Comprendre · Économie
Comprendre la dette publique
Combien, à qui, à quel coût : comment fonctionne la dette publique
Mis à jour le 12 septembre 2026 · 25 min · Intermédiaire
L’essentiel
L’horloge de la dette
Chaque seconde, la dette publique grossit d’environ 3 500 €. Ces compteurs font défiler l’année 2026 à partir des derniers chiffres publiés et des prévisions officielles.
- Dette publique de la France3 587 491 957 813 €+3 531 € chaque secondeDe 3 536,1 Md€ mesurés par l’INSEE fin mars 2026 à plus de 3 620 Md€ prévus par la Cour des comptes fin 2026 ; estimation prudente, toutes administrations publiques.
- Intérêts de la dette versés depuis le 1er janvier54 801 717 100 €+2 454 € chaque secondeDe zéro le 1er janvier 2026 à 77,4 Md€ prévus par la Cour des comptes pour 2026 ; toutes administrations publiques.
- Déficit de l’État accumulé depuis le 1er janvier95 320 294 161 €+4 269 € chaque secondeDe zéro le 1er janvier 2026 à 134,6 Md€ de déficit voté par la loi de finances pour 2026 ; budget de l’État.
Ces compteurs ne mesurent pas la dette en direct : ils répartissent régulièrement, seconde après seconde, l’écart entre le dernier chiffre publié et la prévision officielle de fin d’année. Dans la réalité, la dette progresse par à-coups, au rythme des emprunts et des remboursements de l’État.
Sources : INSEE, dette trimestrielle de Maastricht au premier trimestre 2026 (25 juin 2026) ; Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 ; loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 147.
La dette publique est l’ensemble des emprunts que les administrations publiques n’ont pas encore remboursés : l’État surtout, mais aussi la Sécurité sociale et les collectivités territoriales. Elle se mesure selon la définition européenne, dite de Maastricht, et se rapporte au PIB, la richesse produite en un an.
Fin mars 2026, elle atteignait 3 536,1 Md€, soit 117,5 % du PIB. Chaque déficit l’augmente, et chaque année l’État emprunte aussi pour rembourser les titres qui arrivent à échéance.
Dette brute, dette nette
Comment l’État emprunte
L’État finance son déficit, et le remboursement de sa dette ancienne, en émettant des titres : des obligations à moyen et long terme, dont certaines indexées sur l’inflation, et des bons du Trésor à moins d’un an. C’est l’Agence France Trésor, un service du ministère de l’Économie créé en 2001, qui les place auprès des investisseurs.
Du déficit à la dette : ce que l’État emprunte en 2026
Chaque année, l’État emprunte pour couvrir son déficit, mais d’abord pour rembourser la dette qui arrive à échéance. Le stock porte des intérêts, qui reviennent dans les dépenses.
Ce qu’il doit financer
Le besoin de financement voté pour 2026.
- Rembourser la dette qui arrive à échéance169,9 Md€
- Couvrir le déficit de l’année134,6 Md€
- Reprendre une part de la dette de SNCF Réseau2,5 Md€
- Autres besoins de trésorerie3,0 Md€
- Total310,0 Md€
Comment il le finance
Les ressources prévues en face, au même total.
- Emprunts à moyen et long terme, nets des rachats310,0 Md€
- Hausse de l’encours des titres à court terme2,0 Md€
- Autres ressources de trésorerie−2,0 Md€
- Total310,0 Md€
- L’Agence France Trésor emprunte sur les marchésElle émet des obligations assimilables du Trésor, les OAT, et des bons à court terme, achetés par des banques, des assureurs et des fonds, en France et à l’étranger. La Banque centrale ne peut pas prêter directement à l’État.traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, art. 123
- La dette s’accumuleFin 2025, la dette de l’État atteignait 2 822,7 Md€ au sens européen, sur 3 460,5 Md€ de dette publique.INSEE, comptes de la Nation 2025
- Elle coûte des intérêts chaque année58,6 Md€ prévus en 2026 pour la charge de la dette de l’État, contre 50,9 Md€ exécutés en 2025.loi n° 2026-103, état B, programme 117
Emprunter pour rembourser n’augmente pas la dette : cela la renouvelle, au taux du moment. C’est pourquoi une hausse des taux se transmet peu à peu à toute la dette, à mesure que les anciens titres arrivent à échéance.
