et s’appuient sur un réseau d’académies partenaires. 

Les membres de ce corps permanent (agents statutaires et détachés) et les gardes-frontières nationaux améliorent leurs compétences dans le contrôle des documents/véhicules, les droits fondamentaux, les retours, la gestion des frontières, et le sauvetage avec des programmes opérationnels, des formations spécialisées par profil, des cours de langues, et le développement du leadership.

Ces formations se déroulent au sein de l’académie des garde-frontières et garde-côtes qui fonctionne comme un réseau de centres de formation dans plusieurs pays européens avec desacadémies partenaires (_Partnership Academies_), du e-learning, et des entraînements sur site (aéroports, frontières).

_Frontex_ propose par ailleurs un master européen31 spécialisé dans la gestion stratégique des frontières, destiné à former les futurs responsables des systèmes de contrôle des frontières en Europe.

3 – COMMENT FAIRE DE FRONTEX UN VÉRITABLE «* BOUCLIER EUROPÉEN » ? *

L’Europe rencontre des difficultés majeures dans la gestion des questions migratoires ; un manque de cohérence, des dispositifs tardifs et insuffisants. Quand les frontières communes sont juridiquement créées en 1985 mais opérationnelles en 1995 et que l’agence européenne des frontières n’arrive qu’en 2005, de façon limitée, il y a de quoi s’interroger sur l’anticipation et la stratégie européenne.

On peut reprocher aux autorités européennes une approche fragmentée, réactive et limitée du contrôle des frontières, du traitement de l’asile et du retour. Il manque une approche globale, cohérente, volontariste et claire pour fixer le cap :

  • Le pacte migratoire pour la migration et l’asile sera mis en œuvre en juin 2026 soit 11 ans après la crise de 2015 mais avec des lacunes déjà prévisibles,

  • Les systèmes d’information européens (EES et ETIAS) en avril et octobre 2026 après plusieurs années de décalage,

  • Le règlement Retour à venir,

  • Le corps permanent européen sera porté à 10 000 personnels en 2027 contre 500 en 2015 etc…

Pour autant, l’harmonisation entre États membres des critères d’octroi du droit d’asile ou de délivrance des titres de séjour, de durcissement des législations nationales répressives contre les trafiquants de migrants se fait toujours attendre.

En fait, les évolutions se font « en marchant » même si désormais une prise de conscience semble émerger pour prendre les sujets à « bras le corps ».

Frontex n’échappe pas à ce débat : il s’agit dans ce domaine du bras armé de l’Europe mais les risques sont nombreux de ne pas atteindre les objectifs fixés.

Un nouveau règlement européen devrait voir le mandat de Frontex au cours du troisième trimestre 2026. Qu’en sera-t-il ?

1. Recentrer Frontex sur le contrôle des frontière

Frontex est aujourd’hui au croisement de la gestion migratoire, de la sécurité intérieure, de la souveraineté nationale et de l’intégration européenne. La frontière a un double objet : la sécurité publique par le contrôle des migrations et la protection du territoire contre les menaces de conflits.

Les questions de défense nous paraissent hors champ et ne devraient pas lui être confiées. Il en va ainsi de la protection des aéroports, de la lutte anti-drones etc… Qui risquent de la détourner de son objectif initial pour lequel, nous l’avons déjà vu, l’agence peine parfois à avoir la réactivité suffisante.

La tentation existe quand on ne possède pas de défense ou d’armée européenne de vouloir surinvestir sur un corps de garde-frontières.

Cette évolution vers des missions de nature militaire (protection d’aéroports , d’infrastructures sous-marines ou de ports avec l’acquisition de capacités de surveillance par drones et moyens de lutte anti-drones) , souhaitée par un groupe de dix États membres (République tchèque, Croatie, Hongrie, Grèce, Espagne, Lituanie, Malte, Pologne, Roumanie, Slovénie) présenterait un élargissement notable des compétences d’une agence conçue à l’origine pour le contrôle des frontières extérieures, et non pour des fonctions relevant de la sécurité militaire. Elle sera discutée à l’occasion du futur mandat de Frontex, prévue pour fin 2026. Il reste que les questions de défense doivent, à ce stade, rester de la compétence exclusive des nations.

Prioriser la lutte contre l’immigration irrégulière : quand on connait les risques migratoires à l’horizon 2050 voire 2100, en particulier vis-à-vis du continent africain, on ne peut concevoir que Frontex se disperse et se dilue dans des missions variées et multiples comme le trafic de marchandises. Dans un rapport de la Cour des comptes européenne de 202132, il est indiqué : « d’une manière générale, nous avons constaté que le soutien apporté par Frontex aux États membres de l’UE/pays associés à l’espace Schengen dans la lutte contre l’immigration illégale et la criminalité transfrontalière n’était pas suffisamment efficace ».

L’agence _Frontex_ doit prioritairement et dans le respect de la compétence des Etats, soutenir les efforts de contrôle et de maitrise des flux de personnes y compris à l’égard des menaces hybrides par instrumentalisation des migrants.

2. Donner à Frontex les moyens de son ambition

Renforcer les capacités opérationnelles :

  • Accroître les moyens propres (navires, aéronefs, technologies) et les capacités juridiques de leur recours grâce à un règlement européen, afin d’harmoniser les conditions d’emploi des matériels,

  • Déployer des équipes chargées des retours de migrants dans les pays tiers et permettre à Frontex de coordonner ces retours d’un pays tiers vers un autre,

  • Poursuivre le déploiement de missions de prévention des flux irréguliers et la coopération avec les pays tiers pour la gestion des migrations à la source, en particulier dans les aéroports de provenance.

Mieux coordonner l’action européenne :

  • Associer davantage les représentants des États aux décisions de l’agence en évitant que les séances du conseil d’administration ne soient des « chambres d’enregistrement ». La tendance à l’autonomie de l’agence a pu être constatée par le passé.

