Comprendre · Institutions
La Ve République
Institutions, histoire et révisions : comment fonctionne le régime né en 1958
Mis à jour le 11 septembre 2026 · 20 min · Accessible
L’essentiel
Qui élit, qui nomme, qui peut arrêter qui
Les citoyens élisent directement le Président et les députés. Le Président nomme le Gouvernement, que l’Assemblée nationale peut renverser, et peut dissoudre cette Assemblée. Chaque pouvoir en désigne un autre, et chacun peut être arrêté par un autre.
- Citoyens vers Présidentl’élisent au suffrage universel direct pour cinq ans art. 6
- Président vers Citoyenspeut leur soumettre un projet de loi par référendum art. 11
- Président vers Gouvernementnomme le Premier ministre, puis les ministres sur sa proposition art. 8
- Gouvernement vers Assemblée nationalepeut engager sa responsabilité sur un texte, adopté sauf si une motion de censure est votée art. 49
- Assemblée nationale vers Gouvernementpeut le renverser en votant une motion de censure art. 49 et 50
- Président vers Assemblée nationalepeut la dissoudre art. 12
- Citoyens vers Assemblée nationaleélisent les députés au suffrage universel direct art. 24
- Assemblée nationale vers Sénatlui transmet les textes qu’elle adopte art. 45
- Sénat vers Assemblée nationalelui transmet les siens ; en cas de désaccord, l’Assemblée peut avoir le dernier mot art. 45
- Citoyens vers Sénatélisent les élus locaux, qui élisent à leur tour les sénateurs art. 24
- Conseil constitutionnel vers Parlementpeut censurer une loi contraire à la Constitution art. 61 et 61-1
- Qui élit ou nomme qui
- Comment la loi se fait
- Qui peut arrêter qui : dissoudre, renverser, censurer
On qualifie souvent la Ve République de régime « semi-présidentiel » : le Président, élu par les citoyens, exerce seul certains pouvoirs, mais le Gouvernement qu’il nomme ne tient que tant que l’Assemblée nationale ne le renverse pas. Quand la majorité de l’Assemblée est opposée au Président, c’est la cohabitation : le Premier ministre gouverne.
Source : Constitution du 4 octobre 1958, articles 3, 5, 6, 8, 11, 12, 20, 24, 45, 49, 50, 56, 61 et 61-1 ; code électoral, articles LO 119, LO 121, LO 274 et LO 275.
Présidentiel ou parlementaire ?
D’où elle vient
Les régimes politiques de la France depuis 1791
Chaque barre dure ce qu’a duré le régime. Les dates suivent la convention du ministère de l’Intérieur, à l’année ; celles du XXe siècle sont données au jour près.
- République
- Monarchie
- Consulat et Empire
- Régime autoritaire ou provisoire
- Prévisionnel
- Jalon
- État au 11 septembre 2026
- Monarchie constitutionnelle
- Ire République
- Consulat
- Premier Empire
- Restauration
- Monarchie de Juillet
- IIe République
- Second Empire
- IIIe République
- Régime de Vichy
- Gouvernement provisoire
- IVe République
- Ve RépubliqueElle dépasse la durée de la IIIe République : août 2028 (prévisionnel)
Voir les données
| République | Monarchie | Consulat et Empire | Régime autoritaire ou provisoire | Jalons | |
|---|---|---|---|---|---|
| Monarchie constitutionnelle | de 1791 à 1792, 1 an | ||||
| Ire République | de 1792 à 1799, 7 ans | ||||
| Consulat | de 1799 à 1804, 5 ans | ||||
| Premier Empire | de 1804 à 1814, 10 ans | ||||
| Restauration | de 1814 à 1830, 16 ans | ||||
| Monarchie de Juillet | de 1830 à 1848, 18 ans | ||||
| IIe République | de 1848 à 1851, 3 ans | ||||
| Second Empire | de 1852 à 1870, 18 ans | ||||
| IIIe République | du 4 septembre 1870 au 10 juillet 1940, 69 ans et 10 mois | ||||
| Régime de Vichy | du 10 juillet 1940 au 20 août 1944, 4 ans et 1 mois | ||||
| Gouvernement provisoire | du 3 juin 1944 au 27 octobre 1946, 2 ans et 5 mois | ||||
| IVe République | du 27 octobre 1946 au 4 octobre 1958, 11 ans et 11 mois | ||||
| Ve République | du 4 octobre 1958 au 11 septembre 2026, 67 ans et 11 mois | Elle dépasse la durée de la IIIe République : août 2028 (prévisionnel) |
La IVe République, un régime instable
