Aller au contenu
SensPoObservatoire politique indépendant

Ce qu'il faut retenir

Parlement européen Groupe GUE_NGL Élue en 2026 2 257 votes exprimés
  • Député européen — Parlement européen, France.
  • Rattachée au parti La Gauche au Parlement européen — GUE/NGL, groupe GUE_NGL.
  • 2 257 votes exprimés au cours du mandat.
  • Détient également un autre mandat (Conseil municipal).
  • Présence publique suivie sur les réseaux sociaux.

Biographie

État civil

Manon Aubry est née le 22 décembre 1989 à Fréjus, dans le département du Var (Provence-Alpes-Côte d'Azur). Issue d'une famille de journalistes — ses parents, Bruno Aubry et Catherine Poggi-Aubry, exercent tous deux cette profession —, elle possède des racines corses par sa mère, dont le grand-père, Modeste Poggi, était un militant de gauche originaire de Bonifacio. Nationalité française.

Formation

Manon Aubry obtient son baccalauréat en 2007 au lycée Saint-Exupéry de Saint-Raphaël. Elle intègre ensuite l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po), où elle suit un cursus en sciences politiques et relations internationales de 2007 à 2010. Durant sa scolarité, elle préside la section locale de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF).

Dans le cadre de son parcours universitaire, elle effectue une année d'échange à l'Université de Sydney (Australie) en 2009-2010, où elle étudie le développement et les droits humains. De retour à Sciences Po, elle poursuit à l'École des affaires internationales (PSIA) de 2010 à 2011. Elle complète sa formation par un master à la School of International and Public Affairs (SIPA) de l'Université Columbia à New York (2011-2012), avec une spécialisation en droits humains et affaires internationales.

Parcours professionnel

Forte de sa formation en droits humains, Manon Aubry s'engage rapidement dans le secteur humanitaire et associatif. En 2013, elle occupe un poste de conseillère sur les politiques relatives aux biocarburants auprès du Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation (Haut-Commissariat aux droits de l'homme). Elle part ensuite en mission en Afrique, d'abord au Liberia avec Médecins du Monde, puis en République démocratique du Congo avec le Carter Center (2013-2014), où elle travaille notamment sur les violations des droits humains perpétrées par des entreprises minières. Ces expériences de terrain la confrontent aux réalités des inégalités mondiales et renforcent son engagement en faveur de la justice sociale.

Parallèlement, à partir de 2013, elle enseigne à la Clinique des droits de l'homme de Sciences Po Paris en qualité de chargée de cours et coordinatrice.

En 2014, elle rejoint Oxfam France comme responsable du plaidoyer « justice fiscale et inégalités ». Pendant quatre ans, elle y mène un travail d'expertise et de mobilisation contre l'évasion fiscale des multinationales, la fraude fiscale et les inégalités économiques. Elle contribue notamment à l'étude « Banks in Exile » (2017), qui documente les pratiques des grandes banques européennes dans les paradis fiscaux. Elle est auditionnée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur les mécanismes d'évitement fiscal et intervient régulièrement dans les médias sur ces questions, en particulier lors de la révélation des « Paradise Papers » en 2017. Elle formule quatre propositions majeures : la transparence fiscale des multinationales, l'établissement d'une liste crédible de paradis fiscaux incluant les États membres de l'Union européenne, des sanctions contre les pays facilitant l'évasion fiscale, et une refonte du système fiscal international.

Parcours politique

L'engagement politique de Manon Aubry débute dès 2005, alors qu'elle est lycéenne à Saint-Raphaël. Elle milite pour le « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen et s'oppose aux réformes éducatives du ministre François Fillon. Elle s'engage ensuite au sein de l'UNEF durant ses études à Sciences Po.

Sans antécédent en politique partisane, elle est approchée en 2018 par Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France Insoumise (LFI), pour conduire la liste du mouvement aux élections européennes de mai 2019. Malgré l'absence d'expérience électorale, son profil d'experte en justice fiscale et en droits humains séduit la direction du parti. La liste LFI obtient 6,31 % des suffrages et Manon Aubry est élue députée européenne.

