Ce qu'il faut retenir
- Ancien Député · Assemblée nationale.
Biographie
Jules Salvador Moch naît le 15 mars 1893 à Paris, dans le 16e arrondissement, au sein d'une famille juive dont le père, le capitaine Gaston Moch, fut condisciple d'Alfred Dreyfus à l'École polytechnique. Polytechnicien lui-même, ingénieur, ancien combattant de la Grande Guerre, résistant gaulliste, ministre à plusieurs reprises sous la IVe République puis artisan des négociations internationales sur le désarmement, Jules Moch traverse près d'un demi-siècle de vie politique française, de l'entre-deux-guerres à la rupture avec le Parti socialiste au milieu des années 1970. Il meurt le 31 juillet 1985 à Cabris, dans les Alpes-Maritimes, à quatre-vingt-douze ans.
Un polytechnicien dans la guerre des mines
Reçu à Polytechnique, Jules Moch en sort ingénieur, se spécialisant dans le génie maritime militaire. Mobilisé dans le génie dès la déclaration de la Première Guerre mondiale, il combat en première ligne, participe à la "guerre des mines" et reçoit la Croix de guerre après avoir été cité quatre fois. Gazé au cours du conflit, il termine la guerre affecté à un centre d'instruction, avant de poursuivre après 1918 une carrière d'ingénieur dans le génie maritime. En 1917, il épouse Germaine Picard-Moch, elle-même militante féministe et socialiste, avec laquelle il aura un fils, André Moch, qui deviendra lieutenant au 6e bataillon de chasseurs alpins et mourra au combat en avril 1944 à Corenc, en Isère.
L'entrée en politique et l'adhésion à la SFIO
Après un voyage en Union soviétique en 1921 qui le laisse durablement et fermement anticommuniste, Jules Moch adhère en octobre 1924 à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO), parti auquel il restera fidèle jusqu'en 1975. Il est élu député de la Drôme le 29 avril 1928 et siège du 1er juin 1928 au 31 mai 1936, sous les XIVe et XVe législatures de la Troisième République, après avoir été réélu le 1er mai 1932. Il retrouve un siège de député, cette fois de l'Hérault, à l'occasion d'une élection partielle le 2 mai 1937, mandat qu'il exerce jusqu'au 19 novembre 1941.
Les responsabilités gouvernementales du Front populaire
Sous les gouvernements de Léon Blum, Jules Moch accède à de premières responsabilités ministérielles. Il est sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil du 26 mai au 21 juin 1937 dans le gouvernement Blum I, puis ministre des Travaux publics et des Transports du 13 mars au 10 avril 1938 dans le gouvernement Blum II, sous la présidence d'Albert Lebrun.
Le refus des pleins pouvoirs et la répression vichyste
Le 10 juillet 1940, Jules Moch fait partie des quatre-vingts parlementaires qui votent contre l'octroi des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Le 25 septembre 1940, il est arrêté par le régime de Vichy et incarcéré à Pellevoisin, dans l'Indre, en compagnie notamment de Vincent Auriol, Marx Dormoy, Georges Mandel et Paul Reynaud, avant d'être transféré à Aubenas puis à Vals-les-Bains. Il est libéré au début de l'année 1941 sur décision de l'amiral Darlan.
Dans la France libre
Libéré, Jules Moch entre en résistance active. Il participe au groupe X-Libre, réseau de résistants polytechniciens, puis crée le mouvement 1793, qui organise des sabotages dans l'Aude et l'Ardèche. Il parvient ensuite à gagner Londres pour rejoindre les Forces navales françaises libres, où il est nommé successivement capitaine de corvette, capitaine de frégate puis capitaine de vaisseau. Il effectue pour le compte du général de Gaulle des missions au Liban et en Afrique noire, et dirige l'artillerie du croiseur Émile Bertin lors du débarquement de Provence, sur la plage de Saint-Raphaël.
Ministre des Travaux publics et des Transports de la Libération
À la Libération, Jules Moch renoue avec le portefeuille des Travaux publics et des Transports, qu'il occupe du 21 novembre 1945 au 24 novembre 1947, une période durant laquelle se succèdent les gouvernements de Charles de Gaulle, Félix Gouin, Georges Bidault, Léon Blum et Paul Ramadier. Il est entre-temps élu député de l'Hérault à l'Assemblée constituante le 21 octobre 1945, mandat qu'il conserve, avec plusieurs réélections (2 juin 1946, 10 novembre 1946, 17 juin 1951, 2 janvier 1956), jusqu'au 5 décembre 1958.