| Question | IVe République (1946-1958) | Ve République (depuis 1958) |
|---|---|---|
| Qui élit le Président | Le Parlement, les deux chambres réunies | Un collège d’élus en 1958, puis les citoyens au suffrage universel direct depuis la révision de 1962 |
| Qui dirige le Gouvernement | Le président du Conseil, investi par l’Assemblée nationale | Le Premier ministre, nommé par le Président, sans vote d’investiture obligatoire |
| Ce que vote le Parlement | L’Assemblée nationale vote seule la loi, dans tous les domaines | La loi, dans les matières que fixe l’article 34 ; le reste relève du pouvoir réglementaire (article 37) |
| Dissoudre l’Assemblée | Possible à des conditions strictes, employé une seule fois, en 1955 | Au choix du Président, après consultation (article 12) : six fois depuis 1958 |
| Juger la loi | Un Comité constitutionnel, presque jamais saisi | Le Conseil constitutionnel, saisi avant la promulgation ou, depuis 2010, par tout justiciable |
1958 : la naissance d’un régime
Les étapes de 1958
- 13 mai 1958Émeute à Alger : un comité de salut public se forme, présidé par le général Massu.
- 1er juin 1958Charles de Gaulle est investi président du Conseil par l’Assemblée nationale, par 329 voix contre 224.
- 3 juin 1958Une loi constitutionnelle autorise le Gouvernement à préparer une nouvelle Constitution.
- 4 septembre 1958De Gaulle présente le projet de Constitution place de la République, à Paris.
- 28 septembre 1958Référendum : 82,6 % de oui, avec une participation de 80,6 %.
- 4 octobre 1958La Constitution est promulguée : la Ve République commence.
- 21 décembre 1958De Gaulle est élu Président par un collège de 81 764 grands électeurs, avec 78,5 % des suffrages exprimés.
- 8 janvier 1959Il prend ses fonctions ; Michel Debré devient le premier Premier ministre de la Ve République.
Bientôt le plus long régime depuis la Révolution
Comment elle a changé
Réviser la Constitution : l’article 89
- 1L’initiative : un projet, venu du Président sur proposition du Premier ministre, ou une proposition, venue de parlementaires.
- 2L’Assemblée nationale et le Sénat adoptent le même texte, mot pour mot.
- 3Un projet peut être soumis au Parlement réuni en Congrès, à Versailles : il faut alors les trois cinquièmes des suffrages exprimés.
- 4Sinon, et toujours pour une proposition, le texte est soumis au référendum.
- 5Une limite : aucune révision ne peut porter atteinte à la forme républicaine du Gouvernement.
Les 25 révisions, décennie par décennie
Nombre de lois constitutionnelles. Les années 1990 et 2000 en concentrent 19 sur 25, dont quatre pour ratifier des traités européens.
Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.
Données
| Révisions de la Constitution | |
|---|---|
| 1958-1969 | 3 |
| 1970-1979 | 2 |
| 1980-1989 | 0 |
| 1990-1999 | 9 |
| 2000-2009 | 10 |
| 2010-2019 | 0 |
| 2020-2026 | 1 |
Les révisions qui ont changé le régime
- 1962Le Président est élu au suffrage universel direct, par la révision adoptée par référendum le 28 octobre (62,25 % de oui).
- 1974Soixante députés ou soixante sénateurs peuvent saisir le Conseil constitutionnel : l’opposition peut désormais contester une loi.
- 1992Révision préalable au traité de Maastricht ; le français est inscrit comme langue de la République.
- 1995Session parlementaire unique de neuf mois, et champ du référendum élargi.
- 2000Quinquennat : le mandat présidentiel passe de sept à cinq ans, adopté par référendum le 24 septembre (73,21 % de oui, 30,19 % de participation).
- 2003L’organisation décentralisée de la République entre dans la Constitution.
- 2008Modernisation des institutions : deux mandats présidentiels consécutifs au plus, 49.3 encadré, ordre du jour partagé avec le Parlement, question prioritaire de constitutionnalité, Défenseur des droits.
- 2024La liberté garantie à la femme de recourir à une interruption volontaire de grossesse est inscrite dans la Constitution : c’est la 25e révision.