Sources : loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 147 (tableau de financement) et état B ; Cour des comptes, Le budget de l’État en 2025, avril 2026 ; INSEE, comptes de la Nation 2025 (29 mai 2026) ; arrêté du 8 février 2001 portant création de l’Agence France Trésor ; traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 123 ; FIPECO, fiche sur l’effet boule de neige.
Les obligations et les bons du Trésor
Emprunter pour rembourser
Des taux négatifs en 2021
La Banque centrale ne prête pas à l’État
Qui prête à la France
Les titres de l’État sont achetés aux enchères par des banques agréées, puis circulent entre investisseurs. Une large part est détenue hors de France, par des fonds, des assureurs, des banques et des banques centrales étrangers. En France, ce sont surtout les assureurs, les banques, les fonds d’investissement et la Banque de France.
Comment l’État emprunte, et à qui
L’État ne se finance pas auprès d’un seul prêteur : il place chaque semaine des titres aux enchères, qui circulent ensuite entre des investisseurs du monde entier. Le taux qu’il obtient dépend de leur confiance.
- Un programme voté310 Md€ d’emprunts à moyen et long terme, nets des rachats, prévus pour 2026 par la loi de finances.loi n° 2026-103, art. 147
- Des enchères à dates fixesL’Agence France Trésor adjuge les obligations à long terme le premier jeudi du mois, celles à moyen terme et les titres indexés sur l’inflation le troisième jeudi, et les bons à court terme chaque lundi.Agence France Trésor
- Des prêteurs du monde entierDes banques agréées achètent aux enchères et revendent les titres à des investisseurs, en France et à l’étranger.Banque de France
- Un marché qui juge chaque jourLes titres s’échangent ensuite en continu. Leur rendement, comparé à celui de l’Allemagne, mesure la confiance des prêteurs, et les agences de notation la résument par une note.
Qui détient les titres : 55,9 % des titres de long terme émis par les administrations publiques françaises sont entre les mains de non-résidents, fin mars 2026.
- Investisseurs non résidentsFonds, assureurs, banques et banques centrales étrangers.
- Investisseurs résidentsAssureurs, banques, fonds d’investissement, et la Banque de France.
L’Eurosystème, qui réunit la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales, détenait 599,8 Md€ de titres publics français acquis dans ses programmes d’achats, fin août 2026.
La Banque centrale européenne ne prête pas à l’État : elle a racheté des titres sur le marché. Depuis la fin de ses réinvestissements, en 2023 et 2024, ce stock diminue à mesure que les titres arrivent à échéance, et d’autres prêteurs doivent prendre le relais.
Sources : loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, article 147 ; Agence France Trésor, calendrier des adjudications ; INSEE, dette négociable de l’État d’après l’Agence France Trésor, juillet 2026 ; Sénat, rapport sur les engagements financiers de l’État dans le projet de loi de finances pour 2026 ; Banque de France, émissions et détention de titres français, premier trimestre 2026 ; Banque centrale européenne, programmes d’achats PSPP et PEPP ; traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, article 123.
Pourquoi autant de prêteurs étrangers
Le rôle de la Banque centrale européenne
| Agence | Note | Dernière décision |
|---|---|---|
| S&P Global Ratings | A+, stable | abaissée de AA- à A+ le 17 octobre 2025 |
| Fitch Ratings | A+, stable | confirmée le 28 août 2026 |
| Moody’s | Aa3, négative | perspective maintenue le 10 avril 2026 |
| Morningstar DBRS | AA, stable | abaissée de AA (high) à AA en septembre 2025 |
Une dette qui ne se « rappelle » pas
Une dette qui monte par à-coups
En 1980, la dette publique représentait 21,3 % du PIB. Elle frôlait 60 % en 2000, puis a bondi lors de deux crises : la crise financière de 2008 et la pandémie de Covid-19. En 2025, elle atteint 115,7 % du PIB, son plus haut niveau.
Des marches qui ne redescendent pas
La dette publique rapportée au PIB, en fin d’année, depuis 1980. Elle monte surtout par à-coups, lors des crises, et ne revient jamais ensuite à son niveau d’avant.
