Ce qu'il faut retenir
- Ancienne Député · Assemblée nationale.
- Présence publique suivie sur les réseaux sociaux.
Biographie
Michèle Yvette Marie-Thérèse Marie naît le 10 septembre 1946 à Villeneuve-le-Roi, en Seine-et-Oise. Fille de Bernard Marie, arbitre international de rugby à XV devenu député des Pyrénées-Atlantiques et maire de Biarritz, et de Renée Leyko, elle grandit dans une famille où la politique locale basque tient une place centrale, un ancrage qui façonnera l'essentiel de sa carrière électorale. Son nom d'usage, Alliot-Marie, vient de son mariage avec Michel Alliot, universitaire spécialiste de droit africain, célébré en 1971 et dissous par un divorce en 1984. Depuis 1988, elle partage sa vie avec l'homme politique Patrick Ollier. Elle est le plus souvent désignée, dans la presse et le débat public, par les initiales « MAM ».
Une formation juridique et une carrière universitaire
Après une scolarité au lycée Folie-Saint-James de Neuilly-sur-Seine, Michèle Alliot-Marie entreprend des études supérieures étoffées : droit et sciences économiques à Paris, lettres à la Sorbonne, puis sciences politiques et histoire du droit à Panthéon-Sorbonne et Panthéon-Assas, complétées par un certificat de droit et d'économie des pays d'Afrique, une maîtrise d'ethnologie et un certificat d'aptitude à la profession d'avocat. Elle obtient en 1973 un doctorat en droit à Panthéon-Assas, avec une thèse consacrée au « salarié actionnaire », puis un doctorat d'État en science politique à Panthéon-Sorbonne en 1982, sur les décisions politiques et les structures administratives.
Cette double formation la conduit d'abord vers l'université : assistante à Panthéon-Assas puis à Panthéon-Sorbonne de 1970 à 1984, elle devient cette même année maître de conférences en droit public à l'École de droit de la Sorbonne. En parallèle, elle multiplie dès le début des années 1970 les passages dans des cabinets ministériels : conseillère technique auprès d'Edgar Faure, ministre des Affaires sociales, en 1972 ; chargée de mission au cabinet de Bernard Stasi, ministre des Départements et territoires d'outre-mer, en 1973-1974 ; chargée de mission auprès de Gérard Ducray, secrétaire d'État au Tourisme, en 1974 ; conseillère technique auprès de Jean-Pierre Soisson, secrétaire d'État aux Universités, de 1974 à 1976 ; puis directrice de cabinet d'Alice Saunier-Seïté, secrétaire d'État puis ministre des Universités, de 1976 à 1978. De 1979 à 1985, elle est par ailleurs administratrice puis présidente-directrice générale de la société Uta-Indemnité.
L'ancrage électoral basque
Michèle Alliot-Marie entre en politique locale en 1983 comme conseillère municipale de Ciboure, avant de rejoindre en 1984 le conseil municipal de Biarritz aux côtés de son père. Un conflit interne éclate en 1990 lorsque le premier adjoint, Didier Borotra, conteste le projet du maire Bernard Marie de construire un hôtel-casino sur la grande plage de Biarritz, provoquant la chute du conseil municipal. Aux élections municipales anticipées de 1991, la liste conduite par Didier Borotra l'emporte et Michèle Alliot-Marie perd, avec son père, son siège au conseil municipal.
Elle se tourne alors vers Saint-Jean-de-Luz, où elle est élue conseillère générale des Pyrénées-Atlantiques en 1994, puis vice-présidente du conseil général présidé par François Bayrou. Le 18 juin 1995, elle est élue maire de Saint-Jean-de-Luz, battant le maire sortant Paul Badiola, et elle est réélue dès le premier tour le 11 mars 2001 avec 51,86 % des suffrages. Devenue ministre de la Défense en mai 2002, elle cède son fauteuil de maire le 7 mai 2002 à Pierre « Peyuco » Duhart et devient première adjointe chargée des relations institutionnelles et de l'intercommunalité. Elle continue cependant, sans en briguer elle-même la présidence, de conduire la liste municipale qui l'emporte dès le premier tour en 2008 avec 55,56 % des voix et 26 sièges sur 33. Son bilan municipal est diversement apprécié : ses soutiens louent le rééquilibrage des finances locales et sa capacité, du fait de son poids national, à obtenir des subventions publiques, tandis que ses opposants lui reprochent un retard de 445 logements sociaux par rapport aux obligations légales et une forme d'inaction lors de la fermeture, en 1997, de la conserverie Saupiquet, qui supprime 130 emplois. En 2008, elle promet 300 logements sociaux supplémentaires et impose un taux de 30 % de logements sociaux dans les nouveaux programmes privés. Sur le dossier institutionnel basque, elle s'oppose à la création d'un département spécifique et défend l'idée d'une région regroupant le Pays basque, le Béarn et la Bigorre.
