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Comprendre · Économie

Comprendre la dette publique

Combien, à qui, à quel coût : comment fonctionne la dette publique

Mis à jour le 12 septembre 2026 · 25 min · Intermédiaire

L’essentiel

L’horloge de la dette

Chaque seconde, la dette publique grossit d’environ 3 500 €. Ces compteurs font défiler l’année 2026 à partir des derniers chiffres publiés et des prévisions officielles.

  • Dette publique de la France3 587 491 957 813 €+3 531 € chaque secondeDe 3 536,1 Md€ mesurés par l’INSEE fin mars 2026 à plus de 3 620 Md€ prévus par la Cour des comptes fin 2026 ; estimation prudente, toutes administrations publiques.
  • Intérêts de la dette versés depuis le 1er janvier54 801 717 100 €+2 454 € chaque secondeDe zéro le 1er janvier 2026 à 77,4 Md€ prévus par la Cour des comptes pour 2026 ; toutes administrations publiques.
  • Déficit de l’État accumulé depuis le 1er janvier95 320 294 161 €+4 269 € chaque secondeDe zéro le 1er janvier 2026 à 134,6 Md€ de déficit voté par la loi de finances pour 2026 ; budget de l’État.

Ces compteurs ne mesurent pas la dette en direct : ils répartissent régulièrement, seconde après seconde, l’écart entre le dernier chiffre publié et la prévision officielle de fin d’année. Dans la réalité, la dette progresse par à-coups, au rythme des emprunts et des remboursements de l’État.

Sources : INSEE, dette trimestrielle de Maastricht au premier trimestre 2026 (25 juin 2026) ; Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 147.

La dette publique est l’ensemble des emprunts que les administrations publiques n’ont pas encore remboursés : l’État surtout, mais aussi la Sécurité sociale et les collectivités territoriales. Elle se mesure selon la définition européenne, dite de Maastricht, et se rapporte au PIB, la richesse produite en un an.

Fin mars 2026, elle atteignait 3 536,1 Md€, soit 117,5 % du PIB. Chaque déficit l’augmente, et chaque année l’État emprunte aussi pour rembourser les titres qui arrivent à échéance.

3 536,1 Md€de dette publique fin mars 2026117,5 % du PIB
115,7 %du PIB fin 2025, un record114,9 % en 2020
65,7 Md€d’intérêts versés en 2025 par les administrations publiques2,2 % du PIB
Environ 51 200 €de dette publique par habitantfin mars 2026

Dette brute, dette nette

La dette de Maastricht est une dette brute. Si l’on retire la trésorerie, les prêts et les titres de créance que détiennent les administrations publiques, la dette nette atteignait 3 245,5 Md€ fin 2025, soit 108,5 % du PIB. Les actions et les autres actifs publics, eux, ne sont pas déduits.

Comment l’État emprunte

L’État finance son déficit, et le remboursement de sa dette ancienne, en émettant des titres : des obligations à moyen et long terme, dont certaines indexées sur l’inflation, et des bons du Trésor à moins d’un an. C’est l’Agence France Trésor, un service du ministère de l’Économie créé en 2001, qui les place auprès des investisseurs.

Du déficit à la dette : ce que l’État emprunte en 2026

Chaque année, l’État emprunte pour couvrir son déficit, mais d’abord pour rembourser la dette qui arrive à échéance. Le stock porte des intérêts, qui reviennent dans les dépenses.

Ce qu’il doit financer

Le besoin de financement voté pour 2026.

  • Rembourser la dette qui arrive à échéance169,9 Md€
  • Couvrir le déficit de l’année134,6 Md€
  • Reprendre une part de la dette de SNCF Réseau2,5 Md€
  • Autres besoins de trésorerie3,0 Md€
  • Total310,0 Md€

Comment il le finance

Les ressources prévues en face, au même total.