Place Beauvau : ministre de l'Intérieur face aux grandes grèves de 1947-1948
Le 24 novembre 1947, Jules Moch devient ministre de l'Intérieur, fonction qu'il occupe jusqu'au 7 février 1950 dans les gouvernements Schuman I, Marie, Schuman II, Queuille I et Bidault II, sous la présidence de Vincent Auriol. Sa nomination intervient dans un contexte de grèves déclenchées à la suite de l'arrestation de militants communistes à Marseille. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1947, le déraillement du train Paris-Tourcoing fait seize morts et une trentaine de blessés ; l'historien Philippe Robrieux attribuera par la suite cet acte à d'anciens activistes de la clandestinité. Le gouvernement fait alors preuve de fermeté pour obtenir la reprise du travail. La loi du 21 mars 1948 crée les inspecteurs généraux de l'administration en mission extraordinaire (IGAME), préfigurant les futurs préfets de région.
À l'automne 1948, un nouveau mouvement social touche les mines de charbon. Le 9 octobre 1948, le président du Conseil Henri Queuille dénonce le "caractère insurrectionnel" de ces grèves, déclenchées par la CGT en réaction à un retard des salaires sur les prix de plus de 30 % et à la suppression, décidée par le ministre Robert Lacoste, d'avantages acquis à la Libération. Le gouvernement mobilise environ 60 000 CRS et soldats face à quelque 15 000 grévistes. Le mouvement se solde, fin novembre, par plus de 3 000 licenciements et six morts, ainsi que par de nombreux blessés, laissant chez les militants communistes un ressentiment durable à l'égard de Jules Moch. Plus de vingt ans après sa mort, la cour d'appel de Versailles reconnaît, le 10 mars 2011, l'illégalité de ces licenciements ; dix-sept mineurs survivants de la grève de 1948 reçoivent chacun 30 000 euros d'indemnisation, décision que la ministre de l'Économie Christine Lagarde fait ensuite annuler par un pourvoi en cassation s'agissant de la condamnation des Charbonnages de France, avant qu'en mai 2014 la garde des Sceaux Christiane Taubira ne demande à son tour l'indemnisation des mineurs grévistes.
Jules Moch retrouve brièvement le ministère de l'Intérieur du 17 au 28 mai 1958, dans le gouvernement Pflimlin, sous la présidence de René Coty, aux derniers jours de la IVe République. Il exerce également, du 28 octobre 1949 au 7 février 1950, la vice-présidence du Conseil dans le gouvernement Bidault II, aux côtés d'Henri Queuille.
Le ministère de la Défense nationale et l'entrée dans la guerre froide
Du 12 juillet 1950 au 11 août 1951, Jules Moch est ministre de la Défense nationale dans les gouvernements Pleven I puis Queuille III, sous la présidence de Vincent Auriol. Il contribue à la modernisation de l'armée française, met sur pied la participation française à la guerre de Corée et prend part à la mise en œuvre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Il s'oppose en revanche au projet de Communauté européenne de défense, position qui lui vaut d'être exclu temporairement de la SFIO le 31 août 1954.
Une voix pour Israël
Comme ministre de l'Intérieur, Jules Moch autorise en 1947 des escales en Corse d'avions américains ravitaillant clandestinement la Haganah et l'Irgoun, et facilite le transit par la France de Juifs en partance pour Israël, s'opposant à la tendance du Quai d'Orsay à ménager la Ligue arabe. En novembre 1956, dans le cadre de ses fonctions à l'Organisation des Nations unies, il rend publique la coopération militaire, notamment nucléaire, entre la France et Israël. Il s'aligne alors sur Pierre Mendès France pour prendre ses distances avec la campagne franco-britannique de Suez conduite par Guy Mollet, estimant que le président égyptien Gamal Abdel Nasser n'est pas "le nouvel Hitler".
