Ce qu'il faut retenir
- Ancien Député · Assemblée nationale.
Biographie
Antoine Pinay, né le 30 décembre 1891 à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) et mort le 13 décembre 1994 à Saint-Chamond (Loire) à l'âge de cent deux ans, est un industriel et homme politique français, maire de Saint-Chamond pendant près d'un demi-siècle, plusieurs fois ministre des Finances et président du Conseil en 1952. Symbole d'une droite modérée attachée à la stabilité monétaire, il donne son nom au "franc Pinay" et demeure l'une des figures les plus durables de la vie politique française du XXe siècle.
Origines et famille
Antoine Pinay est le fils de Claude Pinay (1852-1919), industriel fabricant de chapeaux de paille, et de Marie Besson (1861-1936). Il a une sœur aînée, Jeanne Pinay (1886-1953), qui devient religieuse dominicaine à Orléans. Deux de ses oncles maternels sont officiers, le colonel Antoine Besson et le général Benoît Besson, tandis que son grand-père maternel, Benoît Besson, cultivateur propriétaire, fut maire de Pomeys de 1861 à 1882, inscrivant très tôt l'engagement municipal dans l'histoire familiale.
Formation et blessure de guerre
Scolarisé chez les maristes au collège Sainte-Marie de Saint-Chamond, Antoine Pinay ne se présente pas au baccalauréat et quitte l'école sans diplôme, pour entrer directement dans la vie active. Incorporé au 5e régiment d'artillerie le 1er octobre 1912, il est nommé brigadier le 21 avril 1913 puis maréchal des logis le 22 septembre de la même année. Mobilisé le 2 août 1914, il est blessé par des éclats d'obus le 8 septembre 1914 au nord de Meaux, lors de la bataille de la Marne. Évacué du front, il est réformé, déclaré invalide de guerre et pensionné, expérience du feu qui marque profondément sa génération d'hommes politiques.
Vie personnelle et carrière industrielle
Le 25 avril 1917 à Saint-Chamond, Antoine Pinay épouse Marguerite Fouletier (1895-1970), fille de Louis Fouletier, directeur de la tannerie Fouletier. Trois enfants naissent de cette union : Geneviève (1918-2017), qui devient éditrice, Odette (1920-2015) et Pierre (1922-1964), qui fait carrière comme fonctionnaire au service juridique des institutions communautaires européennes.
À partir de 1919, Antoine Pinay devient collaborateur puis directeur de la tannerie Fouletier. L'introduction de nouveaux procédés de fabrication qu'il y conduit contribue à revitaliser l'industrie régionale des cuirs et peaux, lui donnant une assise économique et une notoriété locale qui préparent son entrée en politique.
Débuts politiques sous la IIIe République
Antoine Pinay devient maire de Saint-Chamond en 1929, fonction qu'il exerce jusqu'en 1944. Il est élu conseiller général du canton de Saint-Chamond en 1934 et préside la commission départementale de la Loire entre 1934 et 1936. Il entre à l'Assemblée nationale comme député de la Loire, élu sous l'étiquette de l'Alliance démocratique, du 3 mai 1936 au 13 avril 1938, avant de rejoindre le Sénat, où il siège comme sénateur de la Loire du 20 mars 1938 au 31 décembre 1941.
La période de Vichy
Le 10 juillet 1940, Antoine Pinay vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. En 1941, il est nommé au Conseil national institué par le régime de Vichy et reçoit la décoration de l'ordre de la Francisque. Il refuse cependant de s'engager davantage au service du régime : il démissionne du Conseil national dès 1942 et rejette en 1943 une proposition de préfecture de l'Hérault. Durant cette période, il contribue à faire passer des juifs et des résistants en Suisse et à Alger, engagement qui lui permet, à la Libération, de retrouver rapidement des responsabilités politiques malgré son vote de 1940 et son maintien à la mairie de Saint-Chamond durant l'occupation.
Retour aux responsabilités et carrière parlementaire sous la IVe République
Après une brève éviction consécutive à la Libération, Antoine Pinay retrouve la mairie de Saint-Chamond dès le 19 octobre 1947, fonction qu'il conserve jusqu'au 20 mars 1977, soit près de trente ans. En parallèle, il redevient conseiller général de la Loire pour le canton de Saint-Chamond de 1945 à 1979, préside le conseil général de la Loire de 1949 à 1979 et dirige le Syndicat intercommunal d'énergies de la Loire de 1950 à 1959.
Sur le plan national, il retrouve un siège de député de la Loire à l'Assemblée nationale à plusieurs reprises entre 1946 et 1958 : du 2 juin au 27 novembre 1946, du 10 novembre 1946 au 4 juillet 1951, du 17 juin 1951 au 1er décembre 1955, puis du 2 janvier 1956 au 8 décembre 1958, avant de représenter la 3e circonscription de la Loire du 30 novembre 1958 au 8 février 1959. Il siège en outre comme délégué de la France au Parlement européen de 1958 à 1979.