  • Emprunts à moyen et long terme, nets des rachats310,0 Md€
  • Hausse de l’encours des titres à court terme2,0 Md€
  • Autres ressources de trésorerie−2,0 Md€
  • Total310,0 Md€
  1. L’Agence France Trésor emprunte sur les marchésElle émet des obligations assimilables du Trésor, les OAT, et des bons à court terme, achetés par des banques, des assureurs et des fonds, en France et à l’étranger. La Banque centrale ne peut pas prêter directement à l’État.traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, art. 123
  2. La dette s’accumuleFin 2025, la dette de l’État atteignait 2 822,7 Md€ au sens européen, sur 3 460,5 Md€ de dette publique.INSEE, comptes de la Nation 2025
  3. Elle coûte des intérêts chaque année58,6 Md€ prévus en 2026 pour la charge de la dette de l’État, contre 50,9 Md€ exécutés en 2025.loi n° 2026-103, état B, programme 117
Et les intérêts s’ajoutent aux dépensesLa charge de la dette est une dépense du budget : elle creuse le déficit de l’année suivante, donc le besoin d’emprunter. Quand le taux moyen de la dette dépasse la croissance, la dette rapportée au PIB grossit tant que le solde avant intérêts reste en deçà du niveau qui la stabiliserait : c’est l’effet boule de neige.FIPECO, l’effet boule de neige et le solde stabilisant la dette

Emprunter pour rembourser n’augmente pas la dette : cela la renouvelle, au taux du moment. C’est pourquoi une hausse des taux se transmet peu à peu à toute la dette, à mesure que les anciens titres arrivent à échéance.

Sources : loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 147 (tableau de financement) et état B ; Cour des comptes, Le budget de l’État en 2025, avril 2026 ; INSEE, comptes de la Nation 2025 (29 mai 2026) ; arrêté du 8 février 2001 portant création de l’Agence France Trésor ; traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 123 ; FIPECO, fiche sur l’effet boule de neige.

Les obligations et les bons du Trésor
Les obligations assimilables du Trésor, les OAT, sont émises pour plusieurs années et versent un intérêt fixe ; les OAT indexées protègent le prêteur contre l’inflation en revalorisant leur capital. Les bons du Trésor à taux fixe, les BTF, durent moins d’un an. Fin juillet 2026, ils représentaient 7,6 % de la dette négociable de l’État.
Emprunter pour rembourser
Un titre arrivé à échéance est remboursé, et ce remboursement est financé par un nouvel emprunt : c’est ce qu’on appelle faire rouler la dette. Comme le rappelait un rapport du Sénat en 2021, l’État rembourse toujours ses dettes, mais en empruntant à nouveau. En 2026, 169,9 Md€ de dette à moyen et long terme arrivent ainsi à échéance.
Des taux négatifs en 2021
Pendant la période de taux très bas, le taux moyen des émissions de l’État à moyen et long terme est passé sous zéro : −0,05 % en 2021, selon le Sénat. Les prêteurs acceptaient de recevoir un peu moins que ce qu’ils avaient prêté. En 2025, le taux moyen d’émission des OAT a dépassé 3 %.

La Banque centrale ne prête pas à l’État

Le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales nationales de prêter aux États ou d’acheter leurs titres directement à l’émission. Leurs achats ne se font que sur le marché, auprès d’autres investisseurs.

Qui prête à la France

Les titres de l’État sont achetés aux enchères par des banques agréées, puis circulent entre investisseurs. Une large part est détenue hors de France, par des fonds, des assureurs, des banques et des banques centrales étrangers. En France, ce sont surtout les assureurs, les banques, les fonds d’investissement et la Banque de France.

Comment l’État emprunte, et à qui

L’État ne se finance pas auprès d’un seul prêteur : il place chaque semaine des titres aux enchères, qui circulent ensuite entre des investisseurs du monde entier. Le taux qu’il obtient dépend de leur confiance.

  1. Un programme voté310 Md€ d’emprunts à moyen et long terme, nets des rachats, prévus pour 2026 par la loi de finances.loi n° 2026-103, art. 147
  2. Des enchères à dates fixesL’Agence France Trésor adjuge les obligations à long terme le premier jeudi du mois, celles à moyen terme et les titres indexés sur l’inflation le troisième jeudi, et les bons à court terme chaque lundi.Agence France Trésor
  3. Des prêteurs du monde entierDes banques agréées achètent aux enchères et revendent les titres à des investisseurs, en France et à l’étranger.Banque de France
  4. Un marché qui juge chaque jourLes titres s’échangent ensuite en continu. Leur rendement, comparé à celui de l’Allemagne, mesure la confiance des prêteurs, et les agences de notation la résument par une note.

Qui détient les titres : 55,9 % des titres de long terme émis par les administrations publiques françaises sont entre les mains de non-résidents, fin mars 2026.

