Ce qu'il faut retenir
- Ancien Député · Assemblée nationale.
Biographie
Pierre-Henri Clostermann naît le 28 février 1921 à Curitiba, au Brésil, où son père, diplomate d'origine alsacienne-lorraine, est alors en poste. De cette enfance sud-américaine lui vient très tôt le goût de l'aviation : il effectue son baptême de l'air sur un hydravion Latécoère 521 en 1935 et apprend à piloter au Brésil dès 1937. Devenu pilote de chasse de l'aviation française libre pendant la Seconde Guerre mondiale, il compte parmi les as les plus décorés de l'aviation alliée, avant de devenir ingénieur, industriel de l'aéronautique et, pendant plus de vingt ans, député français. Il meurt le 22 mars 2006 à Montesquieu-des-Albères, dans les Pyrénées-Orientales, à l'âge de 85 ans.
Une vocation d'aviateur née sur deux continents
Formé au pilotage au Brésil sur des appareils Bücker, Pierre Clostermann part achever son apprentissage aux États-Unis, à la Ryan School of Aeronautics de San Diego, entre 1938 et 1940. Il en sort en 1940 diplômé ingénieur aéronautique et titulaire d'un brevet de pilote professionnel, fort de 315 heures de vol. C'est cette double compétence, technique et aérienne, qui le distingue de nombreux pilotes de sa génération et qu'il mettra à profit bien après la guerre, dans l'industrie aéronautique.
Engagement dans les Forces aériennes françaises libres
Pierre Clostermann s'engage dans les Forces aériennes françaises libres en Angleterre, en mars 1942. Après une formation à l'unité d'entraînement opérationnel n°61 de Rednal, au pays de Galles, il effectue son premier vol sur Spitfire en janvier 1943. Il est affecté fin janvier 1943 au groupe de chasse « Alsace », qui devient le 341 Squadron de la Royal Air Force, basé successivement à Turnhouse en Écosse puis à Biggin Hill. C'est au sein de cette unité qu'il remporte ses premières victoires homologuées, deux Focke-Wulf 190 abattus le 27 juillet 1943, puis un troisième le 27 août de la même année.
Cette dernière date est aussi celle de la disparition, au cours de la même mission, de René Mouchotte, chef de l'escadrille et figure de proue de l'aviation française libre. Pierre Clostermann, qui volait à ses côtés, a été mis en cause pour ne pas avoir pu le protéger ; l'autopsie pratiquée en 1946 sur la dépouille de Mouchotte n'a révélé ni blessure externe ni présence d'eau dans les poumons, et Clostermann a toujours attribué sa mort à la fatigue et aux effets de l'altitude plutôt qu'à un combat perdu.
Du 602 Squadron aux Tempest du 122 Wing
Pierre Clostermann rejoint ensuite le 602 Squadron « City of Glasgow », de septembre 1943 à la fin de l'année 1944, volant depuis les bases de Newchurch, Detling, Skaebrae dans les Orcades, puis Ford. Il y revendique cinq victoires supplémentaires et cinq probables au mois de juin 1944, dans la période qui suit le débarquement de Normandie. À partir de février 1945, il passe sur Hawker Tempest V au sein du 122 Wing, où il vole successivement avec les 274 Squadron et 56 Squadron avant de commander un flight au sein du 3 Squadron, opérant depuis les bases avancées de Volkel, Rheine-Hopsten puis Fassberg, en Allemagne. Il est nommé Wing Commander à l'âge de 24 ans. Ses dernières actions de guerre, début mai 1945, visent des bases navales allemandes au Danemark ; il est blessé à la jambe droite le 20 avril 1945 après un atterrissage forcé sur le ventre. En juin 1945, il convoie un chasseur à réaction allemand Messerschmitt Me 262 capturé, avant sa démobilisation le 27 août 1945.
Au total, sa carrière opérationnelle représente plus de 2 000 heures de vol, dont environ 600 heures de combat, réparties sur 432 sorties, ainsi que la destruction revendiquée de 225 camions, 72 locomotives et 5 chars au sol.
