Ce qu'il faut retenir
- Ancien Député · Assemblée nationale.
Biographie
Michel Henri Louis Bertrand Edmond Junot naît le 29 septembre 1916 dans le 14e arrondissement de Paris. Sa vie traverse presque tout le vingtième siècle français : jeune sous-préfet sous l'Occupation dans une région où furent internés, puis déportés, des Juifs de France, il devient après-guerre un haut fonctionnaire chevronné avant d'entamer, à la fin des années 1950, une carrière politique qui le mène de l'Assemblée nationale au Parlement européen, en passant par la mairie d'une petite commune de l'Oise et l'équipe municipale de Jacques Chirac à Paris. Il meurt le 20 juillet 2008 à Boulogne-Billancourt, à l'âge de 91 ans, quelques mois après la clôture, provoquée par sa disparition, d'une information judiciaire ouverte contre lui pour des faits remontant à l'été 1942.
Des études de droit à l'entrée dans la haute administration
Après des études aux lycées Carnot et Janson-de-Sailly, Michel Junot poursuit un cursus de droit à la faculté de Paris, où il obtient une licence puis un diplôme d'études supérieures de droit public. Cette formation le destine à la haute fonction publique : dès le 15 mai 1940, alors que la France est en pleine débâcle militaire, il devient chef adjoint de cabinet du préfet de Seine-et-Oise, entamant une carrière préfectorale qui se poursuit, avec des interruptions, pendant près de trente ans.
Une carrière préfectorale sous l'Occupation
Le parcours administratif de Michel Junot pendant la guerre le conduit successivement directeur de cabinet du préfet de l'Aube à partir du 1er juillet 1941, puis rédacteur auxiliaire au ministère de l'Intérieur à partir du 1er novembre de la même année. Nommé chef de cabinet de préfet en mars 1942 et affecté au cabinet du secrétaire général à l'Administration à Vichy à partir du 16 avril 1942, il est désigné sous-préfet provisoire de Pithiviers, dans le Loiret, le 9 juin 1942, une nomination confirmée le 30 avril 1943. Il quitte cette sous-préfecture fin 1943 pour devenir, le 24 décembre 1943, secrétaire général de la préfecture du Loiret, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mise en disponibilité sans traitement, le 15 août 1944, à la Libération.
Le territoire dont Michel Junot a la charge comme sous-préfet de Pithiviers abrite alors deux des principaux camps d'internement de la région parisienne, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, par lesquels transitent en 1941 et 1942 des milliers de Juifs arrêtés avant leur déportation vers les camps d'extermination.
Une controverse judiciaire resurgie cinquante ans plus tard
En 1997, un homme du nom de Marc Korenbajzer dépose plainte contre Michel Junot, l'accusant d'avoir exercé une autorité administrative sur les camps d'internement de sa circonscription. Sa demi-sœur, arrêtée lors de la rafle du Vel d'Hiv le 17 juillet 1942, avait été internée à Beaune-la-Rolande avant d'être déportée et assassinée à Auschwitz fin août de la même année. Une information judiciaire pour complicité de crime contre l'humanité est ouverte en février 1997 par le parquet de Paris ; Michel Junot y est entendu comme témoin assisté.
Pour sa défense, Michel Junot fait valoir qu'il n'a pris ses fonctions à Pithiviers que le 26 août 1942, malgré une nomination signée dès le 16 juin, affirmant avoir travaillé jusqu'en août 1942 au secrétariat général de l'Administration à Vichy avant de partir en vacances. Il conteste avoir disposé d'un pouvoir administratif sur les camps, qu'il situe sous l'autorité de la préfecture du Loiret, et nie avoir assisté à la réunion des préfets régionaux du 6 juillet 1942 au cours de laquelle fut arrêtée, dans le cadre des accords Oberg-Bousquet, la politique d'arrestations massives des Juifs de la zone occupée. L'affaire est largement relayée par la presse, notamment Le Point et L'Humanité. Michel Junot engage à son tour des poursuites en diffamation contre France Info et Radio France, que la justice française puis la Cour européenne des droits de l'homme condamnent ; il avait déjà remporté neuf procès en diffamation avant 1997. Jacques Chirac et l'avocat Serge Klarsfeld prennent alors sa défense. L'information judiciaire ouverte contre lui s'éteint avec sa mort, en 2008.
Retour à l'administration centrale sous la Quatrième République
Réintégré dans la haute fonction publique après-guerre, Michel Junot occupe, entre 1945 et 1958, une série de postes de cabinet auprès de plusieurs membres du gouvernement de la Quatrième République : chef de cabinet du commissaire général au tourisme à partir de novembre 1945, du secrétaire d'État à la Présidence du Conseil Paul Devinat en 1948-1949, secrétaire général de la préfecture de l'Indre à partir de janvier 1951, puis, après un détachement au secrétariat général de la Défense nationale, de nouveau directeur de cabinet de Paul Devinat, devenu secrétaire d'État aux Travaux publics, en 1953. Il sert ensuite comme conseiller technique du secrétaire d'État à la Fonction publique René Billères en 1954, puis comme chef de cabinet du ministre de la Reconstruction et du logement Roger Duchet en 1955, avant d'être nommé sous-préfet hors classe de Beaune la même année. Promu préfet de troisième classe et détaché au ministère de la Reconstruction et du logement en mars 1958, il se met en disponibilité pour campagne électorale le 15 juillet 1958.