  • Investisseurs non résidentsFonds, assureurs, banques et banques centrales étrangers.
  • Investisseurs résidentsAssureurs, banques, fonds d’investissement, et la Banque de France.

L’Eurosystème, qui réunit la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales, détenait 599,8 Md€ de titres publics français acquis dans ses programmes d’achats, fin août 2026.

Le stock : 2 901,9 Md€ de dette négociable de l’Étatfin juillet 2026, dont 7,6 % de bons à court terme. Les titres sont remboursés en moyenne en un peu plus de huit ans et demi.INSEE, d’après l’Agence France Trésor · Sénat, durée de vie moyenne fin septembre 2025

La Banque centrale européenne ne prête pas à l’État : elle a racheté des titres sur le marché. Depuis la fin de ses réinvestissements, en 2023 et 2024, ce stock diminue à mesure que les titres arrivent à échéance, et d’autres prêteurs doivent prendre le relais.

Sources : loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 147 ; Agence France Trésor, calendrier des adjudications ; INSEE, dette négociable de l’État d’après l’Agence France Trésor, juillet 2026 ; Sénat, rapport sur les engagements financiers de l’État dans le projet de loi de finances pour 2026 ; Banque de France, émissions et détention de titres français, premier trimestre 2026 ; Banque centrale européenne, programmes d’achats PSPP et PEPP ; traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 123.

Pourquoi autant de prêteurs étrangers
La dette française est émise en euros, en grande quantité, et se revend facilement : elle sert de placement de référence à de nombreux investisseurs de la zone euro et du reste du monde. Fin mars 2026, 55,9 % des titres de long terme des administrations publiques françaises étaient détenus par des non-résidents, contre 52,8 % fin 2024.
Le rôle de la Banque centrale européenne
À partir de 2015, l’Eurosystème a acheté des titres publics sur le marché pour soutenir l’économie. Il ne remplace plus les titres échus depuis juillet 2023 pour son programme principal, et depuis la fin de 2024 pour celui lancé pendant le Covid : fin août 2026, il détenait encore 599,8 Md€ de titres du secteur public français, un stock qui décroît.
Les notes de la France, en septembre 2026
AgenceNoteDernière décision
S&P Global RatingsA+, stableabaissée de AA- à A+ le 17 octobre 2025
Fitch RatingsA+, stableconfirmée le 28 août 2026
Moody’sAa3, négativeperspective maintenue le 10 avril 2026
Morningstar DBRSAA, stableabaissée de AA (high) à AA en septembre 2025

Une dette qui ne se « rappelle » pas

Un prêteur ne peut pas exiger un remboursement anticipé : il est remboursé à l’échéance, ou revend son titre sur le marché. Le risque n’est donc pas qu’un créancier « réclame » sa dette, mais que les prêteurs exigent un taux plus élevé pour continuer à prêter.

Une dette qui monte par à-coups

En 1980, la dette publique représentait 21,3 % du PIB. Elle frôlait 60 % en 2000, puis a bondi lors de deux crises : la crise financière de 2008 et la pandémie de Covid-19. En 2025, elle atteint 115,7 % du PIB, son plus haut niveau.

Des marches qui ne redescendent pas

La dette publique rapportée au PIB, en fin d’année, depuis 1980. Elle monte surtout par à-coups, lors des crises, et ne revient jamais ensuite à son niveau d’avant.

Trait vertical : la valeur de référence européenne, 60,0 % du PIB

  1. 198021,3 %
  2. 199036,8 %
  3. 199557,8 %
  4. 200059,7 %
  5. 200765,5 %
  6. 200984,1 %Crise financière : +18,6 points en deux ans, de 2007 à 2009
  7. 201597,0 %
  8. 201998,2 %
  9. 2020114,9 %Covid-19 : +16,7 points en un an, de 2019 à 2020
  10. 2023109,5 %
  11. 2024112,6 %
  12. 2025115,7 %Record : le plus haut niveau de la série

Après chaque crise, le ratio n’est jamais revenu à son niveau d’avant : à son plus bas depuis le Covid, en 2023, il restait à 109,5 % du PIB, plus de onze points au-dessus de 2019. En 2025, 115,7 % dépasse le précédent record de 2020.

Sources : INSEE, dette des administrations publiques au sens de Maastricht, comptes nationaux annuels en base 2020, 29 mai 2026 (série rétropolée avant 1995) ; Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026. Valeur de référence : traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, protocole n° 12.

