Comprendre · Guide
Les sondages
Ce qu’ils mesurent, et ce qu’on leur fait dire
Intermédiaire · 12 min
Les repères
± 3points de margepour 1 000 personnes, autour de 50 %
± 1,9point de margepour un score proche de 10 %
1977loi sur les sondagescrée la Commission des sondages
0publication la veille du scrutininterdite jusqu’à la fermeture des bureaux
Un sondage n’est pas une mesure de la réalité : c’est une estimation construite, à partir d’un échantillon choisi puis corrigé. Chaque étape de cette construction ajoute de l’incertitude, et aucune n’est visible dans le chiffre publié. C’est ce qui rend la notice plus informative que le score.
Lire la notice avant le score
Tout sondage publié doit être accompagné d’une notice déposée auprès de la Commission des sondages. Elle est publique, et elle contient exactement ce qui manque au titre de l’article.
- Le commanditaire et l’acheteur — qui a payé, et qui publie. Ce n’est pas toujours la même personne.
- Les dates du terrain — un sondage mesure un moment. Entre le terrain et la publication, plusieurs jours passent souvent.
- La taille et la composition de l’échantillon — et le mode de recueil : en ligne, par téléphone, en face-à-face.
- Le texte exact des questions — sa formulation déplace les réponses de plusieurs points.
- Les marges d’erreur — indiquées par tranche de score, pas une valeur unique.
Quotas et redressement
Deux opérations invisibles dans le chiffre
La méthode des quotas
L’échantillon n’est PAS tiré au hasard : il est construit pour ressembler à la population sur l’âge, le sexe, la profession, la région et la taille d’agglomération. C’est plus rapide et moins coûteux qu’un tirage aléatoire, mais cela change la nature de la marge d’erreur — celle qu’on publie est calculée COMME SI le tirage était aléatoire. Elle vaut donc ordre de grandeur, pas intervalle de confiance au sens strict.
Le redressement
C’est l’opération la moins connue et la plus déterminante. Les réponses brutes sont corrigées à partir du souvenir de vote déclaré par les sondés à une élection passée. Or ce souvenir est biaisé : on surdéclare le vote pour le vainqueur, on sous-déclare certains votes. L’institut applique donc des coefficients, fondés sur son expérience, pour ramener l’échantillon à une structure plausible. Deux instituts partant des mêmes réponses brutes peuvent publier des scores différents.
L’effet de maison
L’écart systématique et durable entre les résultats d’un institut et la moyenne des autres, sur un même candidat. Il ne traduit pas une malhonnêteté mais des choix de méthode — pondération, redressement, mode de recueil. Comparer deux sondages d’instituts différents ajoute cet écart à l’incertitude de mesure.
Deux points d’écart, ce n’est pas un écart
Avec une marge de ± 3 points, deux candidats séparés de deux points sont à égalité au regard de la mesure. Un titre qui annonce l’un « devant » l’autre décrit du bruit statistique. La règle vaut aussi dans le temps : un candidat qui passe de 21 à 23 % n’a pas nécessairement progressé.
Les enquêtes glissantes
En campagne, les instituts publient des enquêtes glissantes : chaque jour, une nouvelle tranche d’interrogés remplace la plus ancienne, et le résultat porte sur l’ensemble de la fenêtre — souvent trois jours.
Deux points consécutifs ne sont pas indépendants
Comme les fenêtres se recouvrent largement, deux publications successives partagent la plupart de leurs répondants. Une variation d’un jour sur l’autre n’est donc PAS une mesure nouvelle : elle reflète surtout le remplacement d’une petite fraction de l’échantillon. Lire une courbe glissante comme une succession de sondages indépendants fait voir des mouvements qui n’existent pas.
Ce que la loi encadre
La loi du 19 juillet 1977 encadre la publication des sondages en période électorale et institue une Commission des sondages, qui peut exiger des précisions, publier une mise au point, et faire cesser une diffusion trompeuse.
- Interdiction de publication la veille et le jour du scrutin, jusqu’à la fermeture du dernier bureau de vote.
- Notice obligatoire déposée auprès de la Commission, et consultable par tous.
- Mention des marges d’erreur exigée dès lors qu’un sondage est publié.
- Droit de mise au point — la Commission peut imposer la publication d’une rectification par l’organe qui a diffusé.
Sources
Sources
- Loi du 19 juillet 1977 — publication des sondages et Commission des sondages
- Commission des sondages — notices déposées et mises au point
- INSEE — structure de la population servant aux quotas
- Charte éditoriale SensPo — traitement des enquêtes d’opinion, sans pronostic