Chef de file de la Troisième Force et diplomate du désarmement
Sous la IVe République, Jules Moch s'impose comme l'un des chefs de file de la Troisième Force, ligne politique combattant à la fois le gaullisme du Rassemblement du peuple français et le Parti communiste. De 1951 à 1960, il représente la France comme délégué à la Commission du désarmement de l'Organisation des Nations unies, refusant durant cette période tout nouveau mandat ministériel pour se consacrer à ces négociations internationales.
Battu par un candidat de l'Union pour la Nouvelle République aux élections législatives de 1958, Jules Moch retrouve un siège de député de l'Hérault le 25 novembre 1962, à la faveur d'un accord départemental entre le Parti communiste français et la SFIO qui voit le candidat communiste Raoul Calas, arrivé en tête au premier tour, se retirer en sa faveur ; il siège à l'Assemblée nationale, durant la IIe législature de la Ve République, du 6 décembre 1962 au 2 avril 1967, avant de se retirer de la vie politique sans se représenter.
La rupture avec le Parti socialiste
Dans les années 1970, Jules Moch prend position contre la stratégie d'union de la gauche entre le Parti socialiste et le Parti communiste. Il démissionne du Parti socialiste le 1er janvier 1975 et publie en 1977 son dernier ouvrage politique, "Le Communisme, jamais !", alors même que François Mitterrand engrange les succès de sa stratégie d'union.
Distinctions
Jules Moch est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur le 12 juillet 1978. Il est de droit commandeur de l'ordre du Mérite civil et président du conseil de l'ordre en tant que ministre de l'Intérieur, à compter du 17 mai 1958, et titulaire de la médaille d'honneur des chemins de fer, échelon vermeil, obtenue le 12 août 1939 en tant qu'ancien ministre des Travaux publics.
Chronologie
- 1893 - Naissance à Paris, le 15 mars
- 1914 - Mobilisation dans le génie militaire à la déclaration de la Première Guerre mondiale
- 1917 - Mariage avec Germaine Picard-Moch
- 1924 - Adhésion à la SFIO, en octobre
- 1928 - Élu député de la Drôme (29 avril)
- 1937 - Sous-secrétaire d'État à la présidence du Conseil (26 mai-21 juin) dans le gouvernement Blum I ; élu député de l'Hérault (2 mai)
- 1938 - Ministre des Travaux publics et des Transports (13 mars-10 avril) dans le gouvernement Blum II
- 1940 - Vote contre les pleins pouvoirs à Pétain (10 juillet) ; arrestation par le régime de Vichy (25 septembre)
- 1941 - Libération par décision de l'amiral Darlan ; entrée en résistance
- 1944 - Mort au combat de son fils André Moch, en avril, à Corenc (Isère)
- 1945 - Élu député de l'Hérault à l'Assemblée constituante (21 octobre) ; ministre des Travaux publics et des Transports (21 novembre)
- 1947 - Ministre de l'Intérieur (24 novembre), au début d'une vague de grèves marquée par le déraillement du train Paris-Tourcoing (2-3 décembre)
- 1948 - Loi créant les IGAME (21 mars) ; répression de la grève des mineurs (octobre-novembre)
- 1949 - Vice-président du Conseil (28 octobre)
- 1950 - Fin de ses fonctions au ministère de l'Intérieur (7 février) ; ministre de la Défense nationale (12 juillet)
- 1951 - Fin de ses fonctions à la Défense nationale (11 août) ; délégué de la France à la Commission du désarmement de l'ONU
- 1954 - Exclusion temporaire de la SFIO, le 31 août, en raison de son opposition à la Communauté européenne de défense
- 1956 - Révélation publique de la coopération militaire franco-israélienne, en novembre, dans le cadre de son mandat à l'ONU
- 1958 - Ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Pflimlin (17-28 mai) ; fin de son mandat de député de l'Hérault (5 décembre)
- 1960 - Fin de son mandat de délégué à la Commission du désarmement de l'ONU
- 1962 - Réélu député de l'Hérault (25 novembre), grâce à un accord entre le Parti communiste et la SFIO
- 1967 - Retrait de la vie politique, sans se représenter
- 1975 - Démission du Parti socialiste, le 1er janvier
- 1977 - Publication de "Le Communisme, jamais !"
- 1978 - Élévation à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur, le 12 juillet
- 1985 - Mort à Cabris (Alpes-Maritimes), le 31 juillet
Mandats et responsabilités
En cours
Mandats sans date connue
- Député2ᵉ législature