Les grandes étapes

  1. 1974Dernière année où les comptes de l’ensemble des administrations publiques ont été excédentaires, de 0,1 % du PIB.
  2. 1992Le traité de Maastricht fixe les valeurs de référence : 3 % du PIB pour le déficit public, 60 % pour la dette.
  3. 2008-2009Crise financière : la dette passe de 65,5 % du PIB fin 2007 à 84,1 % fin 2009.
  4. 2020Covid-19 : le déficit atteint 8,9 % du PIB et la dette bondit de 98,2 % à 114,9 % en un an.
  5. 2024Le Conseil de l’Union européenne ouvre une procédure pour déficit excessif contre la France.
  6. 2025La dette atteint 115,7 % du PIB, au-dessus du record de 2020.
Pourquoi la dette redescend si peu après une crise
Pendant une crise, les recettes chutent et les administrations soutiennent l’économie : le déficit se creuse d’un coup. Ensuite, le ratio ne baisse que si les comptes dégagent un excédent avant intérêts, ou si la croissance est durablement forte. Sans excédent avant intérêts, chaque crise a laissé la dette sur un palier plus élevé.
Un record, et une trajectoire encore montante
Selon la Cour des comptes, la dette atteindrait 118,5 % du PIB en 2026 et culminerait à 119,5 % en 2027 et 2028, avant de redescendre lentement, si le redressement annoncé était tenu. Au-delà de 2026, le Gouvernement n’a pas publié de trajectoire actualisée.

Une exception dans la zone euro

Selon la Cour des comptes, la France est le seul pays très endetté de la zone euro dont la dette rapportée au PIB n’a pas diminué depuis la crise sanitaire.

Ce que coûtent les intérêts

La dette coûte des intérêts, versés chaque année aux prêteurs. Pour l’ensemble des administrations publiques, ils ont atteint 65,7 Md€ en 2025, soit 2,2 % du PIB, plus du double de 2020. Pour l’État seul, la loi de finances prévoit 58,6 Md€ de charge de la dette en 2026.

Les intérêts versés par les administrations publiques

En milliards d’euros ; INSEE, comptes de la Nation 2025

Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.

Données

Données du graphique « Les intérêts versés par les administrations publiques »
Md€
202029.7
202134.8
202250.9
202353.4
202460.1
202565.7
Pourquoi la hausse est progressive
La dette de l’État est remboursée en moyenne en un peu plus de huit ans et demi. Une hausse des taux ne touche donc que les titres émis ou renouvelés ensuite : elle se transmet peu à peu à toute la dette, et continue de peser des années après.
Les titres indexés sur l’inflation
Le capital d’une OAT indexée est revalorisé avec les prix. Quand l’inflation a fortement augmenté en 2022 et 2023, le coût de ces titres a bondi, avant de refluer avec elle.
Un point de comparaison
En 1996, les intérêts versés par les administrations publiques atteignaient environ 3,6 % du PIB, pour un taux apparent de 6,4 %. La charge actuelle, 2,2 % du PIB, reste moindre en proportion, mais elle remonte, sur une dette près de deux fois plus lourde rapportée au PIB.

Intérêts de l’État, intérêts de toutes les administrations

Deux chiffres circulent. La charge de la dette de l’État, votée dans la loi de finances, atteignait 50,9 Md€ en 2025. Les intérêts de l’ensemble des administrations publiques, mesurés par l’INSEE en comptabilité nationale, atteignaient 65,7 Md€ : ils comptent aussi la Sécurité sociale et les collectivités, et suivent d’autres règles d’enregistrement.

Une dette soutenable ?

Une dette est dite soutenable tant que l’État peut la renouveler à un coût supportable, sans devoir un jour réduire brutalement ses dépenses ou augmenter ses impôts. Tout dépend de trois grandeurs : le taux d’intérêt moyen, la croissance et le solde des comptes avant intérêts.

Pourquoi la dette ne se stabilise pas

Le poids de la dette dépend de trois choses : ce qu’elle coûte, ce que la croissance apporte, et le solde avant intérêts. Il cesse de monter quand ce solde atteint un certain niveau, que la France est loin d’atteindre.