  • Accroitre les relations avec les autres agences européennes en particulier Europol pour l’échange de données nominatives et biométriques et promouvoir la création d’une structure conjointe de renseignements,

  • Développer des relations étroites avec les services de renseignement des Etats membres, qui ont désormais intégré l’immigration irrégulière comme un facteur de menaces de nos démocraties,

  • Développer la mixité systématique équipes nationales / européennes pour une meilleure intégration des agents de Frontex dans les pays hôtes,

  • Améliorer la communication publique sur les missions et résultats par une plus grande transparence.

Gagner en efficacité :

  • Alléger le _reporting_, la bureaucratie de l’agence et la charge administrative pesant sur les Etats membres et affecter 80% des agents à des missions opérationnelles.

  • Développer les moyens de l’intelligence artificielle, notamment dans la détection de la fraude documentaire et à l’identité, le recours à la reconnaissance faciale, développer des technologies d’identification des migrants (par expertise linguistique, détermination de l’âge …). Ce qui nécessiterait de modifier le droit européen régissant ces sujets.

  • Il conviendrait que Frontex puisse financer l’ensemble des retours par vol commercial.

Adapter le droit aux réalités du terrain :

Le défi consiste à concilier efficacité opérationnelle, respect des droits fondamentaux et responsabilité démocratique. Le rapport annuel d’activité consolidé (CAAR) 2024, publié fin 202533, va dans le bon sens et met en avant une année de transformation de son organisation alignée sur les nouvelles politiques de l’UE et une forte progression de ses actions opérationnelles.

  • Autoriser le recours ponctuel à Frontex sur des frontières intérieures notamment en cas de crise migratoire majeure et de défaillance grave d’un Etat membre sur la gestion de ses frontières extérieures,

  • Étendre les prérogatives juridiques des agents européens notamment pour le prononcé des non-admissions,

  • Harmoniser les missions des officiers de liaison immigration en renforçant leur rôle opérationnel et mutualiser les réseaux des Etats membres et de la commission européenne dans les pays tiers.

3. Donner à la France toutes sa place dans Frontex

Le défi consiste à concilier efficacité opérationnelle, respect des droits fondamentaux et responsabilité démocratique. Le rapport annuel d’activité consolidé (CAAR) 2024, publié fin 202532F[[1]](#_ftn1), va dans le bon sens et met en avant une année de transformation de son organisation alignée sur les nouvelles politiques de l’UE et une forte progression de ses actions opérationnelles.

  • Autoriser le recours ponctuel à Frontex sur des frontières intérieures notamment en cas de crise migratoire majeure et de défaillance grave d’un Etat membre sur la gestion de ses frontières extérieures,

  • Étendre les prérogatives juridiques des agents européens notamment pour le prononcé des non-admissions,

  • Harmoniser les missions des officiers de liaison immigration en renforçant leur rôle opérationnel et mutualiser les réseaux des Etats membres et de la commission européenne dans les pays tiers.

4. Assouplir le principe de non-refoulement

  • Assouplir le principe de non-refoulement pour autoriser les renvois maritimes vers des ports sûrs de pays tiers sûrs ou vers les centres de retour implantés dans des pays tiers sûrs. A défaut Frontex ne pourra pas exercer son véritable rôle de garde-côtes et de garde-frontière européen.

  • Idéalement, il faudrait faire évoluer substantiellement le droit de l’UE pour lever les obstacles, c’est-à-dire à la fois supprimer les dispositions de droit de l’Union néfastes et éventuellement instaurer des dispositions permettant, eu égard au principe de primauté du droit de l’Union, de faire échec aux dispositions du droit international handicapant les États dans la maîtrise de leurs frontières.

  • Deux voies peuvent ainsi être empruntées, alternativement ou en combinaison :

  • Démanteler tout ou partie du droit primaire et du droit dérivé existants en la matière, afin de redonner aux États davantage de marges de manœuvre dans leur politique migratoire ;

  • Transformer ce droit pour donner aux États et à l’Union les moyens d’une politique de refoulement et leur permettre de satisfaire effectivement et pleinement à leurs obligations de surveillance des frontières et d’éloignement des immigrants illégaux. A minima, quelques ajustements pourraient être apportés aux textes européens existants, là où la jurisprudence de la CJUE n’a pas apporté de solution satisfaisante. Ainsi la procédure allégée d’éloignement ouverte par dérogation à la directive retour pourrait-elle être étendue aux immigrants interceptés aux frontières intérieures.

  • European Union, EUR-Lex, [lien.](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/schengen.html?utm_) ↩︎
  • European Commission, Schengen area, 2025, [lien.](https://home-affairs.ec.europa.eu/policies/schengen/schengen-area_en?prefLang=fr) ↩︎
  • Conseil de l’union européenne, L’espace Schengen, [lien.](https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/schengen-area/?utm_source) ↩︎
  • European Union, EUR-Lex, [lien.](https://eur-lex.europa.eu/FR/legal-content/summary/schengen.html?utm) ↩︎
  • Sénat, Circuler en sécurité en Europe : renforcer Schengen, 2017, [lien.](https://www.senat.fr/rap/r16-484/r16-48432.html?utm) ↩︎
  • [lien.](https://eur-lex.europa.eu/eli/reg/2016/1624/oj/eng) ↩︎
  • Ibid. ↩︎
  • Ibid. ↩︎
  • Règlement UE 2019/1896 du parlement européen et du conseil, 2019, [lien.](https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX%3A32019R1896) ↩︎
  • Ibid. ↩︎
  • [Frontex : le contrôle aux frontières extérieures de l’Europe participe à la lutte contre la criminalité organisée au sein de l’espace Schengen – Gendarmerie nationale](https://www.gendarmerie.interieur.gouv.fr/presentation/a-l-international/frontex-le-controle-aux-frontieres-exterieures-de-l-europe-participe-a-la-lutte-contre-la-criminalite-organisee-au-sein-de-l-espace-schengen) ↩︎
  • Unions Européenne, Frontex, [lien.](https://european-union.europa.

Source : observatoire-immigration.fr

9 juil. 2026calf-mc

Immigration et emploi en France : radiographie d’un déficit

Alors que le débat sur « l’immigration de travail » revient sur le devant de la scène à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question de l’intégration effective des personnes issues de l’immigration dans l’activité économique se pose de façon accrue.