En juillet 2019, elle est élue coprésidente du groupe de La Gauche au Parlement européen (GUE/NGL), aux côtés de l'eurodéputé allemand Martin Schirdewan. À 29 ans, elle devient la plus jeune présidente de groupe de l'histoire du Parlement européen.

Lors des élections européennes du 9 juin 2024, elle conduit de nouveau la liste La France Insoumise, qui recueille 9,89 % des suffrages — en nette progression par rapport à 2019 — et se classe quatrième. Neuf candidats LFI sont élus, contre six lors du mandat précédent. Manon Aubry est réélue et reconduite à la coprésidence du groupe The Left au Parlement européen pour la dixième législature.

Activité au Parlement européen

Au cours de ses mandats, Manon Aubry siège dans plusieurs commissions et délégations : la commission des affaires économiques et monétaires (ECON), la commission du commerce international (INTA), la sous-commission des affaires fiscales (FISC), ainsi que la délégation à la commission parlementaire Cariforum-UE (DCAR). En tant que coprésidente du groupe The Left, elle participe à la Conférence des présidents (BCPR), instance qui réunit les présidents de tous les groupes politiques et détermine l'ordre du jour des travaux parlementaires.

Son travail législatif le plus emblématique est la directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises (Corporate Sustainability Due Diligence Directive). Rapporteure pour le groupe de La Gauche sur ce texte depuis 2019, elle en est l'une des principales instigatrices. Après quatre années de négociations, le Parlement européen adopte le 24 avril 2024 la directive par 374 voix contre 235. Ce texte contraignant impose aux grandes entreprises opérant en Europe d'identifier, prévenir et réparer les atteintes aux droits humains et à l'environnement dans l'ensemble de leur chaîne de valeur, sous peine d'amendes pouvant atteindre 5 % de leur chiffre d'affaires mondial. Manon Aubry qualifie ce vote de « victoire historique contre l'impunité des multinationales ».

Elle intervient également activement en séance plénière sur les questions de politique commerciale, de protection de l'agriculture européenne, de droits des travailleurs et de gouvernance éthique des institutions européennes. Elle s'est notamment mobilisée pour obtenir la création d'un fonds financé par la FIFA destiné à indemniser les victimes des chantiers de la Coupe du monde 2022 au Qatar.

Prises de position notables

Manon Aubry se distingue par des prises de position marquées sur plusieurs sujets. Elle s'oppose fermement aux accords de libre-échange qu'elle juge préjudiciables à l'agriculture et à la santé publique européennes, déclarant que « le libre-échange est en train de tuer notre agriculture et notre santé ». Elle milite pour une réforme en profondeur de la fiscalité internationale afin de mettre fin aux pratiques d'optimisation et d'évasion fiscales des grandes entreprises.

Sur le plan institutionnel, elle plaide pour une démocratisation des institutions européennes et une plus grande transparence dans les processus décisionnels. Elle critique régulièrement ce qu'elle perçoit comme l'influence excessive des lobbies industriels sur la législation européenne.

Elle soutient la constitution d'un front commun des forces de gauche et écologistes au niveau européen pour contrer la montée de l'extrême droite, estimant que la division de la gauche a favorisé la percée des partis nationalistes, notamment en Allemagne. Elle s'est également positionnée en faveur de la création d'un nouveau parti européen porté par La France Insoumise.

Son parcours, de l'humanitaire à la politique européenne, illustre une trajectoire cohérente articulée autour de la défense des droits humains, de la justice fiscale et de la régulation des multinationales.

L’essentiel de la vie politique, une fois par semaine

Une synthèse sourcée et sans parti pris. Désinscription en un clic, aucune revente d’adresse.

Vous cherchez un compte ? Créer un compte SensPo — pour commenter, suivre vos élus et garder vos analyses.