Ses premières responsabilités ministérielles s'échelonnent tout au long de la IVe République : secrétaire d'État aux Affaires économiques du 11 septembre 1948 au 28 octobre 1949 dans le gouvernement Queuille I, puis ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme sans discontinuer du 12 juillet 1950 au 8 mars 1952, à travers les gouvernements Pleven I, Queuille III, Pleven II et Faure I.
La présidence du Conseil de 1952 et le "franc Pinay"
Le 8 mars 1952, Antoine Pinay est investi président du Conseil, avec le soutien de vingt-sept députés, dont des gaullistes dissidents du RPF. Il cumule cette charge avec le portefeuille des Finances et des Affaires économiques.
Son gouvernement engage une politique résolue de lutte contre l'inflation. Entre janvier et juillet 1952, les prix reculent nettement, l'indice de gros passant de 152 à 143,5 et l'indice de détail de 148,5 à 142,8, sous l'effet notamment d'une campagne menée avec les grands magasins pour faire baisser les prix de détail. Pour financer l'État sans recourir à l'inflation, il lance en mai 1952 un emprunt national exonéré d'impôt et indexé sur l'or, au taux de 3,5 %, resté dans l'histoire sous le nom de "rente Pinay" : vingt ans plus tard, la valeur de ce titre atteindra 1 190 fois son montant initial. En juillet 1952, son gouvernement introduit également l'échelle mobile des salaires.
Cette politique de stabilisation monétaire a cependant un revers : elle provoque un net ralentissement de l'activité économique, en particulier pour les petites entreprises, le secteur de la transformation des métaux connaissant une baisse de production à la fin de 1952. Une amnistie fiscale décidée dans le même temps contribue par ailleurs aux premiers mouvements de révolte de Pierre Poujade. Sur le plan européen, Antoine Pinay signe en mai 1952 le traité de Paris instituant la Communauté européenne de défense (CED). Son gouvernement tombe le 8 janvier 1953, après dix mois d'exercice, une durée alors considérée comme longue pour la IVe République.
Ministre des Affaires étrangères et rôle dans la décolonisation tunisienne
Du 23 février 1955 au 1er février 1956, Antoine Pinay est ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Edgar Faure. À ce poste, il favorise l'autonomie de la Tunisie et ouvre la voie à son indépendance à travers les accords de La Celle-Saint-Cloud, contribuant ainsi, depuis une sensibilité pourtant classée à droite, à l'un des tournants majeurs de la décolonisation française.
Fondation du CNIP et influence intellectuelle
Antoine Pinay contribue de 1948 à 1953 à l'édification du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), formation qui réunit des sensibilités agricoles, patronales et coloniales, fermement opposée à la décolonisation. Il en devient président d'honneur en 1953, fonction qu'il conserve jusqu'en 1994, quarante et un ans durant. Entre 1953 et 1971, il préside également le club de réflexion "Le Cercle".
Retour au gouvernement sous la Ve République et le plan Pinay-Rueff
Le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 s'accompagne d'un nouvel appel à Antoine Pinay, dont le nom incarne alors la rigueur financière : il est ministre des Finances du 1er juin au 23 juillet 1958 dans le gouvernement de Gaulle III, puis ministre des Finances et des Affaires économiques du 23 juillet 1958 au 8 janvier 1959 dans ce même gouvernement, et enfin dans le gouvernement Michel Debré du 8 janvier 1959 au 13 janvier 1960.
Il lance un second emprunt national, qui rencontre également le succès. En décembre 1958 est présenté le plan Pinay-Rueff, qui comporte notamment le passage au nouveau franc. Antoine Pinay s'oppose cependant à la version initiale du plan qui porte son nom et menace à plusieurs reprises de démissionner si elle était appliquée telle quelle. En janvier 1960, en désaccord avec la politique algérienne et extérieure du gouvernement, il remet sa démission et abandonne dès lors toute activité politique nationale de premier plan.
La candidature présidentielle avortée de 1965
À l'approche de l'élection présidentielle de 1965, une candidature d'Antoine Pinay est envisagée sur une ligne libérale, atlantiste et européenne. Il renonce finalement, sa décision étant annoncée à la radio le 9 octobre 1965 alors qu'il se trouvait encore dans le bureau du ministre de l'Intérieur Roger Frey. Deux explications concurrentes de ce renoncement ont circulé par la suite : selon l'une, révélée seulement en 2011 par la publication du livre "Sexus Politicus", il aurait été dissuadé par la menace d'exploitation de dossiers compromettants ; selon l'autre, une enquête de la DST aurait établi son appartenance, depuis 1947, au réseau Gehlen, animé par un ancien officier de la Wehrmacht rallié aux États-Unis et destiné à fédérer les pro-atlantistes, dans le cadre duquel il aurait informé les Américains sur l'avancement du programme nucléaire français. Ces éléments restent débattus par les historiens et n'ont pu être établis avec certitude.
Le "sage de Saint-Chamond" et le rôle de médiateur
Délaissant les ambitions nationales, Antoine Pinay se consacre à ses mandats locaux, restant maire de Saint-Chamond jusqu'en 1977 et président du conseil général de la Loire jusqu'en 1979. Il y forge l'image d'un gestionnaire prudent et efficace, qui lui vaut le surnom de "sage de Saint-Chamond", et reste jusqu'à la fin de sa vie consulté par de nombreux responsables politiques de toutes tendances.