Députée des Pyrénées-Atlantiques, de 1986 à 2012
Michèle Alliot-Marie est élue pour la première fois à l'Assemblée nationale en mars 1986, au scrutin proportionnel de liste alors en vigueur, sous l'étiquette du Rassemblement pour la République. Elle entre presque aussitôt au gouvernement, ce qui conditionne l'essentiel de sa carrière parlementaire ultérieure : les règles de non-cumul entre mandat de député et fonction ministérielle l'amènent à céder régulièrement son siège de la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques (Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye et le sud du Pays basque) à son suppléant, Daniel Poulou.
Elle est ainsi réélue en juin 1988, en mars 1993, lors d'une élection partielle en septembre 1995, en juin 1997, en juin 2002, en juin 2007, puis lors d'une nouvelle élection partielle en mars 2011, mais elle ne siège personnellement à l'Assemblée que lors des périodes où elle n'exerce pas de fonction gouvernementale : de 1988 à 1993, de septembre 1995 à juillet 2002, pendant vingt-neuf jours en juin-juillet 2007, puis de mars 2011 à juin 2012. Elle appartient, au fil de ces mandats, aux commissions des Affaires étrangères et de la Défense. Sa septième victoire consécutive, en 2007, est suivie d'une première défaite en juin 2012, où elle est battue au second tour par la socialiste Sylviane Alaux avec 48,4 % des suffrages, dans un contexte marqué par l'usure du pouvoir, la victoire nationale du Parti socialiste et les répercussions de l'affaire tunisienne.
Deux mandats au Parlement européen
Michèle Alliot-Marie est élue une première fois députée européenne le 15 juin 1989 ; elle siège du 25 juillet 1989 au 30 mars 1993 au sein du groupe du Rassemblement des démocrates européens. Vingt ans plus tard, elle revient au Parlement européen : élue le 25 mai 2014 en tête de la liste de l'UMP dans la circonscription Sud-Ouest, où sa liste recueille 18,5 % des voix, derrière le Front national (24,7 %), elle siège du 1er juillet 2014 au 1er juillet 2019 au sein du groupe du Parti populaire européen et de la commission des Affaires étrangères. Elle ne se représente pas à l'issue de ce mandat.
Secrétaire d'État à l'Enseignement, puis ministre de la Jeunesse et des Sports
Nommée secrétaire d'État à l'Enseignement auprès du ministre de l'Éducation nationale René Monory le 20 mars 1986, dans le gouvernement de Jacques Chirac sous la présidence de François Mitterrand, elle occupe cette fonction jusqu'au 10 mai 1988.
Le 30 mars 1993, elle devient ministre de la Jeunesse et des Sports dans le gouvernement d'Édouard Balladur, succédant à Frédérique Bredin, poste qu'elle occupe jusqu'au 11 mai 1995, avant de céder la place à Guy Drut. Ce ministère est marqué par la gestion de la violence dans les stades après les incidents survenus lors du match Caen-PSG du 28 août 1993 : elle porte la loi du 6 décembre 1993, dite « loi Alliot-Marie », qui crée la peine d'interdiction de stade, et impulse la création d'une fédération du bénévolat.