Certains constats, longtemps relativisés, sont aujourd’hui établis solidement dans l’espace public – à commencer par ce fait central : en moyenne, les immigrés en France travaillent moins souvent que les non-immigrés. Selon les données mises à disposition par l’INSEE, seuls 63% des immigrés et de 15 à 64 ans occupent effectivement un emploi, contre 69% de la population générale et 71,5% des personnes sans ascendance migratoire.1 Ce taux d’emploi descend à 46% parmi les immigrés récents – comme le révèlent les données d’Eurostat.2

Cependant, les raisons de ce sous-emploi sont rarement évoquées en se fondant sur des chiffres reflétant l’ampleur des phénomènes en jeu. L’objectif de la présente note est donc, après une analyse approfondie des micro-données du recensement de l’INSEE, d’offrir une compréhension plus claire de l’emploi des personnes nées étrangères à l’aune de plusieurs variables souvent présentées comme explicatives : leur âge, leur niveau académique, leurs origines distinctes…

I. Méthodologie

1) Sources

Habituellement, l’« enquête Emploi » conduite par l’INSEE est l’une des pièces centrales du dispositif statistique de connaissance de l’emploi et du chômage. Elle est menée durant toute l’année auprès d’un large échantillon représentatif de l’ensemble des habitants de France.

Cependant, si l’INSEE diffuse des fichiers détaillés, ceux-ci ne contiennent qu’une petite partie des informations collectées. Dans l’édition 2020, la variable permettant de distinguer les Français de naissance (y compris par réintégration), les Français par naturalisation, mariage, déclaration ou option à leur majorité, et les étrangers était encore disponible – mais sans aucune information supplémentaire. Depuis l’édition 2021 ces informations ne sont plus disponibles. Une version anonymisée de la base existe bien avec ces informations mais n’est pas libre d’accès.

L’accès transparent à cette enquête aurait permis de mener des études plus approfondies encore sur les immigrés, leurs descendants, et leur rapport à l’emploi. En l’absence de mise à disposition des données de l’enquête Emploi, le recensement de la population est la seule source ouverte accessible, utilisable et probante – c’est donc celle que nous utiliserons dans la présente étude. Nous utiliserons les données les plus récentes, qui portent sur l’année 2022.

L’INSEE explique les apports et limites méthodologiques du recensement à travers sa documentation.3 En particulier, le recensement est une moyenne sur cinq ans – ce qui peut lisser certains effets conjoncturels. Par ailleurs, la définition de l’emploi est légèrement différente de celle retenue par le Bureau International du Travail (BIT) et dans l’enquête Emploi.

2) Population étudiée

La présente étude se fonde sur la notion de « nationalité à la naissance » et non celle d’immigré. Ces deux approches sont très proches, sans se confondre : tous les immigrés sont étrangers à la naissance (par définition), mais tous les étrangers à la naissance ne sont pas immigrés.

La notion d’étrangers à la naissance englobe donc l’ensemble des immigrés et des personnes nées en France de deux parents étrangers – l’acquisition de la nationalité française n’intervenant, pour celles-ci, qu’à l’âge de la majorité ou dans les années qui la précèdent.

Celle-ci nous présente donc le mérite d’offrir un suivi plus exhaustif des réalités de l’intégration sur le marché du travail des différentes populations _issues de l’immigration_.

Le tableau ci-dessous donne une photographie de la composition de la population de la France en 2022, suivant le croisement de ces différents critères.

Nationalité à la naissance et statut des personnes au regard de l’immigration

Lecture : « En France, 48,8% des personnes nées d’une nationalité nord-africaine sont à la fois immigrées et étrangères, 36,5% sont des immigrés devenus Français par acquisition, 8,3% sont étrangères non-immigrés et 6,5% sont françaises par acquisition sans être immigrées »

II. Par nationalité de naissance, par âge et par sexe : les vérités de l’emploi en France

Niveau d’emploi* par nationalité de naissance

_*Au sens de cette étude (cf. infra) : part des personnes âgées de 15 ans et plus, hors étudiants et retraités, qui sont des actifs ayant un emploi – y compris sous apprentissage._

Pour la première fois, notre analyse des micro-données du recensement permet de mesurer la part des personnes en emploi sur le territoire français par nationalité de naissance détaillée. En effet, les données publiques de l’INSEE disponible à ce sujet procèdent souvent à des regroupements larges et parfois peu cohérents (« Maroc et Tunisie », « Afrique guinéenne et centrale », « Europe du Sud », « Autres pays d’Asie »…) suivant la variable migratoire4, qui ne donnent pas à saisir la grande diversité des comportements économiques selon les origines.

Les dix nationalités dont les ressortissants à la naissance sont le plus en emploi :

Les Portugais de naissance sont la nationalité de naissance la plus au « travail ». Ils sont les seuls dont le niveau d’emploi est supérieur – de deux points – à celui des Français de naissance. Il est à noter que la quasi-totalité des nationalités du « top 10 » se situent en Europe de l’Ouest, à l’exception des Canadiens de naissance (6èmes) aux effectifs limités ainsi que des Libanais (10èmes). Les 9 premières appartient au « monde occidental ».

Les nationalités de naissance non-occidentales les plus souvent en emploi se situent donc en 10ème place (Libanais) puis 11ème avec les personnes nées chinoises puis colombiennes, cambodgiennes et vietnamiennes dont environ 72% occupent effectivement un travail.

Les dix nationalités dont les ressortissants à la naissance sont le moins en emploi :

_NB : nous écartons de ce classement les nationalités regroupées dans le recensement INSEE sans possibilité de ventilation de notre part (ex : « nationalités des Caraïbes » hors Haïti)._

Certains de ces chiffres sont à étudier avec précaution, dans la mesure où des nationalités ne comptant que peu de ressortissants à la naissance peuvent souffrir de biais dans leurs résultats. Par exemple : si elles comptent une large part d’expatriés (voués à rester quelques années seulement), dont les conjoints les accompagnent sans travailler eux-mêmes. Il apparaît probable que ce soit le cas des Japonais de naissance, dont seuls 65,2% occupent un emploi.