Du 30 janvier 1973 au 18 mai 1974, il exerce la fonction de premier médiateur de la République, institution alors nouvellement créée. En 1976, il figure parmi les instigateurs de la signature du contrat entre le groupe pétrolier ELF-ERAP et un pool d'inventeurs se prévalant d'une nouvelle méthode de détection pétrolière, contrat qui donnera naissance au début des années 1980 à ce que la presse appellera "l'affaire des avions renifleurs".
Reconnaissance tardive et derniers mois
Le 22 décembre 1991, à quelques jours de son centième anniversaire, Antoine Pinay est l'invité de l'émission télévisée "L'Heure de vérité". Il demeure alors le doyen des anciens présidents du Conseil français, symbole vivant de la IVe République.
Mort et hommages
Antoine Pinay meurt le 13 décembre 1994 à Saint-Chamond, à l'âge de cent deux ans. Ses obsèques sont célébrées le 17 décembre 1994 par Pierre Joatton, évêque de Saint-Étienne, en l'église de la Valette à Saint-Chamond, en présence notamment de Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, Édouard Balladur, Edmond Alphandéry, Charles Millon et Pascal Clément. Les honneurs militaires lui sont rendus et il est inhumé au cimetière de Saint-Symphorien-sur-Coise, sa commune natale.
Positionnement politique
Antoine Pinay incarne un modérantisme conservateur caractéristique de la droite indépendante française du XXe siècle : socialement conservateur, attaché à l'ordre et à la stabilité, il défend par ailleurs un libéralisme économique rigoureux fondé sur la maîtrise des dépenses publiques et la défense de la monnaie. De l'Alliance démocratique, qu'il rejoint dans les années 1930, au Centre national des indépendants et paysans qu'il préside à titre honorifique de 1953 à 1994, il constitue l'un des visages les plus reconnaissables de cette droite parlementaire non gaulliste, dont le nom reste associé, plus qu'aucun autre, à l'idée de stabilité du franc.
Chronologie
- 1891 - Naissance le 30 décembre à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône)
- 1912 - Incorporation au 5e régiment d'artillerie
- 1914 - Blessé au combat le 8 septembre au nord de Meaux, lors de la bataille de la Marne ; réformé et pensionné
- 1917 - Mariage avec Marguerite Fouletier le 25 avril
- 1919 - Devient collaborateur puis directeur de la tannerie Fouletier
- 1929 - Élu maire de Saint-Chamond (jusqu'en 1944)
- 1934 - Élu conseiller général du canton de Saint-Chamond
- 1936 - Élu député de la Loire (Alliance démocratique)
- 1938 - Élu sénateur de la Loire
- 1940 - Vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet
- 1941 - Nommé au Conseil national de Vichy, décoré de la Francisque
- 1942 - Démissionne du Conseil national de Vichy
- 1946 - Retrouve un siège de député de la Loire
- 1947 - Réélu maire de Saint-Chamond le 19 octobre (jusqu'en 1977)
- 1948 - Secrétaire d'État aux Affaires économiques (jusqu'en 1949) ; contribue à la fondation du CNIP
- 1949 - Président du conseil général de la Loire (jusqu'en 1979)
- 1950 - Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme (jusqu'en 1952)
- 1952 - Président du Conseil du 8 mars au 8 janvier 1953, cumulé avec les Finances ; lancement de la "rente Pinay" ; signature du traité de Paris instituant la CED
- 1953 - Président d'honneur du CNIP (jusqu'en 1994) ; président du club "Le Cercle" (jusqu'en 1971)
- 1955 - Ministre des Affaires étrangères (jusqu'en 1956) ; accords de La Celle-Saint-Cloud favorisant l'autonomie tunisienne
- 1958 - Ministre des Finances dans les gouvernements de Gaulle III puis Debré ; débuts comme délégué au Parlement européen (jusqu'en 1979)
- 1959 - Présentation du plan Pinay-Rueff en décembre 1958
- 1960 - Démission du gouvernement en janvier, en désaccord sur la politique algérienne ; retrait de la vie politique nationale
- 1965 - Renonce à une candidature présidentielle, annoncée le 9 octobre
- 1973 - Premier médiateur de la République (jusqu'en 1974)
- 1976 - Implication dans la signature du contrat à l'origine de "l'affaire des avions renifleurs"
- 1977 - Fin du mandat de maire de Saint-Chamond
- 1979 - Fin du mandat de président du conseil général de la Loire et de délégué au Parlement européen
- 1991 - Invité de "L'Heure de vérité" le 22 décembre, à l'approche de son centième anniversaire
- 1994 - Mort le 13 décembre à Saint-Chamond, à l'âge de cent deux ans
Mandats et responsabilités
En cours
- Alliance démocratiqueParti
- Centre national des indépendants et paysansPartiLe parti
Mandats sans date connue
- Député1ᵉ législature