Première femme ministre de la Défense (2002-2007)
Le 7 mai 2002, Michèle Alliot-Marie devient ministre de la Défense dans les gouvernements successifs de Jean-Pierre Raffarin puis de Dominique de Villepin, succédant à Alain Richard. Elle est alors la première femme à occuper ce ministère en France, et la première femme ministre de la Défense parmi les cinq puissances dotées de l'arme nucléaire reconnues par le traité de non-prolifération. Son mandat, qui s'achève le 15 mai 2007 avec l'arrivée d'Hervé Morin, est marqué par l'achèvement de la professionnalisation des armées engagée après la suspension du service militaire, par le soutien à l'intervention internationale en Afghanistan et une opposition affichée à l'invasion de l'Irak, par la gestion de la crise ivoirienne de novembre 2004 et du conflit israélo-libanais de l'été 2006, par le désamiantage du porte-avions Clemenceau entre 2005 et 2006, ainsi que par la restructuration du groupe industriel GIAT en 2006 et la transformation de la Direction des constructions navales en société DCNS la même année. Son influence internationale lui vaut d'être classée par le magazine Forbes parmi les femmes les plus puissantes du monde, au 57e rang en 2006 puis au 11e rang en 2007, ce qui fait alors d'elle, selon ce classement, la deuxième femme la plus puissante d'Europe et la première de France.
Ministre de l'Intérieur (2007-2009)
Le 18 mai 2007, elle devient ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales dans les gouvernements de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, devenant la première femme à occuper ce ministère régalien en France. Elle quitte ce poste le 23 juin 2009, cédant sa place à Brice Hortefeux. Son passage place Beauvau est marqué par la dissolution, le 18 avril 2008, du groupe de supporteurs « Boulogne Boys » à la suite d'une banderole jugée injurieuse déployée au Stade de France le 29 mars 2008, par un durcissement de la législation relative aux chiens dangereux après la mort d'un enfant de dix-huit mois à Épernay le 26 août 2007, par la fusion de la Direction de la surveillance du territoire et de la Direction centrale des renseignements généraux au sein de la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur le 1er juillet 2008, par la création des fichiers de renseignement Cristina et Edvige, contestés par la Commission nationale de l'informatique et des libertés et par des associations de défense des libertés publiques, par l'affaire Julien Coupat, ce militant incarcéré pendant sept mois sur des soupçons de terrorisme, par la création des unités territoriales de quartier le 28 mars 2008, par le rattachement budgétaire de la gendarmerie nationale au ministère de l'Intérieur au 1er janvier 2009, et par le lancement, le 19 janvier 2009, de la loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi 2).
Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Libertés (2009-2010)
Le 23 juin 2009, Michèle Alliot-Marie devient ministre d'État, garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Libertés, succédant à Rachida Dati. Elle prend ses fonctions en pleine série de suicides en détention : le 6 août 2008, alors ministre de l'Intérieur, elle avait demandé un rapport sur ce sujet, dont les vingt recommandations, issues des travaux de la commission Albrand réunie en avril 2008 sous l'autorité de Rachida Dati, sont publiées le 17 août 2008. Devenue garde des Sceaux, elle met en œuvre des mesures de prévention du suicide en détention, notamment la formation du personnel pénitentiaire et la distribution de kits de protection comprenant couvertures indéchirables, pyjamas et serviettes à usage unique. Le 26 juillet 2010, elle annonce un plan de fermeture, entre 2015 et 2017, de vingt-trois établissements pénitentiaires vétustes, dans le cadre d'une politique de modernisation du parc carcéral visant à porter sa capacité à 68 000 places. Elle porte également, sur mandat du président de la République, une réforme de la procédure pénale s'appuyant sur les conclusions du comité présidé par Philippe Léger, remises le 1er septembre 2009 à Nicolas Sarkozy, qui prévoient la suppression du juge d'instruction et le transfert de ses pouvoirs au parquet ; cette réforme suscite l'opposition des syndicats de magistrats et de plusieurs juges, dont Renaud Van Ruymbeke. Le 4 janvier 2010, lors du discours de rentrée solennelle de l'École du barreau, elle défend ce projet. Elle quitte la Chancellerie le 13 novembre 2010, laissant sa place à Michel Mercier.
Ministre des Affaires étrangères, et la démission de février 2011
Le 14 novembre 2010, Michèle Alliot-Marie devient ministre d'État, ministre des Affaires étrangères et européennes, succédant à Bernard Kouchner. Son mandat, le plus court de tous ceux qu'elle a exercés au gouvernement, s'achève de façon abrupte le 27 février 2011, dans le contexte de la controverse tunisienne détaillée plus loin. Alain Juppé lui succède.