Il n’en demeure pas moins que ces données, présentées pour la première fois, attestent des forts écarts d’intégration dans l’emploi qui existent selon le profil géographique des personnes issues de l’immigration – immigrées ou nées en France de deux parents étrangers.

Taux d’emploi par âge : un déficit des étrangers de naissance au long de la vie

Ici, le mode de calcul du taux d’emploi retenu consiste à réaliser la proportion suivante, suivant la méthode de l’INSEE : _personnes en emploi / ensemble de la population de la classe d’âge._

Cette approche apparaît particulièrement utile pour « tester » une hypothèse souvent avancée dans le débat public, selon laquelle le déficit d’intégration d’emploi ou le sur-chômage observables dans certaines populations issues de l’immigration seraient essentiellement explicables par une différence dans les structures d’âge – celles-ci étant plus jeunes en moyenne que la population générale, elles seraient plus souvent en études et pâtiraient plus souvent de la latence d’insertion dans le marché du travail inhérente aux primo-actifs.

Taux d’emploi brut (15-64 ans) selon l’âge et la nationalité à la naissance

Lecture : 85% des Français de naissance, âgés de 35 à 44 ans sont en emploi, contre 62% des personnes nées d’une nationalité nord-africaine.

Le graphique suivant, réalisé d’après les données des taux d’emplois calculés pour chaque âge précis permettent de voir l’évolution des taux d’emplois suivant les groupes de nationalités à la naissance.

Le constant est frappant : à tous les âges de la vie active, les personnes nées étrangères sont nettement moins en emploi que les Français de naissance – à l’exception des personnes nées d’une nationalité d’Europe du Sud (Italie, Portugal, Espagne) qui suivent des trajectoires similaires. Au plus fort des carrières professionnelles (de 25 à 50 ans) : les écarts se situent autour de 20 points entre les personnes nées d’une nationalité du Maghreb et les Français de naissance, de 25 points pour les Turcs de naissance, et entre 10 et 20 points pour les personnes nées avec une nationalité d’Afrique subsaharienne.

À âge égal, le taux d’emploi se différencie donc fortement selon la nationalité à la naissance. Entre 35 et 50 ans : le taux d’emploi des Français de naissance, mais également des Portugais, Italiens et Espagnols de naissance, est de l’ordre de 85 %. _A contrario_, le taux d’emploi des ressortissants d’Afrique du Nord se situe dans une fourchette comprise entre 60 et 65 % pour les mêmes âges – soit un écart de 20 points.

L’évolution des taux d’emploi par âge et par origine migratoire se voit aussi associée à des trajectoires radicalement différentes selon le sexe des personnes concernées.

Taux d’emploi des hommes par âge et nationalité de naissance

Taux d’emploi des femmes par âge et nationalité de naissance

Le constat d’une disparité des taux d’emploi entre les sexes chez les personnes nées d’une nationalité étrangère est tout à fait saisissant. Si les femmes sont, de manière générale, moins souvent en emploi que les hommes, cet écart est devenu minime parmi les Français de naissance (environ 4 points d’écart au pic d’activité des 25-54 ans : 86% chez les hommes, 82% chez les femmes). Il est, en revanche, significativement plus marqué parmi certaines autres nationalités.

Aux âges les plus actifs, le taux d’emploi des Turques de naissance est inférieur de 40 points à celui des hommes nés turcs. Un même déficit de 27 points se constate parmi les femmes nées avec une nationalité du Maghreb, par rapport aux hommes.

Les écarts de taux d’emploi entre Français de naissance et étrangers de naissance sont donc bien plus marqués chez les femmes que chez les hommes. À quarante ans : plus de 40 points d’emploi séparent les taux d’emploi des femmes nées françaises et nées turques. Ce fait apparaît notamment lié à des facteurs culturels et anthropologiques structurant certaines des populations reçues, qui se matérialisent par un fort phénomène de « femmes au foyer ».

Type d’activité selon la nationalité à la naissance de la population entre 15 et 64 ans

Cependant, cette disparité par sexe ne doit pas faire oublier que, même chez les hommes nés de nationalités étrangères, le sous-emploi demeure notable – particulièrement pour les nationalités déjà évoquées chez les femmes : maghrébines, turque et subsahariennes. Entre les hommes nés français et ceux nés d’une nationalité de pays africains (Maghreb et hors-Maghreb), par exemple : une différence globale de 10 à 20 points demeure.

Une première phase peut être décelée entre 15 et 25 ans, caractérisée par un taux d’emploi faible s’expliquant très largement par la part des jeunes en études. Entre 25 et 54 ans le taux d’emploi est maximal – on constate un plateau haut sur les courbes – puis celui-ci diminue après 55 ans avec les difficultés d’emploi liés aux fins de carrières et, à partir de 60 ans, du fait des départs à la retraite.

Le fait que les taux d’emploi des personnes nées étrangères s’élève au-dessus des Français de naissance au-delà de 60 ans pourrait s’expliquer par des débuts de cotisations plus tardifs (certaines d’entre elles n’ont pas entamé leurs carrières en France) donc des droits décalés à la retraite. De même, l’emploi informel n’ouvrant pas de droits sociaux, certaines personnes travaillant ou ayant travaillé de manière illicite peuvent être amenées à poursuivre plus tard.

Ces résultats poussent à s’intéresser à la structure par âge des différentes populations.

Les données du recensement montrent que les étrangers de naissance sont particulièrement nombreux entre 30 et 55 ans diversement répartis suivant les origines.

Ainsi, les personnes nées avec une nationalité de la zone Italie/Espagne/Portugal sont plutôt âgées, alors que celles originaires d’Afrique hors Maghreb sont relativement jeunes. Les ressortissants initiaux de pays du Maghreb sont particulièrement concentrés sur les tranches d’âge 35-45 ans.

Répartition des populations par nationalités de naissance et par tranche d’âge (parmi les 15-64 ans) :

Le calcul des taux d’emploi par nationalité de naissance « à la façon de l’INSEE » se trouve nécessairement marqué par la structure d’âge de la population étudiée.

Dans ce cadre, l’on pourrait s’attendre à ce que les personnes nées étrangères – dont la structure d’âge se concentre largement sur les âges les plus actifs – connaissent de meilleurs taux d’emploi généraux que les natifs. Or : c’est un constat contraire qui surgit à l’analyse.