Trait vertical : la valeur de référence européenne, 60,0 % du PIB
- 198021,3 %
- 199036,8 %
- 199557,8 %
- 200059,7 %
- 200765,5 %
- 200984,1 %Crise financière : +18,6 points en deux ans, de 2007 à 2009
- 201597,0 %
- 201998,2 %
- 2020114,9 %Covid-19 : +16,7 points en un an, de 2019 à 2020
- 2023109,5 %
- 2024112,6 %
- 2025115,7 %Record : le plus haut niveau de la série
Après chaque crise, le ratio n’est jamais revenu à son niveau d’avant : à son plus bas depuis le Covid, en 2023, il restait à 109,5 % du PIB, plus de onze points au-dessus de 2019. En 2025, 115,7 % dépasse le précédent record de 2020.
Sources : INSEE, dette des administrations publiques au sens de Maastricht, comptes nationaux annuels en base 2020, 29 mai 2026 (série rétropolée avant 1995) ; Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026. Valeur de référence : traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, protocole n° 12.
Les grandes étapes
- 1974Dernière année où les comptes de l’ensemble des administrations publiques ont été excédentaires, de 0,1 % du PIB.
- 1992Le traité de Maastricht fixe les valeurs de référence : 3 % du PIB pour le déficit public, 60 % pour la dette.
- 2008-2009Crise financière : la dette passe de 65,5 % du PIB fin 2007 à 84,1 % fin 2009.
- 2020Covid-19 : le déficit atteint 8,9 % du PIB et la dette bondit de 98,2 % à 114,9 % en un an.
- 2024Le Conseil de l’Union européenne ouvre une procédure pour déficit excessif contre la France.
- 2025La dette atteint 115,7 % du PIB, au-dessus du record de 2020.
Pourquoi la dette redescend si peu après une crise
Un record, et une trajectoire encore montante
Une exception dans la zone euro
Ce que coûtent les intérêts
La dette coûte des intérêts, versés chaque année aux prêteurs. Pour l’ensemble des administrations publiques, ils ont atteint 65,7 Md€ en 2025, soit 2,2 % du PIB, plus du double de 2020. Pour l’État seul, la loi de finances prévoit 58,6 Md€ de charge de la dette en 2026.
Les intérêts versés par les administrations publiques
En milliards d’euros ; INSEE, comptes de la Nation 2025
Graphique interactif. Les données sont détaillées dans le tableau ci-dessous.
Données
| Md€ | |
|---|---|
| 2020 | 29.7 |
| 2021 | 34.8 |
| 2022 | 50.9 |
| 2023 | 53.4 |
| 2024 | 60.1 |
| 2025 | 65.7 |
Pourquoi la hausse est progressive
Les titres indexés sur l’inflation
Un point de comparaison
Intérêts de l’État, intérêts de toutes les administrations
Une dette soutenable ?
Une dette est dite soutenable tant que l’État peut la renouveler à un coût supportable, sans devoir un jour réduire brutalement ses dépenses ou augmenter ses impôts. Tout dépend de trois grandeurs : le taux d’intérêt moyen, la croissance et le solde des comptes avant intérêts.
Pourquoi la dette ne se stabilise pas
Le poids de la dette dépend de trois choses : ce qu’elle coûte, ce que la croissance apporte, et le solde avant intérêts. Il cesse de monter quand ce solde atteint un certain niveau, que la France est loin d’atteindre.
| Indicateur | 2025constaté | 2026prévu |
|---|---|---|
| Taux apparent de la detteLes intérêts de l’année rapportés à la dette de fin d’année précédente : ce que coûte en moyenne chaque euro emprunté. | 2,0 % | 2,2 % |
| Croissance nominale du PIBLa hausse de la richesse produite, inflation comprise : elle fait baisser le poids de la dette. | 1,9 % | 2,2 % |
| Solde avant intérêts qui stabiliserait la detteLe solde primaire, hors charge d’intérêts, juste suffisant pour que le ratio ne monte plus. | +0,1 % | 0,0 % |
| Solde avant intérêts réelUn déficit primaire : même sans payer d’intérêts, les administrations dépensent plus qu’elles ne perçoivent. | −2,9 % | −2,5 % |
| Écart à comblerLa distance entre le solde réel et celui qui stabiliserait la dette. | 3,0 points | 2,5 points |
- 2025, constaté : solde réel −2,9 %, solde qui stabiliserait la dette +0,1 %
- 2026, prévu : solde réel −2,5 %, solde qui stabiliserait la dette 0,0 %
Sur chaque jauge, le trait plein marque le solde réel, le trait en tirets le solde qui stabiliserait la dette, et la zone rayée l’écart entre les deux ; l’axe va de −3 à +1 point de PIB, zéro marqué.