1962 : une révision contestée
Dix référendums
| Date | Objet | Oui | Participation |
|---|---|---|---|
| 28 septembre 1958 | Constitution de la Ve République | 82,60 % | 80,63 % |
| 8 janvier 1961 | Autodétermination de l’Algérie | 74,99 % | 73,76 % |
| 8 avril 1962 | Accords d’Évian | 90,81 % | 75,34 % |
| 28 octobre 1962 | Élection du Président au suffrage universel direct | 62,25 % | 76,97 % |
| 27 avril 1969 | Création des régions et réforme du Sénat (rejeté) | 47,59 % | 80,13 % |
| 23 avril 1972 | Élargissement de la Communauté européenne | 68,32 % | 60,24 % |
| 6 novembre 1988 | Statut de la Nouvelle-Calédonie | 79,99 % | 36,89 % |
| 20 septembre 1992 | Traité de Maastricht | 51,04 % | 69,70 % |
| 24 septembre 2000 | Quinquennat | 73,21 % | 30,19 % |
| 29 mai 2005 | Traité établissant une Constitution pour l’Europe (rejeté) | 45,33 % | 69,37 % |
Le Président
Les Présidents de la Ve République, cohabitations et dissolutions
Une barre par Président. En orange, les cohabitations, où le Premier ministre est issu d’une majorité opposée au Président ; les jalons marquent les dissolutions de l’Assemblée nationale.
- Hors cohabitation
- Cohabitation
- Intérim
- Prévisionnel
- Jalon
- État au 11 septembre 2026
- Charles de GaulleDissolution de l’Assemblée nationale : 9 octobre 1962Dissolution de l’Assemblée nationale : 30 mai 1968
- Alain Poher (intérim)
- Georges Pompidou
- Valéry Giscard d’Estaing
- François MitterrandDissolution de l’Assemblée nationale : 22 mai 1981Dissolution de l’Assemblée nationale : 14 mai 1988
- Jacques ChiracDissolution de l’Assemblée nationale : 21 avril 1997
- Nicolas Sarkozy
- François Hollande
- Emmanuel MacronDissolution de l’Assemblée nationale : 9 juin 2024
Voir les données
| Hors cohabitation | Cohabitation | Intérim | Jalons | |
|---|---|---|---|---|
| Charles de Gaulle | du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969, 10 ans et 4 mois | Dissolution de l’Assemblée nationale : 9 octobre 1962 ; Dissolution de l’Assemblée nationale : 30 mai 1968 | ||
| Alain Poher (intérim) | du 28 avril 1969 au 20 juin 1969, 2 mois ; du 2 avril 1974 au 27 mai 1974, 2 mois | |||
| Georges Pompidou | du 20 juin 1969 au 2 avril 1974, 4 ans et 9 mois | |||
| Valéry Giscard d’Estaing | du 27 mai 1974 au 21 mai 1981, 7 ans | |||
| François Mitterrand | du 21 mai 1981 au 20 mars 1986, 4 ans et 10 mois ; du 10 mai 1988 au 29 mars 1993, 4 ans et 11 mois | du 20 mars 1986 au 10 mai 1988, 2 ans et 2 mois ; du 29 mars 1993 au 17 mai 1995, 2 ans et 2 mois | Dissolution de l’Assemblée nationale : 22 mai 1981 ; Dissolution de l’Assemblée nationale : 14 mai 1988 | |
| Jacques Chirac | du 17 mai 1995 au 2 juin 1997, 2 ans et 1 mois ; du 6 mai 2002 au 16 mai 2007, 5 ans | du 2 juin 1997 au 6 mai 2002, 4 ans et 11 mois | Dissolution de l’Assemblée nationale : 21 avril 1997 | |
| Nicolas Sarkozy | du 16 mai 2007 au 15 mai 2012, 5 ans | |||
| François Hollande | du 15 mai 2012 au 14 mai 2017, 5 ans | |||
| Emmanuel Macron | du 14 mai 2017 au 11 septembre 2026, 9 ans et 4 mois ; du 11 septembre 2026 à mai 2027, 8 mois (prévisionnel) | Dissolution de l’Assemblée nationale : 9 juin 2024 |
La cohabitation, trois fois
| Date | Président | Contexte |
|---|---|---|
| 9 octobre 1962 | Charles de Gaulle | Après la motion de censure votée contre le gouvernement Pompidou |
| 30 mai 1968 | Charles de Gaulle | En pleine crise de Mai 68 |
| 22 mai 1981 | François Mitterrand | Au lendemain de son élection, pour obtenir une majorité |
| 14 mai 1988 | François Mitterrand | Après sa réélection, pour obtenir une majorité |