À rebours de ces constats généraux : les Italiens, Portugais et Espagnols de naissance, pourtant desservis par une structure d’âge très concentrée autour des fins de carrières, présentent un taux d’emploi particulièrement élevé, quasiment identique à celui des Français de naissance.

III. Calculer le niveau d’emploi : au-delà du taux INSEE

Nous l’avons vu, le calcul d’un taux d’emploi brut sur des populations structurellement différentes peut induire de nombreux biais. Afin de mieux cerner ces différences, nous avons choisi d’explorer trois méthodes de calcul complémentaires, pour mieux appréhender les réalités de l’emploi parmi les personnes censée travailler :

  • La première, habituelle dans les organismes statistiques (dont l’INSEE) et utilisée dans la partie précédente, intègre l’ensemble des personnes en emploi dont l’âge est compris entre 15 et 64 ans : _personnes en emploi / ensemble de la population de la classe d’âge._

  • La seconde se concentre uniquement sur la population des âges les plus actifs, compris entre 25 et 54 ans.

  • Enfin, la troisième méthode (utilisée pour la radiographie par nationalité de naissance détaillée ayant ouvert cette étude) intègre également la population de plus de 15 ans, mais exclut les élèves/étudiants et les retraités de sa base de calcul, afin de déterminer la part de ceux qui travaillent uniquement parmi ceux qui sont supposés le faire.

Taux d’emploi selon la nationalité à la naissance et différentes modalités de calcul

Suivant le mode de calcul retenu, les disparités peuvent se trouver amplement majorés ou minorées. Ainsi, le calcul communément retenu – notamment par l’INSEE – du pourcentage de personnes en emploi parmi les 15-64 ans minore considérablement l’écart entre les personnes nées étrangères et les Français de naissance.

Calculer le taux d’emploi parmi les plus de 15 ans sauf élèves/étudiants et retraités (n’étant pas supposés travailler) permet une approche beaucoup plus précise de la part des personnes travaillant _parmi celles étant supposées le faire_. Dans cette approche, l’écart réel des niveaux d’emploi entre Français de naissance et personnes nées de nationalités étrangères apparaît dans toute son amplitude : il est, par exemple, de 21 points entre les premiers et les personnes nées ressortissants d’un pays d’Afrique du Nord (le double de celui constaté avec le « taux INSEE »).

Le biais important lié aux étudiants et retraités se vérifie lorsque le calcul du taux d’emploi exclut les moins de 25 ans et les plus de 55 ans, pour ne garder les âges censés être le plus en emploi : les écarts de taux entre Français et étrangers de naissance sont très significatifs.

La méthode de calcul habituelle de l’INSEE biaise donc la comparaison, en ce qu’elle « pénalise » les études longues (facilitant pourtant l’intégration dans l’emploi) et les personnes à la retraite (fruit de droits ouverts par le travail) dans l’évaluation différenciée des taux d’emploi selon l’origine migratoire.5

  • Dans la suite de cette étude : tous les calculs des taux d’emploi seront réalisés en considérant la population de plus de 15 ans, dont sont exclus les élèves/étudiants et les retraités.

En effet : cette méthode est la plus à même d’appréhender la part réelle des personnes qui occupent (ou non) un emploi parmi celles dont le statut suggère qu’elles devraient travailler.

Cependant, de grands constats surgissent clairement quel que soit le mode de calcul retenu : les personnes nées de nationalités africaines au sens large (Maghreb et hors-Maghreb) connaissent des taux d’emploi nettement inférieurs aux Français de naissance, là où les pays d’Europe du Sud s’en approchent quasi-parfaitement. L’écart entre les Français de naissance et les personnes originaires du groupe de pays « Espagne/Portugal/Italie » n’est que de 1 à 2 points quel que soit le mode de calcul, preuve d’une insertion économique très similaire.

IV. L’impact du diplôme : un facteur positif pour l’emploi, mais de forts et persistants écarts

Structure de la population selon la nationalité de naissance et le diplôme : considérant toute la population entre 15 et 64 ans (y compris étudiants et retraités)

Parmi les personnes nées avec une nationalité d’Afrique du Nord ou d’un autre pays d’Afrique, la part des diplômés de niveau Bac+5 et Bac+3/4 est globalement similaire à celle des personnes nées françaises. L’effet de structure d’âge mentionné précédemment joue un rôle en ce sens : les premières sont plus représentées parmi des classes d’âge où l’accès à des études universitaires longues s’est banalisé. Les personnes nées d’une nationalité étrangère de l’UE sont les plus nombreuses à atteindre ces niveaux de diplôme.

Pour toutes les nationalités extra-européennes de naissance : la part des individus ayant un niveau inférieur au bac ou sans diplôme est supérieure à celle des Français de naissance.

Niveau d’emploi selon la nationalité à la naissance et le diplôme parmi les plus de 15 ans hors élèves/étudiants et retraités

Même à diplôme équivalent, des écarts importants subsistent. Le taux d’emploi des diplômés de bac + 5 nées d’une nationalité africaine (au sens large) est inférieur de plus de 10 points à celui des Français de naissance ayant le même niveau de diplôme. L’écart est même de 18 points parmi les titulaires d’un bac+3/4.

Pour se faire une idée du poids de cette variable relativement à celle du diplôme : une personne née d’une nationalité du Maghreb et diplômé d’un bac +5 occupe, en moyenne, moins souvent un emploi qu’un simple bachelier français de naissance (à 81 contre 82%). Là encore, les pays d’Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal) sont très proches des résultats des Français natifs.

Quelles CSP pour les diplômés d’un bac+5 ?

Les catégories socio-professionnelles (CSP) correspondent à l’emploi pratiqué par les personnes ou au dernier emploi occupé. Il est ainsi possible d’être inactif tout en appartenant à une CSP. Concernant les personnes n’ayant jamais travaillé, une CSP dédiée est utilisée.

Répartition par CSP des diplômés de niveau Bac +5 ayant plus de 15 ans (hors étudiants et retraités), selon la nationalité de naissance

Il est intéressant d’observer les CSP des diplômés pour chaque groupe de nationalité. En effet, ces derniers permettent d’apprécier, au moins partiellement, l’adéquation des postes occupés avec le niveau d’études de la personne.