La présidence du Rassemblement pour la République (1999-2002)
Entrée au comité central du RPR en 1984, à sa commission exécutive en 1985 puis à son bureau politique en 1991, Michèle Alliot-Marie occupe successivement plusieurs fonctions internes au mouvement gaulliste : secrétaire nationale à l'enseignement et à la recherche de 1985 à 1986, aux études et projets de 1988 à 1990, secrétaire générale adjointe chargée des affaires étrangères de 1990 à 1993, puis secrétaire nationale aux questions de société en 1998-1999 et aux élections en 1999. En 1995, son refus de choisir entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, dont elle tente de rapprocher les partisans, lui coûte une place dans le gouvernement d'Alain Juppé et la conduit à se recentrer sur la vie interne du RPR, alors fragilisé par les défaites successives aux élections législatives de 1997, régionales de 1998 et européennes de 1999.
En novembre et décembre 1999, le RPR organise pour la première fois l'élection directe de son président par l'ensemble de ses adhérents. Face à Jean-Paul Delevoye, présenté comme le candidat de l'Élysée, à François Fillon, qui incarne le courant des gaullistes sociaux proche de Philippe Séguin, et à Patrick Devedjian, représentant l'aile libérale et balladuro-sarkozyste, Michèle Alliot-Marie arrive en deuxième position au premier tour avec 31,19 % des voix, derrière Jean-Paul Delevoye (35,26 %). Bénéficiant au second tour, le 4 décembre 1999, du désistement des deux autres candidats, elle l'emporte avec 62,71 % des suffrages des militants et devient la première femme à présider un grand parti de droite français.
À la tête du RPR jusqu'au 24 avril 2002, elle s'attache à autonomiser le mouvement vis-à-vis de l'Élysée, se montre réticente à l'idée de la création d'un grand parti unique de la droite et du centre, et constitue un « cabinet fantôme » de douze délégués nationaux, dont l'écho médiatique reste limité. Le nombre d'adhérents du parti double sous sa présidence. Elle conduit le RPR aux élections municipales de mars 2001, marquées par une victoire d'ensemble de la droite mais par la perte des mairies de Paris et de Lyon, puis prépare le mouvement pour l'élection présidentielle de 2002.
De la dissolution du RPR à la naissance de l'UMP
Après avoir quitté la présidence du RPR le 24 avril 2002, à l'occasion de son entrée au gouvernement comme ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie se résout à la dissolution du mouvement qu'elle avait présidé. Le RPR fusionne le 21 septembre 2002 au sein de l'Union pour la majorité présidentielle, rebaptisée quelques mois plus tard Union pour un mouvement populaire (UMP), sous la conduite intérimaire de Serge Lepeltier puis d'Alain Juppé, élu premier président du nouveau parti.
L'affaire tunisienne et la démission du gouvernement (janvier-février 2011)
Ministre des Affaires étrangères et européennes depuis le 14 novembre 2010, Michèle Alliot-Marie exerce ses fonctions au moment où la Tunisie traverse, à partir de décembre 2010, un mouvement de contestation populaire contre le régime du président Zine el-Abidine Ben Ali, prélude à ce qui sera appelé le « printemps arabe ».
Le 11 janvier 2011, trois jours avant la chute du régime tunisien, Michèle Alliot-Marie déclare devant l'Assemblée nationale que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier » pourrait permettre de « régler des situations sécuritaires de ce type », en référence à la répression des manifestations en cours en Tunisie. Cette déclaration est largement interprétée par une partie de la presse et de la classe politique comme une offre d'assistance sécuritaire française au régime de Ben Ali ; plusieurs parlementaires de l'opposition et associations réclament alors sa démission, tandis que la ministre affirme que ses propos ont été sortis de leur contexte. Début février 2011, le Premier ministre François Fillon confirme par ailleurs qu'une autorisation de livraison de grenades lacrymogènes à la police tunisienne, donnée par le ministère des Affaires étrangères et rendue définitive le 12 janvier 2011, avait été retardée par les douanes françaises avant d'être annulée par la ministre elle-même le 18 janvier 2011, quatre jours après la fuite de Ben Ali le 14 janvier.