Le débat sur le nombre de ses victoires aériennes
Le chiffre traditionnellement associé à Pierre Clostermann, celui de 33 victoires aériennes homologuées et 5 probables, en ferait le pilote de chasse français le plus titré de la Seconde Guerre mondiale ; c'est ce chiffre que retiennent sa biographie officielle établie par l'ordre de la Libération et la tradition mémorielle française. Des historiens de l'aviation, notamment Christopher Shores et Clive Williams dans leur ouvrage de référence Aces High (1994), ainsi que Chris Thomas dans Typhoon and Tempest Aces of World War 2 (1999), ont toutefois réexaminé les comptes rendus de combat et les archives des escadrilles où il a servi ; leur analyse aboutit à un total sensiblement inférieur, de l'ordre de 15 à 18 victoires confirmées. Cet écart entre le décompte traditionnel et la révision historiographique n'a pas été tranché de manière définitive et continue d'alimenter la littérature spécialisée sur l'aviation de la Seconde Guerre mondiale.
Décorations
Pierre Clostermann est fait Compagnon de la Libération par décret du 21 janvier 1946. Il est par ailleurs grand-croix de la Légion d'honneur, titulaire de la médaille militaire, de la croix de guerre 1939-1945 avec 17 palmes, de la croix de la Valeur militaire, de la médaille de la Résistance avec rosette et de la médaille aéronautique. Ses états de service lui valent également des décorations étrangères, dont la Distinguished Flying Cross avec barrette et la Distinguished Service Cross américaine, la Silver Star et l'Air Medal des États-Unis, ainsi que plusieurs ordres belge, danois, portugais, marocain, tunisien et brésilien.
« Le Grand Cirque » et l'œuvre d'écrivain
En 1948, Pierre Clostermann publie chez Flammarion Le Grand Cirque, mémoires de sa guerre comme pilote de chasse des forces françaises libres au sein de la Royal Air Force. Le livre connaît un succès mondial considérable, avec environ trois millions d'exemplaires vendus et des traductions dans plus de trente langues ; l'écrivain William Faulkner l'aurait qualifié de meilleur livre jamais écrit sur la guerre. L'ouvrage est adapté en bande dessinée par Christian Mathelot dès 1950, et Clostermann en publiera une version refondue, Le Grand Cirque 2000, en 2001. Il poursuit une œuvre littéraire abondante, avec notamment Feux du ciel (1951), Appui-feu sur l'oued Hallaïl (1960), inspiré de son expérience de la guerre d'Algérie, Des poissons si grands (1963), Spartacus, l'espadon (1989) et Mémoires au bout d'un fil (1994).
Ingénieur et industriel de l'aéronautique
Sa formation d'ingénieur aéronautique conduit Pierre Clostermann vers une seconde carrière dans l'industrie après la guerre. En 1962, il devient directeur commercial de la société Max Holste, qui deviendra Reims Aviation, contribuant à la production d'environ 5 000 avions. Il exerce également la vice-présidence de Cessna Aircraft aux États-Unis, siège comme administrateur au sein du groupe Dassault, où il suit notamment les programmes Transall et Airbus A300, et devient administrateur de Renault. En 1973, il est invité à enseigner à l'école d'état-major de l'armée de l'air des États-Unis. Dans les années 1950, il conserve par ailleurs un lien avec les armées, en commandant en Algérie, entre 1956 et 1957, une unité aérienne équipée d'avions Broussard, et termine sa carrière militaire de réserve avec le grade de colonel.
Plus de vingt ans de mandat parlementaire
Pierre Clostermann est élu député pour la première fois le 2 juin 1946, dans le Bas-Rhin, avec 55 060 voix sur 320 411 suffrages exprimés ; il est alors présenté comme le plus jeune député de France, à 25 ans. Il siège ensuite sans discontinuer, à travers plusieurs circonscriptions et sous plusieurs législatures de la IVe puis de la Ve République : dans le Bas-Rhin de 1946 à 1951, dans la Marne de 1951 à 1955, dans la Seine (1re circonscription) de 1956 à 1958, en Seine-et-Oise (5e circonscription) de 1962 à 1967, puis dans les Yvelines (4e circonscription) de 1967 à 1969. Il exerce la vice-présidence de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale de 1963 à 1969, et occupe les fonctions de secrétaire de l'Assemblée nationale en 1946 et 1947.