Pour la population née d’une nationalité extra-européenne, on observe des taux d’inactifs n’ayant jamais travaillé (considérés comme une CSP à part entière) nettement plus élevés que chez les Français de naissance. Le taux de personnes n’ayant jamais travaillé parmi les détenteurs de bac+5 est de 1% chez les Français de naissance, contre 6% chez les Turcs de naissance et les ressortissants nées d’une nationalité d’Afrique du Nord par exemple.

Par ailleurs, la proportion de diplômés d’un Bac+5 n’étant ni cadres ni professions intermédiaires est significativement plus importante chez les ressortissants originaires de pays hors Europe.

La part des diplômés de bac+5 occupant des postes de cadres est de 65% chez les Français de naissance, contre seulement 48% chez les personnes nées d’une nationalité subsaharienne.

Si l’on additionne les cadres et les professions intermédiaires, la part est de 86 % chez les Français de naissance, contre 76 % chez les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord (dix points de moins) et 69 % chez les nés d’autres pays africains (dix-sept points de moins). Concernant les nés d’Espagne, d’Italie et du Portugal : ce taux s’élève à 81% – soit un écart nettement plus faible, de cinq points seulement.

Ces écarts suggèrent un manque d’adéquation entre le niveau formel de diplôme des personnes nées d’une nationalité extra-européennes et le type de professions réellement exercées. Si l’on s’intéresse aux postes d’ouvriers, peu en lien avec des formations académiques longues : les personnes nées d’une nationalité subsaharienne et disposant d’un bac+5 sont 8% à en occuper, contre 2% chez les Français de naissance ayant le même niveau formel de qualification .

La lecture des indicateurs suivants doit impérativement prendre en compte cet écart initial qui induit une hausse artificielle des taux d’emplois dans chaque autre catégorie en excluant ces personnes n’ayant jamais travaillé de la base de calcul.

Niveau d’emploi par CSP des titulaires d’un bac+5 parmi les plus de 15 ans hors élèves/étudiants et retraités, par nationalité à la naissance

De même qu’elles sont moins souvent affiliées à une CSP correspondant à leur niveau de diplôme, les personnes nées étrangères (particulièrement de pays extra-européens) diplômées d’un bac +5 sont également moins souvent en emploi que les Français de naissance, et ce quel que soit leur CSP de rattachement.

Par exemple : parmi les Français de naissance titulaires d’un bac+5 qui appartiennent à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures, 95% sont en emploi, soit dix points de plus que parmi les personnes nées d’une nationalité subsaharienne qui partagent les mêmes caractéristiques formelles.

Un phénomène de sous-emploi est aussi décelable chez les nés d’une nationalité des pays du Maghreb diplômés d’un bac+5 : ceux qui occupent des « professions intermédiaires » ne sont 78% en emploi, contre 89% chez les personnes françaises de naissance du même profil (soit dix points de moins). Chez les personnes nées de nationalité turque, les écarts sont plus forts encore avec seulement 89% des cadres titulaires d’un Bac+5 à être en emploi.

Quels paramètres pour cet écart des niveaux d’emploi – et des CSP – à qualification similaire ?

  • La valeur faciale des diplômes masque des disparités d’employabilité très fortes. En effet, de nombreux diplômes acquis à l’étranger ne sont pas reconnus en France. De même, nombreux sont leurs titulaires qui ne parlent qu’imparfaitement le français, ce qui constitue un autre facteur d’éviction des emplois qualifiés.

  • Par ailleurs, les étudiants étrangers obtenant leurs diplômes en France connaissent plus souvent que leurs homologues natifs des parcours peu valorisables sur le plan de l’emploi. En effet, selon la Cour des comptes : _« les cursus qui présentent une insertion de 99 % ou plus pour leurs diplômés français ont une part médiane d’étudiants internationaux de 9 %, tandis que les formations qui ont taux d’insertion de moins de 80 % ont une part médiane d’étudiants internationaux de 14 % »._6 Les données suggèrent cependant que l’obtention d’un diplôme français est plus intéressante, sur le plan de l’emploi, que l’arrivée avec un diplôme étranger, plus souvent suivie d’un déclassement professionnel.

  • A niveau d’études égal (ici, les « diplômés du supérieur »), selon l’étude PIAAC7 de l’OCDE : les capacités en « résolution adaptative de problème » des immigrés sont nettement moins bonnes que celle des natifs_._8 Or, cette compétence conditionne largement les capacités professionnelles des personnes, comme l’indique l’OCDE : _ « ces compétences […] sont essentielles pour que les individus puissent s’orienter et s’adapter efficacement aux exigences de l’économie moderne fondée sur l’information. »_

Ainsi, un immigré diplômé du supérieur, même parlant français à la maison, n’obtient que 248 points d’évaluation sur cette compétence-clé, là où un diplômé né en France en obtient 279. Les immigrés diplômés de l’enseignement supérieur sont ainsi moins efficients à résoudre les problèmes que la moyenne des natifs, tous diplômes confondus. De là peut naître une réticence des employeurs à recruter des profils qui risqueraient, statistiquement, de s’avérer moins efficaces, même lorsque diplômés.

Outre les niveaux en littératie, numératie9 et résolution adaptative de problèmes inférieurs aux natifs mis en lumière par l’OCDE, l’intégration professionnelle des immigrés pâtit parfois de l’inadéquation entre leurs _soft skills_10 et ceux attendus dans le monde professionnel français. Le « savoir être » dépend en effet, au moins partiellement, de facteurs culturels conditionnés par l’entourage familial et la sociabilisation primaire11.

Le sous-emploi des femmes, en partie lié à des motifs culturels12 tire également à la baisse le taux d’emploi général des immigrés, même à diplôme égal.