Fin janvier 2011, l'hebdomadaire Le Canard enchaîné révèle que Michèle Alliot-Marie a passé ses vacances de fin d'année 2010 en Tunisie, alors que les manifestations s'y déroulaient déjà depuis plusieurs semaines, et que la ministre, son compagnon Patrick Ollier, ainsi que les parents de la ministre, ont effectué deux trajets à bord d'un avion privé appartenant à Aziz Miled, homme d'affaires tunisien en relation avec des proches du régime de Ben Ali et lié à la compagnie Karthago Airlines. Le Canard enchaîné révèle également que les parents de Michèle Alliot-Marie ont conclu, avec ce même Aziz Miled, une transaction immobilière. Le site d'information Mediapart rapporte de son côté que la ministre a eu, durant ce séjour, une brève conversation téléphonique avec le président Ben Ali. Ces révélations, ainsi que des explications de la ministre jugées partielles et changeantes par une partie de la presse, alimentent une controverse politique de plusieurs semaines. Le 4 février 2011, le nouveau ministre tunisien des Affaires étrangères de l'après-Ben Ali, Ahmed Ounaies, prononce à Paris un discours élogieux à l'égard de Michèle Alliot-Marie ; les critiques que ce geste suscite en Tunisie, y compris de la part des fonctionnaires de son propre ministère, le conduisent à démissionner dès le 7 février 2011.
Face à ces révélations, Michèle Alliot-Marie dénonce une « campagne indigne » menée contre elle et affirme que « répéter des mensonges n'en fait pas des vérités ». Le président de la République et le Premier ministre écartent, dans un premier temps, l'hypothèse d'une démission. Celle-ci intervient finalement le 27 février 2011 : Michèle Alliot-Marie remet ce jour-là au président Nicolas Sarkozy sa lettre de démission, dans laquelle elle indique avoir « le sentiment de n'avoir commis aucun manquement ». Le soir même, le chef de l'État annonce un remaniement ministériel et la réorganisation du ministère des Affaires étrangères, sans citer son nom, et nomme Alain Juppé pour lui succéder. François Fillon expliquera par la suite que le départ de la ministre était devenu inéluctable parce que sa voix, en tant que chef de la diplomatie française, était devenue « inaudible ». Michèle Alliot-Marie, qui soupçonne Alain Juppé d'avoir joué un rôle déterminant dans son éviction, restera durablement en froid avec lui.
Le retour au Parlement, puis le retrait de la vie politique nationale
Sa démission du gouvernement lui permet de retrouver, en mars 2011, son siège de députée de la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, alors occupé par son suppléant Daniel Poulou. Elle échoue toutefois à se faire réélire en juin 2012, mettant fin à sept victoires électorales consécutives depuis 1986.
En novembre 2012, alors que le congrès de l'UMP oppose principalement Jean-François Copé à François Fillon pour la présidence du mouvement, Michèle Alliot-Marie dépose, aux côtés de Roger Karoutchi, Gérard Larcher, Patrick Ollier et Henri Guaino, une motion intitulée « Le gaullisme, une voie d'avenir pour la France », qui recueille 12,4 % des suffrages des militants et se classe en quatrième position. Elle prend également position, à cette période, contre le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe porté par la garde des Sceaux Christiane Taubira.
En 2014, elle retrouve un mandat électif au Parlement européen. En 2016, elle se porte candidate à la présidence du Conseil national du parti Les Républicains, nouvelle dénomination de l'UMP, mais elle est battue par Luc Chatel. Un temps annoncée comme possible candidate à l'élection présidentielle de 2017, elle renonce finalement à se présenter. Elle ne se représente pas aux élections européennes de 2019 à l'issue de son second mandat, mettant un terme à plus de trente ans de vie politique nationale. Le mouvement gaulliste « Le Chêne », qu'elle avait fondé en octobre 2006 au sein de l'UMP, est mis en sommeil dès janvier 2014, après avoir été épinglé par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques pour son incapacité à justifier l'origine de certains dons.
Une autre procédure judiciaire : l'affaire de Bouaké
Distincte de l'épisode tunisien, une autre procédure judiciaire concerne Michèle Alliot-Marie au titre de ses fonctions passées de ministre de la Défense. En 2016, la juge d'instruction Sabine Kheris demande le renvoi devant la Cour de justice de la République de trois anciens ministres, Michèle Alliot-Marie, Michel Barnier et Dominique de Villepin, soupçonnés d'avoir permis l'exfiltration, vers l'étranger, de mercenaires impliqués dans l'attaque du camp militaire de Bouaké, en Côte d'Ivoire, le 6 novembre 2004, qui avait coûté la vie à neuf soldats français de la force Licorne et à un civil américain. En mars 2019, la commission des requêtes de la Cour de justice de la République rend un avis d'abandon des poursuites, estimant que l'enquête n'avait pas établi de rôle actif des trois anciens ministres dans ce dossier.