Son parcours partisan suit les recompositions successives de la droite et du centre sous les deux Républiques : élu d'abord sous l'étiquette de l'Union démocratique et socialiste de la Résistance, il rejoint ensuite l'Action démocratique et sociale, les Républicains sociaux, puis, à partir de la Ve République, l'Union pour la nouvelle République-Union démocratique du travail et enfin l'Union des démocrates pour la Ve République puis l'Union des démocrates pour la République, dans la mouvance gaulliste à laquelle il reste fidèle toute sa carrière.
Au cours de ses mandats, Pierre Clostermann prend position sur plusieurs grands débats de la IVe République : il soutient Paul Ramadier lors du renvoi des ministres communistes du gouvernement en mai 1947, s'oppose à la nationalisation des écoles des houillères en 1948, s'abstient sur le plan Marshall la même année, soutient la création du Conseil de l'Europe et l'adhésion à l'OTAN en 1949, s'oppose au projet de Communauté européenne de défense tout en soutenant un accord franco-britannique sur l'Allemagne en 1954-1955, appuie Pierre Mendès France sur la question de l'Afrique du Nord en 1954, puis s'oppose à la Communauté économique européenne et à l'Euratom en 1957.
Il démissionne de son mandat de député le 19 septembre 1969, dans le but déclaré de permettre le retour à l'Assemblée nationale de Maurice Couve de Murville ; l'élection partielle qui s'ensuit est finalement perdue par le candidat gaulliste au profit de Michel Rocard. Il se présente une dernière fois comme suppléant d'une candidature UDR dans le Val-de-Marne en 1973, face à Georges Marchais. Il figure en 1981 parmi les membres du comité d'honneur du Mouvement Initiative et Liberté.
Chronologie
- 1921 - Naissance à Curitiba, au Brésil, le 28 février
- 1935 - Baptême de l'air sur hydravion Latécoère 521
- 1937 - Premiers apprentissages du pilotage, au Brésil
- 1940 - Diplôme d'ingénieur aéronautique et brevet de pilote professionnel, à la Ryan School of Aeronautics (San Diego)
- 1942 - Engagement dans les Forces aériennes françaises libres, en mars, en Angleterre
- 1943 - Premier vol sur Spitfire ; affectation au groupe de chasse Alsace (341 Squadron) ; premières victoires homologuées le 27 juillet ; disparition de René Mouchotte le 27 août ; affectation au 602 Squadron en septembre
- 1944 - Victoires revendiquées au mois de juin, dans la période du débarquement de Normandie
- 1945 - Passage sur Hawker Tempest V au sein du 122 Wing ; nomination au grade de Wing Commander ; blessure à la jambe le 20 avril ; convoyage d'un Messerschmitt Me 262 en juin ; démobilisation le 27 août
- 1946 - Élu député du Bas-Rhin le 2 juin ; Compagnon de la Libération par décret du 21 janvier ; secrétaire de l'Assemblée nationale
- 1948 - Publication du Grand Cirque, chez Flammarion
- 1951 - Élu député de la Marne ; publication de Feux du ciel
- 1956 - Élu député de la Seine
- 1956 - Commandement d'une unité aérienne en Algérie (jusqu'en 1957)
- 1960 - Publication d'Appui-feu sur l'oued Hallaïl
- 1962 - Élu député de Seine-et-Oise ; directeur commercial de Max Holste (futur Reims Aviation)
- 1963 - Vice-président de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale
- 1967 - Élu député des Yvelines
- 1969 - Démission de son mandat de député, le 19 septembre
- 1973 - Candidature comme suppléant dans le Val-de-Marne face à Georges Marchais
- 1981 - Membre du comité d'honneur du Mouvement Initiative et Liberté
- 1989 - Publication de Spartacus, l'espadon
- 1994 - Publication de Mémoires au bout d'un fil
- 2001 - Publication du Grand Cirque 2000, version refondue
- 2006 - Mort à Montesquieu-des-Albères, le 22 mars
Mandats et responsabilités
En cours
- Union pour la nouvelle RépubliqueParti
- Union des démocrates pour la RépubliquePartiLe parti
- Parti républicain, radical et radical-socialistePartiLe parti
- Rassemblement du peuple françaisParti
Mandats sans date connue
- Député4ᵉ législature
- Député2ᵉ législature
- Député3ᵉ législature
