Ce qu'il faut retenir
- Ancien Député · Assemblée nationale.
Biographie
Jacques Jules Barrot, né le 3 février 1937 à Yssingeaux (Haute-Loire) et mort le 3 décembre 2014 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un homme d'État français, figure majeure de la démocratie chrétienne, qui fut tour à tour ministre à sept reprises sous la Ve République, président de groupe parlementaire, vice-président de la Commission européenne puis membre du Conseil constitutionnel. Fils de Noël Barrot, résistant démocrate-chrétien et député MRP de la Haute-Loire, et de Marthe Pivot, il grandit dans une famille de huit enfants. Il effectue ses études secondaires à Yssingeaux avant d'obtenir une licence en droit et un certificat de sociologie à l'université d'Aix, puis un diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris. Titulaire du certificat d'aptitude à la profession d'avocat, il n'exercera cependant jamais la plaidoirie, préférant s'orienter très tôt vers l'action politique locale puis nationale. Il épouse en secondes noces, le 6 avril 1982, Florence Cattani, avec laquelle il a trois enfants : Jean-Noël, Hélène et Marie. Son fils Jean-Noël Barrot deviendra à son tour ministre au XXIe siècle. Le 17 mars 2011, quelques années avant sa mort, Jacques Barrot se remarie avec Béatrice Borg.
Un enracinement précoce en Haute-Loire
Jacques Barrot entre en politique dès le milieu des années 1960, dans le sillage familial. Il est élu conseiller municipal d'Yssingeaux en mars 1965, puis conseiller général du canton en septembre 1966. Il occupe ensuite les fonctions d'adjoint au maire d'Yssingeaux de 1971 à 1977, avant de prendre en mars 1976 la présidence du conseil général de la Haute-Loire, qu'il conserve pendant vingt-huit années consécutives, jusqu'en avril 2004. Il devient par ailleurs maire d'Yssingeaux en mars 1989 et le reste jusqu'en mars 2001. Cet ancrage local, exceptionnellement long et continu, constitue le socle d'une carrière nationale qui se déploie en parallèle.
Une entrée précoce à l'Assemblée nationale et les premiers portefeuilles ministériels
Élu député de la première circonscription de la Haute-Loire le 3 avril 1967, Jacques Barrot siège à l'Assemblée nationale sans discontinuer jusqu'en juillet 1974. Il appartient d'abord au groupe Progrès et démocratie moderne (PDM) puis, à partir de 1973, à l'Union centriste. Sa carrière ministérielle s'ouvre le 27 mai 1974, quand Jacques Chirac, devenu Premier ministre du nouveau président Valéry Giscard d'Estaing, le nomme secrétaire d'État au Logement. Jacques Barrot conserve ce portefeuille sous les deux gouvernements de Raymond Barre qui suivent, jusqu'en mars 1978, soit près de quatre années consécutives au même poste. Il y lance notamment le programme « Habitat et vie sociale », première politique française de rénovation des grands ensembles urbains, qui préfigure les futures politiques de la ville.
Le 5 avril 1978, il devient ministre du Commerce et de l'Artisanat dans le troisième gouvernement Barre, puis, le 4 juillet 1979, ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, poste qu'il occupe jusqu'à l'alternance de mai 1981. À la Santé, il soutient le développement d'une information médicale indépendante des laboratoires pharmaceutiques en accordant une subvention publique à la revue Prescrire, alors naissante.
Le retour dans l'opposition puis aux responsabilités parlementaires
Après la défaite de Valéry Giscard d'Estaing en 1981, Jacques Barrot retrouve son siège de député de la Haute-Loire le 2 juillet 1981, sous l'étiquette UDF, et se recentre un temps sur ses mandats locaux. Réélu en 1986 à la représentation proportionnelle, il préside durant cette législature la commission des Affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée nationale. Il retrouve son siège en 1988, puis en 1993, année où il accède à la présidence de la commission des Finances, de l'Économie générale et du Plan, qu'il occupe du 8 avril 1993 au 18 juin 1995.
L'affaire du financement du CDS
Secrétaire général du Centre des démocrates sociaux (CDS), Jacques Barrot est rattrapé en 1995 par l'enquête sur le financement irrégulier de son parti : il est condamné, aux côtés de Pierre Méhaignerie et Bernard Bosson, à huit mois de prison avec sursis pour recel d'abus de confiance. Sa peine est effacée par la loi d'amnistie du 3 août 1995. Il avait par ailleurs échoué, quelques années plus tôt, à conquérir la présidence du CDS face à Pierre Méhaignerie.
Ministre du Travail dans les gouvernements Juppé
Fidèle soutien de Jacques Chirac lors de son retour au pouvoir en 1995, Jacques Barrot est nommé ministre du Travail et des Affaires sociales dans les gouvernements d'Alain Juppé, du 18 mai 1995 au 2 juin 1997. À ce poste, il doit porter et défendre devant le Parlement le plan de réforme des retraites et de la sécurité sociale présenté par le Premier ministre à l'automne 1995, plan qui provoque d'importants mouvements sociaux. Battu aux élections législatives de 1997, il retrouve son siège de député de la Haute-Loire en juin de la même année et le conserve lors du scrutin de 2002.
Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale
À la création de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), qui rassemble la majorité des députés de droite et du centre après la réélection de Jacques Chirac, Jacques Barrot est élu président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, fonction qu'il exerce du 19 juin 2002 au 4 mai 2004. Il abandonne alors son mandat de député, cédant son siège à son suppléant Laurent Wauquiez, pour rejoindre la Commission européenne.
Vice-président de la Commission européenne (2004-2009)
Nommé commissaire européen par la France, Jacques Barrot devient vice-président de la Commission européenne du 22 novembre 2004 au 31 octobre 2009, sous la présidence de José Manuel Barroso. Il y est chargé des Transports, portefeuille au titre duquel il signe des accords de ciel ouvert avec les États-Unis et soutient le financement du programme européen de navigation par satellite Galileo. À partir d'avril 2008, il prend en charge le portefeuille de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité, en remplacement de l'Italien Franco Frattini, et le conserve jusqu'à la fin de la Commission Barroso I, en octobre 2009. Il ne fait pas partie de la Commission Barroso II qui lui succède en 2010.
Membre du Conseil constitutionnel (2010-2014)
Le 23 février 2010, le président de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer le nomme membre du Conseil constitutionnel, où il succède à Pierre Joxe. Il prête serment le 12 mars 2010. Il siège à ce titre jusqu'à sa mort, survenue le 3 décembre 2014, après quatre années et huit mois de mandat ; il sera remplacé par Lionel Jospin.
Engagements et positionnement politique
Démocrate-chrétien comme son père, Jacques Barrot adhère dès 1969 au Centre Démocratie et Progrès (CDP) fondé par Jacques Duhamel, au sein duquel il s'oppose à la candidature d'Alain Poher à la présidentielle de 1969. Fidèle soutien de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d'Estaing, il incarne pendant plusieurs décennies une ligne centriste et sociale, attachée à la protection sociale et à la politique de la ville, qui le conduit à se rallier ensuite à Jacques Chirac dans les années 1990 puis à l'UMP au début des années 2000. En 1999, il fonde avec Jean-Pierre Raffarin, Michel Barnier et Dominique Perben le club de réflexion Dialogue et Initiative.
Jacques Barrot est promu officier de la Légion d'honneur le 14 juillet 2011. Après sa mort, une plaque commémorative est apposée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale en mars 2017, la première promotion (2012) de l'École européenne des sciences politiques et sociales (ESPOL) de l'université catholique de Lille porte son nom, de même que l'hôpital d'Yssingeaux, et un prix annuel pour l'excellence en matière de sécurité routière, le « Jacques Barrot Award », est décerné en son honneur depuis 2016.
Chronologie
- 1937 - Naissance le 3 février à Yssingeaux (Haute-Loire)
- 1965 - Conseiller municipal d'Yssingeaux
- 1966 - Conseiller général du canton d'Yssingeaux
- 1967 - Élu député de la première circonscription de la Haute-Loire
- 1971 - Adjoint au maire d'Yssingeaux
- 1974 - Secrétaire d'État au Logement dans le gouvernement Chirac I
- 1976 - Président du conseil général de la Haute-Loire
- 1978 - Ministre du Commerce et de l'Artisanat
- 1979 - Ministre de la Santé et de la Sécurité sociale
- 1981 - Retour à l'Assemblée nationale comme député de la Haute-Loire
- 1982 - Mariage avec Florence Cattani
- 1989 - Maire d'Yssingeaux
- 1993 - Président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale
- 1995 - Condamnation puis amnistie dans l'affaire du financement du CDS ; ministre du Travail et des Affaires sociales dans les gouvernements Juppé
- 2002 - Président du groupe UMP à l'Assemblée nationale
- 2004 - Fin de la présidence du conseil général de la Haute-Loire ; vice-président de la Commission européenne, chargé des Transports
- 2008 - Prend en charge le portefeuille Justice, Liberté et Sécurité à la Commission européenne
- 2009 - Fin de son mandat de commissaire européen
- 2010 - Nommé membre du Conseil constitutionnel, le 23 février, en remplacement de Pierre Joxe
- 2011 - Officier de la Légion d'honneur ; remariage avec Béatrice Borg
- 2014 - Mort en fonction au Conseil constitutionnel, le 3 décembre, à Neuilly-sur-Seine
Mandats et responsabilités
En cours
Mandats sans date connue
- Député5ᵉ législature
- Député3ᵉ législature
- Député10ᵉ législature
- Député8ᵉ législature
- Député6ᵉ législature
- Député4ᵉ législature
- Député11ᵉ législature
- Député9ᵉ législature
- Député7ᵉ législature