En % du PIB, administrations publiques
Indicateur2025constaté2026prévu
Taux apparent de la detteLes intérêts de l’année rapportés à la dette de fin d’année précédente : ce que coûte en moyenne chaque euro emprunté.2,0 %2,2 %
Croissance nominale du PIBLa hausse de la richesse produite, inflation comprise : elle fait baisser le poids de la dette.1,9 %2,2 %
Solde avant intérêts qui stabiliserait la detteLe solde primaire, hors charge d’intérêts, juste suffisant pour que le ratio ne monte plus.+0,1 %0,0 %
Solde avant intérêts réelUn déficit primaire : même sans payer d’intérêts, les administrations dépensent plus qu’elles ne perçoivent.−2,9 %−2,5 %
Écart à comblerLa distance entre le solde réel et celui qui stabiliserait la dette.3,0 points2,5 points
  • 2025, constaté : solde réel −2,9 %, solde qui stabiliserait la dette +0,1 %
  • 2026, prévu : solde réel −2,5 %, solde qui stabiliserait la dette 0,0 %

Sur chaque jauge, le trait plein marque le solde réel, le trait en tirets le solde qui stabiliserait la dette, et la zone rayée l’écart entre les deux ; l’axe va de −3 à +1 point de PIB, zéro marqué.

Tant que le solde avant intérêts reste sous le niveau qui stabiliserait la dette, le ratio monte, même quand la croissance égale le taux. Pour stabiliser la dette de 2025 à son niveau de 2024, il aurait fallu un effort supplémentaire de 89,6 Md€, soit 3,0 points de PIB.

Sources : Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026, tableau n° 18 ; INSEE, comptes nationaux annuels 2025. Soldes et ratio en % du PIB, administrations publiques ; 2026 : prévision.

Le solde primaire, clé du problème
Le solde primaire est le solde des administrations publiques hors charge d’intérêts. En 2025, il affichait un déficit de 2,9 % du PIB : même sans intérêts à payer, les dépenses dépassaient les recettes. Tant qu’il reste nettement en déficit, la dette rapportée au PIB ne peut pas se stabiliser, sauf croissance très supérieure au taux.
Ce que surveillent les prêteurs
L’écart de taux avec l’Allemagne, les notes des agences, la trajectoire votée et sa crédibilité. En septembre 2025, pour la première fois, le taux à dix ans de la France a brièvement dépassé celui de l’Italie.
Et si les taux montaient ?
Une hausse durable des taux ne renchérit pas toute la dette d’un coup : elle s’applique aux titres émis chaque année, 310 Md€ à moyen et long terme en 2026. Mais elle s’accumule d’année en année, à mesure que la dette ancienne est renouvelée.

Le diagnostic de la Cour des comptes

En juin 2026, la Cour des comptes a relevé que, pour stabiliser en 2025 la dette à son niveau de 2024, il aurait fallu un effort supplémentaire de 89,6 Md€, soit 3,0 points de PIB, et qu’en 2026 seul un équilibre des comptes avant intérêts permettrait de la stabiliser.

La France et ses voisins

Rapportée au PIB, la dette française est la troisième plus élevée de l’Union européenne en 2025, derrière la Grèce et l’Italie. Hors d’Europe, le Japon, les États-Unis ou le Royaume-Uni portent aussi des dettes élevées, mais dans leur propre monnaie et avec leur propre banque centrale.

La dette publique en 2025 dans l’Union européenne

En % du PIB ; Eurostat, notification d’avril 2026

  • Grèce146,1 %
  • Italie137,1 %
  • France115,6 %
  • Belgique107,9 %
  • Espagne100,7 %
  • Moyenne de la zone euro87,8 %
  • Moyenne de l’Union européenne81,7 %
  • Allemagne63,5 %
  • Pays-Bas44,4 %

Hors de l’Union européenne

Dette brute des administrations publiques en % du PIB, 2025 ; FMI, Fiscal Monitor d’avril 2026

  • Japon206,5 %
  • États-Unis123,9 %
  • France116,0 %
  • Canada113,5 %
  • Royaume-Uni102,3 %
  • Allemagne62,9 %

Trois sources, trois chiffres

Pour 2025, le FMI donne 116,0 % du PIB pour la France, Eurostat 115,6 % et l’INSEE 115,7 % : les définitions et les dates de révision du PIB diffèrent légèrement. Une comparaison se fait toujours au sein d’une même source.