| 21 avril 1997 | Jacques Chirac | Dissolution anticipée ; la gauche l’emporte, et la cohabitation commence |
| 9 juin 2024 | Emmanuel Macron | Au soir des élections européennes ; aucune majorité absolue ne sort des urnes |
Quand le Président ne peut plus exercer
Parlement et Gouvernement
Les outils du Gouvernement face au Parlement
L’article 49.3
La motion de censure (article 49, alinéa 2)
La question de confiance (article 49, alinéa 1)
Le vote bloqué (article 44, alinéa 3)
La navette et le dernier mot (article 45)
Les Premiers ministres qui ont le plus utilisé le 49.3
Nombre de recours, de 1958 au 9 septembre 2025, selon le décompte de l’Assemblée nationale
- Michel Rocard (1988-1991)28
- Élisabeth Borne (2022-2024)23
- Raymond Barre (1976-1981)8
- Jacques Chirac (1986-1988)8
- Édith Cresson (1991-1992)8
- Pierre Mauroy (1981-1984)7
- Georges Pompidou (1962-1968)6
- Manuel Valls (2014-2016)6
Pourquoi Michel Rocard et Élisabeth Borne ?
Quand un gouvernement tombe
- Octobre 1962Dans la nuit du 4 au 5 octobre, l’Assemblée adopte une motion de censure contre le gouvernement Pompidou (280 voix), en réaction au référendum sur l’élection du Président.
- 4 décembre 2024Motion de censure adoptée contre le gouvernement Barnier (331 voix), après un 49.3 sur le budget de la Sécurité sociale.
- 8 septembre 2025L’Assemblée refuse la confiance au gouvernement Bayrou (364 voix contre, 194 pour) : une première sous la Ve République.
Le gardien de la Constitution
Deux manières de lui soumettre une loi
Avant la promulgation
Le contrôle a priori (article 61)
- Qui peut le saisir
- Le Président, le Premier ministre, les présidents des deux assemblées, 60 députés ou 60 sénateurs
- Ouvert à l’opposition
- Depuis la révision de 1974
- Obligatoire pour
- Les lois organiques et les règlements des assemblées
- Délai pour statuer
- Un mois, huit jours en cas d’urgence
Après la promulgation
La question prioritaire de constitutionnalité (article 61-1)
- Qui peut la poser
- Tout justiciable, à l’occasion d’un procès
- En vigueur
- Depuis le 1er mars 2010
- Filtre
- Le Conseil d’État ou la Cour de cassation
- Délai pour statuer
- Trois mois
Qui sont ses membres ?
Testez vos connaissances
La naissance
Très facileL’élection du Président
FacileRenverser le Gouvernement
Très facileLes cohabitations
FacileLes révisions
FacileLe Congrès
MoyenL’intérim
FacileLe Conseil constitutionnel
FacileLe 49.3
MoyenLa longévité
FacileSources
Sources
- Constitution du 4 octobre 1958 · texte en vigueur, Légifrance : articles 3 à 20, 24, 34, 37, 44, 45, 49, 50, 56, 61, 61-1 et 89
- Conseil constitutionnel · les révisions constitutionnelles ; le tableau des référendums de la Ve République ; la naissance de la Constitution de 1958 ; présentation générale ; décision 59-2 PDR sur l’élection du 21 décembre 1958
- Assemblée nationale · engagements de responsabilité du Gouvernement et motions de censure depuis 1958, page à jour au 9 septembre 2025 ; histoire de la IVe République et de la Constitution de 1958
- Sénat · la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 ; Alain Poher, président de la République par intérim
- Vie publique · loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions
- Ministère de l’Intérieur · les régimes politiques de la France depuis 1789, formation civique
- Public Sénat · les dissolutions sous la Ve République ; la censure du gouvernement Barnier le 4 décembre 2024 ; la longévité de la Ve République
- LCP · le refus de confiance au gouvernement Bayrou, 8 septembre 2025
- Code électoral · articles LO 119, LO 121, LO 274 et LO 275 : nombre et durée du mandat des députés et des sénateurs