V. Quelles différences entre les Français par acquisition et les personnes restées étrangères ?

Dans cette analyse, la population étrangère de naissance est étudiée en deux sous-groupes (considérant uniquement les personnes de plus de 15 ans, à l’exclusion des étudiants et des retraités) :

  • Les _Français par acquisition (_nés étrangers et devenus français),

  • Les étrangers restés étrangers

Niveau d’emploi des plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) selon leur nationalité à la naissance et l’acquisition ou non de la nationalité française

Ce tableau donne à voir la disparité des profils suivant les origines et les statuts au regard de la nationalité (devenus français ou non).

Une différence flagrante réside dans l’écart constaté entre les personnes nées citoyennes de pays européens et celles nées ressortissantes du reste du monde. En effet, chez les premières : la différence de taux d’emploi entre les Français par acquisition et les restés étrangers apparaît marginale (entre 2 et 5 points suivant les nationalités). Tandis que chez les secondes, les différences sont parfois très importantes (entre 10 et 20 points suivant les nationalités).

L’écart constaté chez les extra-européens de naissance entre devenus Français et restés étrangers peut partiellement s’expliquer par la sélection opérée lors de la naturalisation par décret (qui représente environ la moitié des acquisitions de la nationalité depuis l’an 200013). Celle-ci, en effet, prend en compte le critère d’autonomie14 économique dans l’acceptation ou le refus d’une procédure. En revanche et quoique la loi prévoie ce critère, les taux d’emploi des extra-européens naturalisés demeurent faibles – et posent deux questions :

  • La souplesse de l’appréciation des préfectures dans le cadre des naturalisations accordées par décret ;

  • La nature des voies d’accès _de plein droit_ à la nationalité française, telle que l’acquisition automatique à 18 ans pour les enfants nés en France, par l’effet du « droit du sol ».

VI. Les « inactifs n’ayant jamais travaillé » : un rapport de un à quatre selon la nationalité

Il est possible de déterminer le taux d’emploi par catégorie socio-professionnelle (CSP) détaillée – la CSP des chômeurs et des inactifs correspondant à leur dernière CSP connue.15 Néanmoins, en l’absence complète d’activité professionnelle il n’est pas possible d’assigner les individus à une CSP active. Ceux-ci sont alors classés comme « chômeurs / inactifs n’ayant jamais travaillé ».

Ce sujet est significatif : s’il ne concerne que 4 % de la population française de naissance, il représente 16 % des personnes nées avec une nationalité du Maghreb, 16 % des Turcs de naissance et 12 % des individus nés d’une nationalité d’Afrique subsaharienne.

Taux d’emploi et structure de la population selon la catégorie socioprofessionnelle (CSP) et la nationalité à la naissance pour les plus de 15 ans hors étudiants et retraités

Pour les personnes nées d’une nationalité du Maghreb, du reste de l’Afrique ou de Turquie : la part des cadres, professions intellectuelles et professions intermédiaires est nettement inférieure à celle des Français de naissance. Là où 17,5% des Français de naissance sont cadres, seuls 5% des Turcs de naissance le sont.

Globalement, la proportion d’ouvriers est surreprésentée parmi les étrangers de naissance (toutes nationalités confondues) par rapport aux Français de naissance. Toutefois, il ne faut pas considérer cette catégorie comme désertée par ces derniers, puisque 19 % des Français de naissance appartiennent à la catégorie des ouvriers.

Au-delà du rattachement aux différentes CSP, leur situation au regard de l’emploi mérite d’être observée attentivement – et révèle des disparités au moins aussi fortes. Les Français de naissance présentent systématiquement un taux d’emploi supérieur à celui des nationalités extra-européennes, quelle que soit la catégorie socio-professionnelle. La majeure partie des catégories socio-professionnelles connaissent des disparités majeures d’intégration entre citoyens de l’UE (Français compris) de naissance et extra-européens de naissance.

En ce qui concerne les cadres : bien que 13% des personnes nées d’une nationalité nord-africaine appartiennent à cette CSP, seuls 89,9 % sont effectivement en emploi – contre 94,3% chez les Français de naissance. Cela suggère que, même à CSP équivalente, l’insertion professionnelle diffère assez largement (4 points et demi en l’espèce) – d’autant que les chiffres de l’emploi des nationalités extra-européennes par CSP sont tirés à la hausse par la large part des personnes n’ayant jamais travaillé qui sortent _de facto _du décompte.

VII. Médecins et soignants nés étrangers : les faits au-delà des slogans

Répartition des personnes occupant une profession médicale par nationalité à la naissance parmi les plus de 15 ans (hors étudiants et retraités)

Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France. En effet, la pénurie de médecins, d’infirmières et des autres professions médicales fait régulièrement l’actualité, tout comme le développement de « déserts médicaux ».

Là où d’aucuns affirment que l’immigration contribuerait positivement au fonctionnement du système médical dans ce contexte, il convient de regarder les chiffres disponibles à cet égard.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population. Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique. Les personnes nées étrangères avec une nationalité de l’UE sont, elles, surreprésentées.

En revanche, tous les groupes étrangers de naissance sont sous-représentés (parmi les personnes employables) chez les autres professions médicales tels que la pharmacie, les sage-femmes et les infirmiers.

VIII. L’apport dans les secteurs « en tension » : un fossé entre l’Ile-de-France et le reste du pays

Les données par CSP détaillées permettent également d’appréhender le rôle réel des personnes nées à l’étranger dans les métiers dits « en tension ».

Dans cette partie, les professions analysées correspondent à celles définies par le Gouvernement comme relevant de cette situation18. Parmi elles se trouvent notamment :

  • Les chefs cuisiniers,

  • Employés de restauration,

  • Employés de l’hôtellerie,

  • Ouvriers peu qualifiés du bâtiment,

  • Ouvriers peu qualifiés de l’agriculture,

Répartition par nationalité à la naissance au sein des principaux métiers en tension, selon la région, pour les plus de 15 ans hors étudiants et retraités

Si les personnes nées étrangères sont effectivement surreprésentées dans ces professions, le déséquilibre entre l’Ile-de-France et le reste du pays est significatif. Deux exemples :

  • 66% des employés de restauration sont nés étrangers en Ile-de-France, contre seulement 21% dans le reste du pays ;

  • 59% des ouvriers non-qualifiés du second œuvre du bâtiment en Ile-de-France sont étrangers de naissance, contre 19% ailleurs.