Tant que le solde avant intérêts reste sous le niveau qui stabiliserait la dette, le ratio monte, même quand la croissance égale le taux. Pour stabiliser la dette de 2025 à son niveau de 2024, il aurait fallu un effort supplémentaire de 89,6 Md€, soit 3,0 points de PIB.
Sources : Cour des comptes, La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026, tableau n° 18 ; INSEE, comptes nationaux annuels 2025. Soldes et ratio en % du PIB, administrations publiques ; 2026 : prévision.
Le solde primaire, clé du problème
Ce que surveillent les prêteurs
Et si les taux montaient ?
Le diagnostic de la Cour des comptes
La France et ses voisins
Rapportée au PIB, la dette française est la troisième plus élevée de l’Union européenne en 2025, derrière la Grèce et l’Italie. Hors d’Europe, le Japon, les États-Unis ou le Royaume-Uni portent aussi des dettes élevées, mais dans leur propre monnaie et avec leur propre banque centrale.
La dette publique en 2025 dans l’Union européenne
En % du PIB ; Eurostat, notification d’avril 2026
- Grèce146,1 %
- Italie137,1 %
- France115,6 %
- Belgique107,9 %
- Espagne100,7 %
- Moyenne de la zone euro87,8 %
- Moyenne de l’Union européenne81,7 %
- Allemagne63,5 %
- Pays-Bas44,4 %
Hors de l’Union européenne
Dette brute des administrations publiques en % du PIB, 2025 ; FMI, Fiscal Monitor d’avril 2026
- Japon206,5 %
- États-Unis123,9 %
- France116,0 %
- Canada113,5 %
- Royaume-Uni102,3 %
- Allemagne62,9 %
Trois sources, trois chiffres
Idées reçues
Démêler le vrai du faux
« La dette n’est jamais remboursée »
« La France peut faire faillite comme un ménage »
« La Banque centrale européenne finance la France »
« Une dette détenue à l’étranger est forcément plus dangereuse »
« Il suffirait de faire de la croissance »
« La dette sociale disparaît toute seule »
Sources
Les chiffres et les règles de cette fiche ont été vérifiés le 12 septembre 2026 auprès des sources ci-dessous. Les notes des agences et les parts de détention bougent : elles sont datées.
Sources
- INSEE · comptes de la Nation 2025, 29 mai 2026 ; dette des administrations publiques au sens de Maastricht, séries en base 2020 ; dette trimestrielle au premier trimestre 2026, 25 juin 2026 ; bilan démographique 2025
- Cour des comptes · La situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 ; Le budget de l’État en 2025, avril 2026
- Loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026 · article liminaire, article 147 et état B
- Agence France Trésor · calendrier des adjudications et programme de financement pour 2026
- Banque de France · émissions et détention de titres français, quatrième trimestre 2025 et premier trimestre 2026
- Banque centrale européenne · programmes d’achats PSPP et PEPP
- Sénat · rapports sur les engagements financiers de l’État (2023 et 2026) et sur l’avenir des dettes publiques (2021)
- Eurostat et FMI · notification du 22 avril 2026 ; Fiscal Monitor d’avril 2026
- Haut Conseil des finances publiques · avis n° 2026-3 d’avril 2026
- Agences de notation · S&P Global Ratings, Fitch Ratings, Moody’s et Morningstar DBRS, décisions de 2025 et 2026
- Sécurité sociale · rapport d’évaluation des politiques de sécurité sociale 2026, dette de la Cades
- Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne · article 123 et protocole n° 12
- FIPECO · l’effet boule de neige et le solde stabilisant la dette
Pour aller plus loin
Testez vos connaissances
Dix questions pour vérifier ce que vous avez retenu de la fiche, de l’émission des titres à la soutenabilité de la dette. Choisissez une réponse, validez : l’explication s’affiche aussitôt.
Le montant
Très facileL’émetteur
FacileL’échéance
MoyenLe record
FacileLes prêteurs
FacileLa Banque centrale
MoyenLes intérêts
FacileLe solde primaire
MoyenLe PIB
Très facileLa dette sociale
Moyen