Un positionnement gaulliste au service des fonctions régaliennes
Membre du RPR puis de l'UMP à partir de 2002, et enfin des Républicains à partir de 2015, Michèle Alliot-Marie s'est constamment revendiquée d'un gaullisme social et institutionnel, tant à travers ses responsabilités internes au RPR que par la fondation du mouvement « Le Chêne » en 2006 ou le dépôt de la motion « gaullisme, une voie d'avenir » en 2012. Sa carrière ministérielle présente la particularité d'avoir couvert successivement les quatre grands portefeuilles régaliens de l'État, Défense, Intérieur, Justice et Affaires étrangères, ce qui reste rare sous la Ve République. Elle a par ailleurs reçu plusieurs décorations étrangères, notamment aux Comores, en Côte d'Ivoire, en Égypte, au Gabon et au Pérou.
Chronologie
- 1946 - Naissance à Villeneuve-le-Roi (Seine-et-Oise), le 10 septembre
- 1971 - Mariage avec Michel Alliot
- 1973 - Doctorat en droit, à Panthéon-Assas
- 1978 - Fin de ses fonctions de directrice de cabinet d'Alice Saunier-Seïté
- 1982 - Doctorat d'État en science politique, à Panthéon-Sorbonne
- 1983 - Élue conseillère municipale de Ciboure
- 1984 - Divorce d'avec Michel Alliot ; élue conseillère municipale de Biarritz ; devient maître de conférences en droit public
- 1986 - Élue députée pour la première fois, en mars ; nommée secrétaire d'État à l'Enseignement, le 20 mars
- 1988 - Fin de ses fonctions de secrétaire d'État à l'Enseignement ; réélue députée ; début de sa relation avec Patrick Ollier
- 1989 - Élue députée européenne, le 15 juin
- 1991 - Perd son mandat de conseillère municipale de Biarritz
- 1993 - Nommée ministre de la Jeunesse et des Sports, le 30 mars ; réélue députée
- 1994 - Élue conseillère générale des Pyrénées-Atlantiques
- 1995 - Fin de ses fonctions de ministre de la Jeunesse et des Sports ; élue maire de Saint-Jean-de-Luz, le 18 juin
- 1999 - Élue présidente du RPR, le 4 décembre
- 2001 - Réélue maire de Saint-Jean-de-Luz
- 2002 - Quitte la présidence du RPR, le 24 avril ; nommée ministre de la Défense, le 7 mai, première femme à occuper ce poste en France ; cède la mairie de Saint-Jean-de-Luz ; dissolution du RPR dans l'Union pour la majorité présidentielle, future UMP, le 21 septembre
- 2006 - Fonde le mouvement « Le Chêne »
- 2007 - Fin de ses fonctions de ministre de la Défense ; nommée ministre de l'Intérieur, le 18 mai
- 2008 - Réélue à la tête de la liste municipale de Saint-Jean-de-Luz
- 2009 - Fin de ses fonctions de ministre de l'Intérieur ; nommée garde des Sceaux, ministre de la Justice, le 23 juin
- 2010 - Fin de ses fonctions de garde des Sceaux ; nommée ministre des Affaires étrangères et européennes, le 14 novembre
- 2011 - Déclaration à l'Assemblée nationale sur le « savoir-faire » sécuritaire français, le 11 janvier ; démission du gouvernement, le 27 février ; retour à l'Assemblée nationale comme députée
- 2012 - Dépôt de la motion « Le gaullisme, une voie d'avenir pour la France » au congrès de l'UMP ; battue aux élections législatives, après sept victoires consécutives depuis 1986
- 2014 - Mise en sommeil du mouvement « Le Chêne » ; réélue députée européenne, le 25 mai
- 2016 - Candidate battue à la présidence du Conseil national des Républicains ; renvoi demandé devant la Cour de justice de la République dans l'affaire de Bouaké
- 2019 - Abandon des poursuites dans l'affaire de Bouaké ; fin de son mandat de députée européenne, elle ne se représente pas
Mandats et responsabilités
En cours
- LRPartiLe parti
Mandats passés
- 2007 – 2012Député13ᵉ législature