Il en va de même pour toutes la série des professions « en tension », des commerçants de produits alimentaires employés du bâtiment aux boulangers et pâtissiers.

Cette différence peut contribuer à expliquer la vision parfois déformée, sur ce sujet, de certains responsables politiques et intervenants médiatiques (concentrés géographiquement à Paris). Ces derniers semblent souvent considérer que « l’immigration de travail » serait la seule solution pour pallier aux besoins en recrutement de ces métiers. Cette vision centrée sur l’agglomération parisienne offre un miroir déformant d’une réalité beaucoup plus nuancée à l’échelle nationale, où la majeure partie des salariés de ces professions demeurent des Français de naissance.

Deux phénomènes se conjoignent pour expliquer largement cette différence :

  • D’une part, la part des étrangers de naissance dans la population francilienne est supérieure à la part moyenne à l’échelle nationale ;

  • D’autre part, le coût de la vie en Ile-de-France apparaît désincitatif pour ceux qui exerceraient ces professions. La surreprésentation d’étrangers de naissance, ayant souvent vécu dans des pays plus pauvres et étant plus prompts à accepter de faibles rémunérations « réelles » (au regard du niveau des prix), résulte aussi de cette désincitation liée au faible niveau des salaires.

  • INSEE, « Inactivité, chômage et emploi des immigrés et des descendants d’immigrés par origine géographique | Données annuelles 2024 » (07/10/2025) : [https://www.insee.fr/fr/statistiques/4195420#tableau-figure1_radio1](https://www.insee.fr/fr/statistiques/4195420#tableau-figure1_radio1) ↩︎
  • Eurostat, « Immigrants récents en emploi par pays de naissance » (consulté le 11/06/2026) : [https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/lfst_rimgecga/default/table?lang=fr&category=mi.mii.mii_lfst](https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/lfst_rimgecga/default/table?lang=fr&category=mi.mii.mii_lfst) ↩︎
  • Les documents sont disponibles dans cette rubrique : [https://www.insee.fr/fr/information/2383177](https://www.insee.fr/fr/information/2383177) ↩︎
  • Voir INSEE, « Inactivité, chômage et emploi des immigrés et des descendants d’immigrés par origine géographique | Données annuelles 2024 » (07/10/2025), _op. cit._ ↩︎
  • De la même façon, notons que les calculs basés sur la notion de « population active » – à commencer par le taux de chômage – ne sont pas non plus adaptés : car si cette méthode écarte bien les étudiants et retraités, elle exclut également toutes les personnes inactives diverses (bénéficiaires de minima sociaux, femmes au foyer…) et ne permet pas d’appréhender l’ensemble des difficultés d’intégration dans l’emploi. ↩︎
  • Rapport public thématique de la Cour des Comptes, « Une évaluation de l’attractivité de l’enseignement supérieur français pour les étudiants internationaux », p.124 ([Lien](https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-03/20250310-Attractivite-de-la-France-pour-les-etudiants-etrangers.pdf)) ↩︎
  • OCDE, _Regards sur l’éducation 2025_, Indicateur de l’OCDE, [Lien.](https://www.oecd.org/content/dam/oecd/fr/publications/reports/2025/09/education-at-a-glance-2025_c58fc9ae/b26d545c-fr.pdf) ↩︎
  • OCDE, _Survey of adults skills, PIAAC_ ↩︎
  • La littératie (aptitude à lire, à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie quotidienne) et la numératie (capacité à mobiliser des concepts mathématiques dans des contextes concrets) sont deux des compétences mesurées par l’enquête PIAAC de l’OCDE ↩︎
  • DARES, _La fabrique de l’insertion professionnelle des réfugiés, analyse de trois dispositifs_, 2024 ↩︎
  • Muriel Darmon, _La socialisation,_ 2025, [Lien.](https://shs.cairn.info/la-socialisation-4e-ed--9782200631338-page-12?lang=fr) ↩︎
  • Julia Bredtmann Sebastian Otten, _Culture and the Labor Supply of Female Immigrants_, 2022, p.3 ↩︎
  • INSEE, « Acquisitions de la nationalité française », 2025 ↩︎
  • Ministère de l’intérieur, DGEF, « Les conditions pour demander la nationalité française » [Lien.](https://www.immigration.interieur.gouv.fr/Integration-et-Acces-a-la-nationalite/La-nationalite-francaise/Les-conditions-pour-demander-la-nationalite-francaise) ↩︎
  • La lecture des indicateurs suivants doit impérativement prendre en compte cet écart initial, qui induit une hausse artificielle des taux d’emplois dans chaque autre catégorie en excluant ces personnes n’ayant jamais travaillé de la base de calcul. ↩︎
  • Sont regroupées sous le vocable « médecins » ces catégories de professions : 31A1 | Médecins libéraux spécialistes 31A2 | Médecins libéraux généralistes 31A3 | Chirurgiens-dentistes 34C1 | Médecins salariés hospitaliers 34C2 | Médecins salariés non hospitaliers 34C3 | Internes en médecine, odontologie et pharmacie ↩︎
  • INSEE, « France, portrait social », 2023,  [Lien.](https://www.insee.fr/fr/statistiques/:~:text=Figure%202%20-%20Origine%20g%C3%A9ographique%20des%20immigr%C3%A9s%20en,et%20la%20moiti%C3%A9%20a%20moins%20de%2045%20a) ↩︎
  • [Travailleurs étrangers : la « liste des métiers en tension » actualisée | info.gouv.fr](https://www.info.gouv.fr/actualite/travailleurs-etrangers-la-liste-des-metiers-en-tension-actualisee) ↩︎

Source : observatoire-immigration.fr

8 juil. 2026oid-2024

Rapport d’information n°874 : « Asile : faire la lumière sur les coûts, redéfinir les protections » (sénatrice Marie-Carole Ciuntu)

Source : observatoire-immigration.fr

2 juin 2026oid-2024

Commission d’enquête n°2859 visant à « lever les incertitudes juridiques budgétaires en matière de sécurité sociale » (députées Joëlle Mélin / Annie Vidal)

Source : observatoire-immigration.fr

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