Député de Paris aux débuts de la Cinquième République
Cette mise en disponibilité porte ses fruits : le 30 novembre 1958, Michel Junot est élu député de la deuxième circonscription de la Seine sous l'étiquette des Indépendants et paysans d'action sociale (IPAS). Il siège à l'Assemblée nationale du 9 décembre 1958 au 9 octobre 1962, avant de céder son siège à Jean Sainteny.
Maire dans l'Oise, puis adjoint de Jacques Chirac à Paris
En 1972, Michel Junot est élu maire de Nanteuil-le-Haudouin, dans l'Oise, mandat qu'il conserve jusqu'en 1977. Cette année-là, Jacques Chirac, qui conquiert la toute nouvelle mairie de Paris issue de la réforme du statut de la capitale, le choisit en vingt-sixième position sur sa liste : Michel Junot devient ainsi l'un de ses maires-adjoints, avant d'exercer également la fonction de médiateur municipal de la Ville de Paris.
Entre 1964 et 1965, dans l'intervalle de sa carrière élective, il avait mis à profit sa disponibilité de l'administration préfectorale pour servir comme conseiller technique du ministre des Finances de Côte d'Ivoire, avant de rester en disponibilité jusqu'à son admission à la retraite de la fonction publique, le 19 avril 1968.
Un mandat au Parlement européen
Michel Junot siège au Parlement européen du 19 juin 1981 au 12 janvier 1983, où il succède à Maurice Doublet.
Un itinéraire à la droite de la droite
Politiquement, Michel Junot se réclame d'une droite conservatrice, proche d'Alain Griotteray, favorable au rassemblement de toutes les droites. Membre du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) puis du Rassemblement pour la République (RPR), il devient par la suite président d'honneur du CNIP ainsi que de la Maison de l'Europe. Il se brouille avec Jacques Chirac au milieu des années 1980, après avoir plaidé pour un rapprochement avec Jean-Marie Le Pen. À la fin des années 1990, il participe, aux côtés de Claude Reichman, d'Alain Griotteray et de Michel Poniatowski, à la fondation de la Droite libérale-chrétienne, le petit parti lancé par Charles Millon pour conjuguer libéralisme économique et valeurs chrétiennes. En 1979, il avait par ailleurs rejoint le Cercle Renaissance, un cercle de réflexion politique. Il est aussi un invité régulier de Radio Courtoisie, la station de la droite conservatrice.
Un dirigeant d'entreprise
En marge de ses activités politiques, Michel Junot administre plusieurs sociétés à partir de 1969. De 1975 à 1977, il préside les Ascenseurs Westinghouse, avant la cession de cette société, puis dirige Westinghouse Électrique France comme président-directeur général délégué du groupe.
Un père malgré lui au centre de l'actualité
Michel Junot est le père de Philippe Junot, homme d'affaires qui épouse en 1978 la princesse Caroline de Monaco, avant que le couple ne divorce deux ans plus tard. Ce mariage très médiatisé place, malgré lui, le nom de Michel Junot au centre de l'actualité mondaine de la fin des années 1970.
Une mémoire de guerre publiée à la fin de sa vie
En 1998, Michel Junot publie ses mémoires, "1940, tel que je l'ai vécu", où il revient sur son expérience de la défaite et des années d'Occupation. Il avait été fait commandeur de l'ordre de l'Étoile noire du Bénin en 1954.
Chronologie
- 1916 - Naissance le 29 septembre dans le 14e arrondissement de Paris
- 1940 - Entrée dans l'administration préfectorale, le 15 mai, comme chef adjoint de cabinet du préfet de Seine-et-Oise
- 1942 - Nomination comme sous-préfet provisoire de Pithiviers (Loiret), le 9 juin
- 1943 - Confirmation dans ses fonctions de sous-préfet de Pithiviers, le 30 avril ; nomination comme secrétaire général du Loiret, le 24 décembre
- 1944 - Mise en disponibilité sans traitement, le 15 août, à la Libération
- 1953 - Sous-préfet de première classe, détaché au secrétariat général de la Défense nationale
- 1954 - Commandeur de l'ordre de l'Étoile noire du Bénin
- 1958 - Préfet de troisième classe, en mars ; élection comme député de la 2e circonscription de la Seine, le 30 novembre
- 1962 - Fin de son mandat de député, le 9 octobre
- 1964 - Conseiller technique du ministre des Finances de Côte d'Ivoire
- 1968 - Admission à la retraite de l'administration préfectorale, le 19 avril
- 1972 - Élection comme maire de Nanteuil-le-Haudouin (Oise)
- 1977 - Fin de son mandat de maire de Nanteuil-le-Haudouin ; choisi par Jacques Chirac comme l'un de ses maires-adjoints à la mairie de Paris
- 1978 - Mariage de son fils Philippe Junot avec la princesse Caroline de Monaco
- 1979 - Adhésion au Cercle Renaissance
- 1981 - Élection au Parlement européen, le 19 juin
- 1983 - Fin de son mandat au Parlement européen, le 12 janvier
- 1997 - Ouverture d'une information judiciaire pour complicité de crime contre l'humanité, en février, à la suite de la plainte de Marc Korenbajzer
- 1998 - Publication de ses mémoires, "1940, tel que je l'ai vécu"
- 2008 - Mort le 20 juillet à Boulogne-Billancourt ; extinction de l'information judiciaire ouverte contre lui
Mandats et responsabilités
En cours
- Centre national des indépendants et paysansPartiLe parti
Mandats sans date connue
- Député1ᵉ législature