Idées reçues

Démêler le vrai du faux

« La dette n’est jamais remboursée »
Faux : chaque titre est remboursé à son échéance, 169,9 Md€ en 2026 pour la dette à moyen et long terme de l’État. Mais ce remboursement est financé par de nouveaux emprunts, si bien que le stock, lui, ne diminue pas.
« La France peut faire faillite comme un ménage »
Un État ne disparaît pas et lève l’impôt : il n’est pas dans la situation d’un ménage surendetté. Le vrai risque est de devoir emprunter beaucoup plus cher, ou de devoir redresser ses comptes dans l’urgence si les prêteurs perdent confiance.
« La Banque centrale européenne finance la France »
Non : le traité lui interdit de prêter aux États. Elle a acheté des titres sur le marché, qu’elle ne remplace plus à leur échéance depuis 2023 et 2024.
« Une dette détenue à l’étranger est forcément plus dangereuse »
Pas en soi : une forte détention étrangère traduit aussi l’attrait de la dette française. Elle rend en revanche le financement plus sensible à la confiance d’investisseurs qui peuvent vendre rapidement leurs titres.
« Il suffirait de faire de la croissance »
La croissance allège le poids de la dette, mais en 2025 elle ne dépassait pas le taux moyen de la dette : 1,9 % contre 2,0 %. Sans solde avant intérêts proche de l’équilibre, la croissance seule ne stabilise pas la dette.
« La dette sociale disparaît toute seule »
Elle se rembourse, mais par des impôts affectés. La Caisse d’amortissement de la dette sociale, la Cades, a reçu 396,5 Md€ de dette de la Sécurité sociale depuis 1996 et en avait remboursé 274,8 Md€ fin 2025. Il lui restait 121,7 Md€, à éteindre d’ici fin 2033.

Sources

Les chiffres et les règles de cette fiche ont été vérifiés le 12 septembre 2026 auprès des sources ci-dessous. Les notes des agences et les parts de détention bougent : elles sont datées.

Sources

  • INSEE · comptes de la Nation 2025, 29 mai 2026 ; dette des administrations publiques au sens de Maastricht, séries en base 2020 ; dette trimestrielle au premier trimestre 2026, 25 juin 2026 ; bilan démographique 2025
  • Cour des comptes · La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 ; Le budget de l’État en 2025, avril 2026
  • Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 · article liminaire, article 147 et état B
  • Agence France Trésor · calendrier des adjudications et programme de financement pour 2026
  • Banque de France · émissions et détention de titres français, quatrième trimestre 2025 et premier trimestre 2026
  • Banque centrale européenne · programmes d’achats PSPP et PEPP
  • Sénat · rapports sur les engagements financiers de l’État (2023 et 2026) et sur l’avenir des dettes publiques (2021)
  • Eurostat et FMI · notification du 22 avril 2026 ; Fiscal Monitor d’avril 2026
  • Haut Conseil des finances publiques · avis n° 2026-3 d’avril 2026
  • Agences de notation · S&P Global Ratings, Fitch Ratings, Moody’s et Morningstar DBRS, décisions de 2025 et 2026
  • Sécurité sociale · rapport d’évaluation des politiques de sécurité sociale 2026, dette de la Cades
  • Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne · article 123 et protocole n° 12
  • FIPECO · l’effet boule de neige et le solde stabilisant la dette

Pour aller plus loin

Testez vos connaissances

Dix questions pour vérifier ce que vous avez retenu de la fiche, de l’émission des titres à la soutenabilité de la dette. Choisissez une réponse, validez : l’explication s’affiche aussitôt.

Le montant

Très facile
Fin mars 2026, à combien s’élevait la dette publique de la France ?

L’émetteur

Facile
Quel organisme place les titres de la dette de l’État auprès des investisseurs ?

L’échéance

Moyen
Que se passe-t-il quand une obligation de l’État arrive à échéance ?

Le record

Facile
En quelle année la dette rapportée au PIB a-t-elle atteint son plus haut niveau ?

Les prêteurs

Facile
Fin mars 2026, quelle part des titres de long terme des administrations publiques françaises était détenue par des non-résidents ?

La Banque centrale

Moyen
La Banque centrale européenne peut-elle prêter directement à l’État français ?

Les intérêts

Facile
Combien les administrations publiques ont-elles versé d’intérêts en 2025 ?

Le solde primaire

Moyen
Qu’est-ce que le solde primaire ?

Le PIB

Très facile
Pourquoi rapporte-t-on la dette au PIB ?

La dette sociale

Moyen
Quel organisme rembourse la dette transférée par la Sécurité sociale ?

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